La société créée par Dominique Prudent en 2018 a réussi son décollage. Elle s’installe dans le paysage régional et national de l’affûtage comme une experte des produits super-abrasifs pour les outils coupants durs. Elle cultive l’atout de solutions qui augmentent la durée de vie de ces équipements.


Le qualificatif synonyme de son nom exprime bien l’état d’esprit de Dominique Prudent. Le dirigeant de Jurabrasifs à Saint-Vit (Doubs) progresse sans esbroufe ni excès de confiance, mais avec constance. Nous avions fait sa connaissance en tant que lauréat de la promotion 2018 du Réseau Entreprendre Franche-Comté. Cinq ans plus tard, sa société, fabricante principalement de meules superabrasives pour les outils coupants, est passée de 2 à 4 personnes. A 230.000 € en 2023, elle atteint le seuil de chiffre d’affaires qu’elle s’était fixée pour une première phase de développement.

« Nous avons trouvé une place sur le marché, grâce au travail à façon de conception de produits sur-mesure, pour les affûteurs, avec un délai de livraison répondant aux attentes. Mais nos fabrications peuvent ensuite rejoindre les ateliers de grandes industries, dans l’automobile et l’aéronautique notamment », décrit Dominique Prudent.

Jurabrasifs produits
Jurabrasifs permet la mise en oeuvre de toute une série d'outils coupants, grâce à ses meules et ses bandeaux amovibles.


Homologuées par la fédération européenne des produits abrasifs (Fepa)
, celles-ci consistent pour l’essentiel en des meules dont la partie abrasive est constituée à partir de poudres : de diamant (synthétique ou naturel) pour travailler les carbures de tungstène et matières non ferreuses - de la céramique au caoutchouc - ou de nitrure de bore cubique (CBN) pour travailler les aciers trempés et rapides (HSS en anglais pour Hight Speed Steel).

Elles vont servir à affûter, tailler, modifier des outils coupants : des forets, des fraises, des scies, des couteaux, des lames… autant de matériels qui serviront à usiner tout type de matières, des aciers aux aluminiums en passant par les fontes et le titane, sans oublier toutes les matières plastiques et composites. Ceci pour toutes les industries, le bois. le médical, l’agro-alimentaire, la papeterie… « en fait partout où il y a un tranchant », résume le dirigeant. 

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« Notre valeur ajoutée se niche dans les quelques millimètres les plus coupants d’un outil, de sorte à optimiser celui-ci », résume Dominique Prudent. A ce titre, Jurabrasifs a trouvé un vecteur de développement, récent, dans le rechargement : la capacité à réaffûter avec efficacité, ce qui va augmenter la durée de vie d’un outil. L'économie atteint souvent 30 à 60% du prix du neuf, sans compter la non-utilisation de matière première brute. Une solution écologiquement durable, souligne le dirigeant. « Nous transposons le principe du rechapage des pneus : on garde la structure, et on change la gomme. Il est ainsi possible de réaffûter 10 fois, 20 fois… », compare-t-il.

Le fondateur de Jurabrasifs pourrait aussi appliquer la métaphore du dentiste à un autre point fort en cours de déploiement : le travail des extrémités coupantes en acier très dur « stellite », en particulier les dents rapportées sur les rubans des scies de tête en scierie. « Pour ces dents, nous fabriquons la meule complètement sur-mesure. Le client nous envoie son empreinte en fonction de l’essence à couper, de la météo… Chaque scierie a un peu son propre « truc » qui va différer, même de façon à peine perceptible, de l’une à l’autre. Avec notre solution, la lame peut fonctionner jusqu’au double du temps habituel avant de devoir être démontée pour affûtage », expose-t-il.

 

Poursuite du brevet d'un ancien dirigeant

jurabrasifs machines
Machine de profilage des meules. Elle permet de tailler et dresser les meules superabrasives.


Jurabrasifs fait reposer ses atouts sur un bandeau amovible répondant du nom de J-Set. La petite société l’a hérité de l’un de ses précédents dirigeants, Jean-Louis Vincent, qui l’a inventé et breveté. C’est lui qui a le plus marqué l’histoire liée à Jurabrasifs. Il avait repris à la fin des années 1970 l’entreprise d’origine KS Smith, point de départ d’un parcours qui a mené de la région parisienne à Toulon, jusqu’à Saint-Vit.

 

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Mais avant la périphérie de Besançon, le chemin s’est longuement arrêté chez Diager à Poligny (Jura). Le fabricant de forets a intégré un temps l’activité, dans une entité dédiée avant de la faire voler de ses propres ailes. Dominique Prudent, qui travaillait chez lui, l’a reprise en 2018, sous un nouveau nom choisi en référence au département d’implantation de Diager. La nouvelle localisation n’était pas connue, ce serait finalement nonpas le Jura, mais le Doubs à Saint-Vit, où des locaux vacants étaient disponibles chez l’un des clients, Sefoc (Société d'Etudes et Fabrication d'Outils Carbure) appartenant au groupe haut-marnais ASP.

 

Qui est Dominique Prudent ?

Jurabrasifs Dominique Prudent
Dominique Prudent a compté parmi les lauréats de Réseau Entreprendre Franche-Comté.

A bientôt 60 ans, la carrière de Dominique Prudent a suivi des trajectoires multiples, mais toujours situées dans l’univers de la machine-outil. Dessinateur en bureau d’études, puis successivement responsable d’atelier usinage chez Michaud (Jura) et technico-commercial chez Gérard Gorse (Jura) et Jone Précision (Bas-Rhin), il a connu une courte période d’acheteur mécanique dans les machines spéciales, avant intégrer Diager Industrie.

Au sein de l'entreprise de Poligny, il a exercé une première fois, de 2000 à 2008, comme spécialiste produits (dans les outils coupants déjà) puis, après un intermède professionnel, de 2009 à 2011 toujours dans les outils coupants. Il a repris les rênes du département abrasif jusqu'en juillet 2018 et la création de Jurabrasifs.

Photos fournies par l'entreprise

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