Candidat de la première heure à la reprise de l’entreprise de céramiques sanitaires jurassienne Jacob Delafon, le Lorrain Kramer rachète finalement les actifs et positionnera une partie de l'activité de Damparis dans le haut de gamme avec sa marque Horus du nom de sa filiale alsacienne. Elle devrait redémarrer cet été avec, pour commencer 20 salariés et une perspective de 150 à cinq ans. Priorité est donnée aux anciens salariés, tous licenciés dans le cadre d’un PSE négocié entre Kohler et les syndicats.


C’est donc bien le robinetier Kramer qui prendra la suite de Jacob Delafon à Damparis (Jura). Le principe du rachat du site de sanitaires en céramique a été acté la semaine dernière avec l’actuel propriétaire l’américain Kohler, au terme d’un va-et-vient et d’une partie de ping-pong de plusieurs mois entre les deux acteurs qui a failli faire capoter le deal et entraîner la fermeture de l’établissement de 150 salariés mis en vente depuis septembre dernier.
Un scénario qui rend encore prudent Manuel Rodriguez, le président de la PME lorraine qui souligne que « tout reste à signer effectivement. » De quoi « probablement » retarder la cession au-delà de l’échéance visée du 1er juillet, mais on imagine mal un revirement.


C’est un site profondément remanié dans son profil qui va poursuivre une saga débutée en 1899. Il perd la marque fondatrice Jacob Delafon et ne pourra pas compter sur un volume transitoire de commandes du cédant, comme cela avait été envisagé. « Nous conservons l’entière propriété de la marque et il n’y a pas de relation d’affaires ni d’accompagnement prévus. L’activité de Kohler s’est d’ores et déjà arrêtée sur place et il s’agit d’un rachat d’actifs, non d’une reprise au sens de la loi Florange », expose un porte-parole de Kohler France.


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L’usine de Damparis sera rebaptisée, probablement sous le nom de « Jurassienne de céramique ». Elle continuera à produire ce qu’elle sait faire, à savoir des éléments sanitaires tels que WC, bidets, lavabos et autres vasques, mais pour la grande partie sous marque de distributeurs (MDD). Un tel positionnement caractérise déjà Kramer pour sa spécialité les robinets, représentant 60 % des 30 millions d’€ annuels de chiffre d’affaires du groupe de 112 salariés. Le nouveau propriétaire compte apporter son savoir-faire en la matière et son carnet d’adresses clients, constitués des plus gros distributeurs du secteur, avec à la clé même potentiellement des rapatriements de production de l’étranger.

Kramer basé à Étain, dans la Meuse et qui possède une filiale, Horus, à Obernai (Bas-Rhin) a fait la preuve qu’un fabricant dans l’Hexagone peut rivaliser avec la concurrence étrangère à plus bas coûts, ce qui fonde l’espoir des salariés. « Il y a cinq ans, on aurait donné peu de chances à un tel projet mais avec le retour en vogue du made in France, le contexte a changé », analyse Rodolphe Gomis, délégué CFE-CGC.



Une perspective de 150 salariés à l’horizon 2026, 65 d'ici un an

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La futue Jurassienne de céramique fabriquera également des céramiques haut de gamme pour accompagner la gamme de robinetterie de luxe que fabrique le groupe Kramer sous la marque Horus. © Horus


L’activité se complétera de productions sous l’une des marques du repreneur, Horus du nom de sa filiale alsacienne positionnée sur le très haut de gamme, des robinets avant tout mais aussi des céramiques (vasques…). « C’est cette seconde spécialité qui sera déployée à Damparis, faisant d’Horus un ensemblier », précise Manuel Rodriguez. La dominante marque de distributeur induit de moindres marges, mais à l’inverse davantage de volumes. Alors que les premières moutures du sauvetage se fondaient sur 200.000 à 250.000 pièces par an, l’objectif est remonté à 300.000 environ. « A ce seuil, la pérennité semble bien possible », estime Rodolphe Gomis.

 

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Les volumes ainsi relevés entraînent aussi la révision à la hausse des effectifs. Plutôt que la centaine envisagée initialement, Kramer annonce désormais une perspective de 150 salariés, « à l’horizon 2026 qui fait renouer avec l’effectif de départ. » « C’est bien sûr un point très positif », commente la CFE-CGC. La priorité sera accordée aux salariés de Damparis, pour leur réembauche : en effet, ils ne font plus partie des effectifs aujourd’hui car ils ont été licenciés dans le cadre d’un PSE négocié entre Kohler et les syndicats.

Les anciens salariés auront donc le choix entre revenir ou voguer vers d’autres parcours professionnels qui libéreront la place pour des recrutements extérieurs. La montée d’effectifs sera donc progressive, sur cinq ans. L’activité occupera une vingtaine de salariés cet été lors de la prise de contrôle de Kramer, puis l’objectif se situe à 65 employés sous un an. Côté investissements, Kramer injectera 5 millions d’euros dans le rachat et la modernisation pour adapter l’usine à son nouvel avenir.

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Manuel Rodriguez à droite, avait commencé chez Kramer comme directeur commercial en 1994 avant de racheter l'entreprise quelques années plus tard. Ici, en compagnie de son fils Tristan, en charge du commercial et du marketing.

 

Contrat de location-vente des locaux avec Le Grand Dole et Aktya


Le rachat du site de Damparis mobilise également un acteur public. Ses terrains et bâtiments sont repris par la communauté d’agglomération du Grand Dole, pour un montant de 1,35 million d’€ comprenant une aide de la Région Bourgogne-Franche-Comté de 600.000 €. Une telle intervention n’est pas surprenante puisque le sauvetage de l’usine était en jeu. « Le montage permet à Kramer de concentrer ses efforts sur la production. Comme nous n’avons pas vocation à rester propriétaire éternellement, nous lui rétrocédons le site sur quinze ans par un contrat de location-vente », expose le président de l’agglomération Jean-Pascal Fichère.
Plus précisément, l’immobilier est racheté par Aktya, la société patrimoniale d’économie mixte bisontine qui a absorbé Expansion 39 son homologue jurassienne. Jean-Pascal Fichère tient également à « saluer le rôle clé » du préfet du Jura, David Philot, dans l’heureux dénouement.

 
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