En moins d’une décennie, l'entreprise dijonnaise Four Data est devenue un acteur de référence dans la gestion connectée des ressources énergétiques et industrielles, comptant une trentaine de salariés. En conjuguant croissance organique, acquisitions ciblées et innovation, elle revendique aujourd’hui un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros, et nourrit des ambitions internationales

« Notre histoire commence en 2015, lorsqu’Emmanuel Bour, l’un de nos fondateurs, diplômé d’HEC, se retrouve soudain privé d’eau chaude à Dijon : sa cuve de fioul était vide », raconte Mathias Parthiot, directeur technique de Four Data, SAS basée à Dijon, spécialisée dans les capteurs de mesure de niveau de cuves. De ce contretemps domestique devenu légende fondatrice naît une intuition : le besoin universel de suivre à distance l’évolution des stocks de liquides et de matières. « Nous étions quatre associés à l’origine : trois ingénieurs et un ingénieur commercial. La complémentarité technique et entrepreneuriale a constitué notre socle de départ », poursuite le responsable.

La première commercialisation intervient en 2018, sous une marque grand public baptisée Fuel It. Très vite, la jeune pousse bascule vers le B2B : distributeurs de combustibles, acteurs de l’agriculture et du traitement des déchets perçoivent immédiatement l’intérêt de s'équiper de capteurs capables de prévenir les ruptures, d'automatiser la commande et de fluidifier la logistique.

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 À la différence de nombreuses start-ups, Four Data n’a jamais ouvert son capital à des investisseurs extérieurs. « Nous n’avons pas levé de fonds », insiste Mathias Parthiot. « Notre développement repose sur des emprunts bancaires et une croissance organique comprise entre 20 et 30 % par an. Cela nous assure une indépendance stratégique totale. » Les six associés actuels détiennent 100 % du capital. Cette prudence n’a pas bridé l’expansion : l’entreprise revendique aujourd’hui 60.000 capteurs installés, dont la quasi-totalité est conçue et fabriquée en France, en Bourgogne-Franche-Comté et en Rhône-Alpes. « Avec nos volumes - environ 5.000 capteurs annuels - la tentation du “made in China” n’aurait aucun sens. Le circuit court industriel nous permet d’être plus réactifs et de garantir une qualité irréprochable. »

 

Mathias Parthiot, directeur technique et Capucine Dubreuille, responsable communication, © Arnaud Morel
Mathias Parthiot, directeur technique et Capucine Dubreuille, responsable communication de Four Data, © Arnaud Morel

 

Capitalisant sur sa bonne santé financière, la société a su saisir des opportunités externes. En 2021, elle s’empare de Bee2beep, pionnier de l’agriculture connectée. En 2023, un coup d’accélérateur est donné avec deux rachats structurants : la filiale Birdz de Veolia, riche d’un parc de 6 000 citernes de gaz, et le portefeuille européen de l’entreprise suisse SilentSoft. « Ces opérations nous ont permis d’élargir notre base clients aux majors de l’énergie et d’ouvrir les portes du Benelux et de l’Allemagne. Nous avons aussi intégré des installateurs de terrain, ce qui nous permet désormais de garantir une mise en service ou une maintenance en moins de trois semaines partout en France », précise Mathias Parthiot. L’international représente déjà 20 % du chiffre d'affaires situé à 5 millions d’euros pour une 2025, et cette proportion est appelée à croître. « Nous étudions d’autres dossiers de rachat, en Europe, pour 2025 et 2026 », confie le directeur technique.

 

80 % du chiffre d'affaires lié aux combustibles fossiles

 

La clientèle cible n’est plus le particulier, mais le distributeur ou l’industriel. « Notre métier, c’est le remote tank monitoring (surveillance de cuve à distance). Nous plaçons nos jauges dans les réservoirs de fioul, de gaz, de biodiesel ou d’hydrogène. Lorsque le niveau descend sous un seuil, le système génère automatiquement une alerte et une commande, intégrée dans l’ERP (NDR : Enterprise Resource Planning - planification des ressources d'entreprise) du client. C’est de la logistique prédictive », détaille le directeur technique. Le groupe Oleo100, spécialisé dans le carburant B100 à base de colza, a par exemple confié à Four Data l’équipement de toutes ses cuves de transporteurs routiers. De même, le concessionnaire autoroutier APRR a déployé des capteurs connectés dans les poubelles de ses aires de repos, afin d’optimiser le ramassage. Aujourd’hui, les capteurs destinés aux combustibles fossiles représentent environ 80 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, le reste se ventilant entre la gestion des biodéchets et des bio-énergies, notamment l’hydrogène.

 

Four Data conçoit toute une gamme de capteurs, ainsi que des tableaux de bord numériques de reporting
Four Data conçoit toute une gamme de capteurs, ainsi que des tableaux de bord numériques de reporting, © Arnaud Morel

 

Dans cet écosystème, la valeur ajoutée provient autant du matériel que du logiciel. Six ingénieurs sont dédiés au hardware et sept autres au software, épaulés par des spécialistes du marketing, du service client et de la gestion de projet. « Notre plateforme est agnostique : nous développons nos propres capteurs, mais nous sommes aussi capables d’intégrer des équipements tiers via des centaines d’API », explique Mathias Parthiot. L’outil s’appuie sur la localisation, l’historique de consommation et même les prévisions météo pour anticiper les ruptures.

 

Cessions aquisitions

 

L’avenir se dessine déjà. Après avoir consolidé son offre, Four Data investit dans de nouvelles technologies de communication (LTE-M, NB-IoT, solutions satellitaires pour les zones blanches) et vise des marchés plus complexes, notamment ceux classés ATEX, les atmosphères explosives. « Nous voulons concevoir nos propres capteurs certifiés ATEX. C’est un marché exigeant mais porteur, sur lequel nous devons investir en R&D, avec l'appui du bureau d'études lyonnais avec lequel nous collaborons », précise-t-il. La PME dijonnaise, qui emploie une trentaine de salariés dont une vingtaine en Bourgogne, entend également déployer ses solutions à l’échelle européenne.

Des locaux en voie d'agrandissement

Piscine, barbecue, baby-foot, flipper, fat-boy pour la sieste : les locaux de Four Data, situés quartier Victor Hugo à Dijon, alignent tous les équipements requis pour le bien-être au travail façon start-up. « Nous préférons avoir une piscine plutôt qu’un quai de déchargement », sourit Mathias Parthiot. « Grâce à l’attention que nous portons au bien-être au travail, nous enregistrons un taux de turn-over salarial très faible », affirme le directeur technique.  Bien qu'elle comporte deux étages, la maison années 1930 de 500 m2 devient trop petite pour la vingtaine de personnes qui s’y active. Une aile extérieure en rez-de-jardin va prochainement recevoir des étages additionnels. Cette extension d’environ 200 m2 verra le jour en 2026. « Nous avons sélectionné l’architecte, cadré le projet et attendons son chiffrage dans les prochains jours », poursuit Mathias Parthiot. 

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