L’opération LadyjTECH, qui a été menée ce jeudi 30 mars à la maison régionale de l’innovation, a rassemblé les acteurs de l’écosystème régional de l’entrepreneuriat autour de créatrices de jeunes entreprises qui montrent l’exemple, alors que les femmes restent beaucoup moins nombreuses que les hommes à se lancer dans la fondation de leur société.
« Quand on est une femme, personne ne nous fait de cadeau. Et on a tendance à nous faire moins confiance qu’aux hommes. » Julie Boucon est la cofondatrice en 2015, avec Stéphanie Bourgeois, de Holy Owly, une start-up bisontine qui a développé une méthode d’apprentissage de l’anglais pour les enfants qui vient d’être rachetée par le groupe suédois Albert.
Son constat est partagé par Stéphanie Kerob, cofondatrice de la start-up mâconnaise Wooskill, qui a mis en ligne une plateforme de partage des talents : « Les difficultés des femmes dans la création d’entreprises innovantes, c’est une réalité ! Dans le domaine technologique, les femmes se considèrent comme moins armées, notamment parce qu’elles sont moins nombreuses. C’est une question de confiance en soi, et puis il y a cette idée reçue récurrente que c’est un univers “pour les mecs” ».
Les unes et les autres confient ne pas avoir personnellement vécu de situation de discrimination dans leur parcours, mais elles ont bel et bien constaté se retrouver parfois un peu seules. Selon une étude menée en 2022 par le collectif Sista et le Boston Consulting Group, 8 % seulement des start-ups françaises sont créées par des femmes. Ce taux évolue doucement : il était de 5 % avant 2018. D’autre part, quand il s’agit de lever des fonds, les hommes obtiennent 1,6 fois plus que les femmes. Et au palmarès des mobilisations financières les plus importantes, les femmes sont absentes : aucune n’a levé plus de 50 millions d’€ en 2021.
Une question d’orientation scolaire ?

cofondatrice dans cette filière de Fungu’it à Dijon © Christian Dubarry
L’enjeu concernerait donc d’abord la visibilité des femmes dans la création d’entreprises innovantes – les sondages le confirment d’ailleurs : pratiquement personne n’est capable de citer spontanément le nom d’une dirigeante de biotech ou de medtech. D’où l’initiative de Dijon métropole : son opération LadyjTECH, lancée ce jeudi soir 30 mars, a donné l’occasion de réunir des créatrices qui « montrent l'exemple », explique Marie-Hélène Juillard-Randrian, vice-présidente déléguée aux PME, aux start-ups, à la recherche et aux transferts de technologie.
Leurs témoignages inspireront peut-être les étudiantes, doctorantes et porteuses de projet présentes dans l’amphithéâtre de la maison régionale de l’innovation.
C’est dans ce bâtiment que siège l’incubateur régional Deca-BFC. « Sur les 94 start-ups que nous hébergeons, 16 ont été créées par des femmes, explique sa directrice, Bénédicte Magerand. Nous souhaitons en attirer davantage. Pour cela, nous comptons sur l’intelligence collective, en faisant par exemple intervenir d’anciennes créatrices. »
Dans un autre incubateur dijonnais, celui de la Burgundy School of Business, Claire Maugras rapporte un phénomène d’autocensure : « Les filles portent des projets de même qualité que les garçons, mais elles n’osent pas se lancer. L’accompagnement humain est donc essentiel. »
Autre facteur mis en avant : « Les filles, bien qu’elles en aient le niveau, s’orientent moins que les garçons vers les formations scientifiques, même si les choses ont tendance à évoluer dans le bon sens, rappelle Jean Guzzo, délégué régional académique à la recherche et à l’innovation. L’un des leviers, c’est donc leur orientation scolaire. » Sophie Kerob, diplômée de l’École des Mines de Paris et titulaire d’un MBA de Harvard, le confirme : « Afficher un haut niveau de diplôme contribue à rassurer nos interlocuteurs ».
Des interlocuteurs très souvent masculins
Mais les grandes écoles d’ingénieurs restent très masculines. Par ailleurs, le manque de parité dans certains univers n’incite pas forcément les femmes à se lancer. « La réalité, c’est que nos interlocuteurs dans la finance ou dans la science sont quasiment toujours des hommes », relève Xavière Castano, cofondatrice et aujourd’hui directrice RSE de Crossject, l’inventeur de l’injection sans aiguille à Dijon et Arc-les-Gray (Haute-Saône).
Dans l’univers agroalimentaire, Jeanne Baudevin, créatrice de la start-up dijonnaise Fungu’it qui développe des solutions protéiniques à base de champignons fermentés, reconnaît que l’entrepreneuriat féminin est peut-être plus aisé.

« Quand on est une femme chef d'entreprise, personne ne nous fait de cadeau ! » © Amandine Fénix
La question du temps à consacrer à sa vie familiale revient parmi les explications du moindre engagement des femmes : « La conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée constitue encore un obstacle pour beaucoup de femmes », estime Éliette Vincent, cofondatrice de la start-up dijonnaise Cocolis, qui se revendique comme le « BlaBlaCar du colis ».
Enfin un facteur psychologique est invoqué : « Beaucoup de femmes se disent qu’il va falloir être dures pour réussir, et elles ne s’en sentent pas capables ou n’en ont pas envie, analyse Stéphanie Kerob. Les femmes ont aussi tendance à moins aimer être dans la lumière et à être plus modestes dans la présentation de leur projet, ce qui explique aussi qu’elles lèvent moins de fonds. »
La solution réside peut-être dans la mixité des équipes fondatrices. Presque toutes les start-ups ayant témoigné lors de LadyjTECH ont été créées par un duo femme-homme. Or il est constaté que les binômes mixtes lèvent davantage de fonds que les tandems exclusivement féminins. « Je pense que cela a contribué à sécuriser nos interlocuteurs », confirme Murielle Rochelet, cofondatrice, avec Clément Dubois et Maurice Lubetski, d’EpiLab, qui élabore à Dijon un test portatif de dépistage de la tuberculose.
Une étude d’Ernst & Young qui vient de paraître se veut toutefois encourageante : 27 % des 1.008 start-ups identifiées ont été fondées par des femmes, mais le pourcentage monte à 34 % pour celles de moins de cinq ans. À ce rythme, la parité dans l’univers des jeunes pousses serait atteinte en 2055. Mais bien avant en Bourgogne-Franche-Comté si LadyjTECH vient à porter ses fruits.

































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