L’entreprise de travaux de chauffage et électricité à Colmar comptant 36 salariés s’est bâti une solide réputation dans la rénovation énergétique de logements collectifs, sociaux en premier lieu. Elle en fait le fondement pour viser désormais aussi le marché des particuliers, à travers une nouvelle filiale dédiée. A l’étroit dans ses locaux d’origine, elle va s’installer en fin d’année un peu plus en périphérie, à Bennwihr-Gare. Sa croissance est soutenue par Sodiv, la société régionale qui attribue des prêts participants à effet de renforcement des fonds propres.
Se sentant pousser des ailes, Exhelia s’apprête à prendre de nouveaux quartiers dans l’agglomération de Colmar (Haut-Rhin). Cette PME de chauffage-plomberie et travaux d’électricité est installée depuis son origine en 2013 dans la zone industrielle nord de la ville. Elle va déménager à la fin de l’année à Bennwihr-Gare. « La rue Emile Schwoerer où nous nous sommes situés est de plus en plus « grignotée » par des commerces, et nous manquons de place », justifie Stéphane Jourdain, le dirigeant cofondateur avec Luis Franco.
Dans son nouveau bâtiment, l’entreprise disposera de 800 m2, soit près du double de sa surface actuelle. L’agrandissement répond à un besoin de confort de travail et à un accroissement de la quantité de celui-ci.
Exhelia évolue en effet sur une pente ascendante. « Nous dépasserons la barre des 6 millions d’euros en 2025 en terme de chiffre d’affaires : au 30 septembre, nous avons déjà atteint le niveau de 5 millions d’euros de l’an passé », décrit son président. L’accroissement provient pour l’instant des marchés collectifs. Mais l’électricien-chauffagiste colmarien entend lui adjoindre un nouveau vecteur, celui du particulier. Marginal aujourd’hui pour lui, ce débouché représente un potentiel dont l’exploitation est confiée depuis mars à une filiale dédiée, Exhelia Home Services, détenue à 51 %, le reste du capital appartenant à son directeur général recruté à cet effet, Pascal Devriendt.
Pour Stéphane Jourdain, il s’agit de prolonger vers cette clientèle l’expérience accumulée dans la rénovation énergétique des logements, ceux propriété des bailleurs sociaux en premier lieu. En la matière, il revendique pour son entreprise un savoir-faire égal à celles de plus grande taille, s’agissant des études thermiques préalables de son bureau d’études intégré, comme des chantiers eux-mêmes. « Ce terrain d’intervention est complexe, sur le plan technique pour faire gagner plusieurs étiquettes énergétiques par la réduction de la consommation et gérer souvent des mix d’énergies (biomasse avec appoint gaz, raccordement à un réseau de chaleur urbain…) mais aussi sur le plan organisationnel du fait de travaux en présence des occupants », décrit-il. Ce dernier point exige rigueur dans les plannings et capacité de dialogue. « Nous savons faire », estime le dirigeant d’Exhelia.
Des seuils adaptés de moins de 100 logements

A la mesure d’une PME, toutefois : le créneau investi est celui des petits ensembles, « de moins de 100 habitations, et en général plutôt de 30 à 40 », loin des grandes barres HLM. Le marché n’en reste pas moins vaste, il permet aux équipes d’Exhelia de se déployer de Montbéliard à Strasbourg, auprès des logeurs sociaux donneurs d’ordre comme Néolia et Domial (les sociétés à statut privé filiales du groupe Action Logement) ou les offices publics Habitats de Haute-Alsace et Pôle Habitat Centre-Alsace. Autre intérêt d'un tel positionnement pour la PME : il lui permet de répondre en direct aux marchés spécifiques qui restent découpés en lots dédiés d’électricité, chauffage-sanitaire et ventilation, alors que les réhabilitations massives deviennent de plus en plus l’apanage des grandes entreprises générales du bâtiment, reléguant les PME au rôle de sous-traitantes.
Ces rénovations collectives représentent les deux-tiers du chiffre d’affaires. Le spécialiste colmarien du chauffage et de l’électricité le complète de travaux dans les immeubles tertiaires, en neuf ou en réhabilitation : bureaux privés, locaux administratifs, écoles et gymnases, à un degré moindre les industries. Il a ajouté une autre corde à son arc, en croissance : l’installation de panneaux photovoltaïques, pesant désormais 10 % de l’activité, notamment pour des projets d’autoconsommation collective. Elle forme le fer de lance d’une stratégie d’expansion dans les énergies renouvelables.
Les moyens humains suivent la même pente. Une succession régulière d’embauches porte l’effectif permanent à 36 salariés et doit encore l’augmenter de quelques unités : le prêt participatif accordé par la société régionale de financement Sodiv (lire ci-dessous) est assorti d’un engagement de 11 créations d’emplois à fin 2026 à partir d’une base initiale de 31 postes. Pour y pourvoir, Exhelia peut s’appuyer, s’ils donnent satisfaction, à son groupe d’apprentis : il en compte neuf actuellement, « du CAP à l’ingénieur. » Pour cette raison aussi, le gain de place occasionné par le déménagement trouve sa justification.

Le prêt participatif accordé à Exhelia fait partie des 32 projets financés durant le premier semestre 2025 par Sodiv. La société de financement dans le Grand Est (Alsace essentiellement, mais l’activité se lance en Lorraine) a ainsi injecté dans l’économie 3,3 millions d’euros sous la forme de ce crédit particulier, sa « marque de fabrique » depuis sa création dans les années 1980, à mi-chemin entre un financement bancaire de long terme et une prise de participation, et dont la finalité consiste à renforcer les fonds propres. Environ deux-tiers de ces soutiens récents ont été délivrés dans le cade de conventions de revitalisation, les dispositifs imposant à de grandes entreprises (dans le cas présent Auchan, Weleda, Steelcase, Glatfelter…) d’aider à la recréation d’emplois dans le territoire de leur implantation, à hauteur de ceux qu’ils suppriment par un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi).
D’une année à l’autre, le bilan semestriel de l’action de Sodiv est stable, également en emplois créés (300) ou préservés (39) soit une moyenne d’une dizaine par dossier. Mais de son poste observation, Sodiv voit l’effet de la conjoncture. « Nos interventions en besoin de fonds de roulement augmentent : nous sommes appelés pour soutenir les trésoreries », relève la présidente, Christine Meyer-Forrler. Le bilan provisoire 2025 comprend aussi des reprises réussies, comme celle des portes et fenêtres Kovacic dans le Bas-Rhin et de La Meusienne (transformation d’acier) en coopérative.
Sodiv poursuit aussi sa montée en capital, destinée à lui apporter 15 millions d’euros supplémentaires en trois tours de table. Les deux premiers, en juillet 2024 puis février 2025, ont procuré 60 % de ce montant. Avant la dernière phase, le capital se monte à 17 millions d’euros. Il se répartit entre la région Grand Est (46,4 %), Safidi société de participations d’EDF (18,7 %), la Banque des territoires (8,9 %), la Collectivité européenne d’Alsace (5,7 %), le groupe d’assurances du BTP CAM (4,9 %), la communauté bancaire pour un peu plus de 11 % et celle des chambres de commerce et d’industrie, où l’on note l’arrivée récente de représentantes des départements non-alsaciens : CCI de Moselle, des Vosges, de l’Aube et de la Meuse-Haute-Marne.
















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