Le récent redémarrage de l’usine jurassienne ex-Jacob Delafon permet à son propriétaire, le Lorrain Kramer, de devenir un offreur global d’équipements dans la salle de bains. Le groupe de robinetterie de 200 salariés y démarre, ce mois de novembre, la fabrication de sanitaires en céramique pour Horus, sa filiale alsacienne, en conséquence indirecte du Brexit.
« En ajoutant la fabrication de sanitaires en céramique à l’activité historique de robinetier, nous changeons de dimension pour devenir un ensemblier de la salle de bains », expose d'emblée Manuel Rodriguez, président du groupe lorrain Kramer. Basé à Etain, dans la Meuse, celui-ci démarre, ce mois de novembre, la fabrication des céramiques de sa filiale alsacienne Horus, dans l’usine anciemment Jacob Delafon de Damparis (Jura).
« Notre marque de robinetterie de luxe Horus commercialise depuis longtemps des vasques, lavabos et toilettes. En revanche, cette production était jusqu’à présent confiée à un sous-traitant britannique. Le Brexit a changé la donne, au point que nous nous sommes interrogés sur l’opportunité de maintenir ou non des sanitaires en céramique dans nos gammes… Le rachat de l’usine Jacob Delafon en septembre 2021 est arrivé à point nommé, en nous permettant de rapatrier cette fabrication en France », poursuit le chef d’entreprise.
L’explosion du coût des énergies consécutive à la guerre en Ukraine, a cependant retardé à début 2023 le redémarrage du site rebaptisé « Jurassienne de céramique française ». Outre les sanitaires Horus, celui-ci fabrique les sanitaires Kramer davantage positionnés dans le moyen de gamme et commercialisés à 80% sous marque de distributeurs. De 60.000 pièces cette année, l’usine de 50 salariés anticipe sa montée en cadence, avec un objectif de 100.000 unités en 2024.
Création d’une filiale de distribution
Le groupe de 200 salariés pour un chiffre d’affaires de 30 millions d’€ en 2022 ne compte pas arrêter là sa mue en ensemblier. Il envisage la commercialisation des bâti-supports de toilettes suspendues, voire celle de meubles de salle de bains. Son activité est portée par le regain d’intérêt des distributeurs de matériaux pour le « made in France », au premier rang desquels Saint-Gobain Distribution Bâtiment France, (anciennement Point.P) qui diffuse la majorité des produits Kramer.
Ce vent favorable incite le groupe lorrain à mettre un pied dans la distribution. La diversification s’incarne dans le rachat de Sarodis (Maine-et-Loire) au printemps 2023, un concepteur et distributeur de produits de salle de bains (comme les douches) d’une vingtaine de salariés, auquel Kramer fournissait la robinetterie. « Nous allons nous appuyer sur les compétences de cette entreprise en matière de vente traditionnelle et digitale, de façon à jeter les bases d’une nouvelle entité, Kramer Distribution », annonce Manuel Rodriguez. Le nouveau propriétaire, davantage familier de la vente en gros volumes, espère, par ce biais, toucher des revendeurs de plus petite taille.
Fort des synergies entre ses quatre entités (Sarodis, Kramer, Horus et Jurassienne de céramique française), Kramer anticipe une hausse de deux tiers de son chiffre d’affaires à l’horizon 2025. Pour l’accompagner dans sa progression, le groupe peut compter sur son fournisseur historique, l’Italien WTS (Water tech solutions), une entreprise de fonderie, d’usinage et de chromage. Il y a cinq ans, le groupe lorrain a cofinancé la hausse des moyens industriels du groupe transalpin, via une prise de participation minoritaire.
de 30 ans pour la réindustrialisation.
A 53 ans, Manuel Rodriguez, le patron du groupe Kramer, a le sentiment que le vent tourne enfin « après trente années passées à lutter contre la désindustrialisation. » Cet ingénieur Arts et métiers n’a pas ménagé ses efforts depuis sa reprise, à l’âge de 26 ans, du Comptoir de la robinetterie à Etain (Meuse), devenu le groupe Kramer. Il estime que les préoccupations environnementales, sociales et de gouvernance des entreprises en Europe apportent un atout de compétitivité nouveau aux PME industrielles.
Nommé cet automne à la tête de la toute jeune commission RSE (responsabilité sociétale des entreprises) de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) Lorraine, le chef d’entreprise espère convertir 100% des adhérents à ces nouveaux enjeux. Ils ne sont pas neutres, selon Manuel Rodriguez : « la notation des performances en matière de durabilité va devenir aussi importante que celle des performances purement financières », avertit-il.
Photos fournies par l'entreprise.





























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