La PME basée à Strasbourg revendique le leadership français parmi les opérateurs de mobilité proposant des solutions de gestion de la recharge de véhicules électriques. Son badge « Chargemap Pass » a anticipé l’obligation d’interopérabilité des bornes, lui faisant prendre une longueur d’avance qu’elle estime conserver. La clientèle des entreprises gagne en importance pour elle, dans le contexte de la conversion progressive de leurs flottes aux propulsions alternatives au thermique.


Pour une fois, voilà un chef d’entreprise qui ne va pas (trop) se plaindre d’un zèle de règlementation. L’intervention des pouvoirs publics nationaux et européens en vue de l’homogénéisation des normes pour la recharge des véhicules électriques est allée dans le sens de Yoann Nussbaumer et de sa société Chargemap. 

Elle se résume dans le mot d’ordre de l’interopérabilité, en somme la compatibilité entre les bornes de recharge, permettant à un automobiliste de recharger son véhicule à toutes  les stations, y compris celles qui ne relèvent pas de l’opérateur auprès duquel il a souscrit son badge. Or, « la conception d’un badge d’accès et de paiement multiréseaux est ce qui anime Chargemap depuis son origine en 2015 », souligne son président et cofondateur à Strasbourg avec Hakan Ebabil, directeur technique. 

Le début de généralisation de la règle permet ainsi à la société strasbourgeoise d’accélérer son développement. Sur les trois dernières années, elle fait état d’un triplement de ses effectifs, à 110 personnes au total dont 80 pour Chargemap lui-même (*) et d’un décollage du chiffre d’affaires. Le montant n'est pas précisé, il atteint « quelques dizaines de millions d’euros », glisse Yoann Nussbaumer.

La clientèle des entreprises contribue à cette montée en puissance. Elle est plus récente que celle des particuliers qui a été prospectée dès l’origine, « mais elle croît significativement, de sorte à représenter 15 % du chiffre d’affaires à présent », souligne Yoann Nussbaumer. Parmi plus de 2.000 clients entreprises annoncés, des références aussi solides que les groupes Soprema (étanchéité-couverture), Bubendorff (volets) et Würth France (produits de fixation) attestent du sérieux de l’offre mise au point, moyennant des développements techniques conséquents : « Nous avons investi 1,5 million d’euros en R&D au cumul des trois derniers exercices », calcule le dirigeant de Chargemap.

 

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La conversion des flottes professionnelles à l’électrique a fait bouger les lignes depuis quelques années. Mais elle a entraîné dans son sillage des problématiques spécifiques que tous les opérateurs de mobilité n’ont pas su gérer : centralisation des factures, suivi des niveaux de charge d’une flotte, distinction comptable entre les réalimentations à but personnel ou professionnel qu’un salarié effectue à son domicile (la réponse de la PME strasbourgeoise tient dans un câble dédié), ces différentes attentes ont amené l’opérateur alsacien à bâtir une offre Chargemap Businness, venant compléter son « produit » de base : le Chargemap Pass, adopté « par plus de 500.000 utilisateurs. »

Cette carte, téléchargeable notamment sur une appli dédiée ou sur les logiciels auto d’Androïd et d’Apple, répond à la fameuse interopérabilité, en France et en Europe. Elle a généré de nombreux compléments, précieux en données pour l’opérateur de mobilité lui-même et pour les opérateurs d’infrastructures.

« Nous remontons des informations en temps réel sur les niveaux des différents points de charge, les éventuels dysfonctionnements, ou encore les commentaires d’utilisateurs via une interface, Chargemap Partners », décrit Yoann Nussbaumer. L’entreprise tient aussi à jour des statistiques sur le déploiement de bornes et le profil de leurs utilisateurs en Europe.

 

Des itinéraires planifiés en fonction des bornes

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Le "Chargemap Pass" conçu par la PME strasbourgeoise fonctionne en mode multi-réseaux, garantissant la compatibilité avec tout système de recharge. © Chargemap


A l’attention du conducteur, elle donne accès à une communauté d’utilisateurs partageant leurs expériences et à des cartes d’implantations des bornes. Dans le prolongement de celles-ci, Chargemap a créé, depuis trois ans, une fonctionnalité qualifiée de « totalement innovante », fruit du moulinage d’un algorithme puissant : la planification d’itinéraire. Concrètement, il s'agit de la capacité à déterminer le plan de recharge à devoir adopter sur un parcours donné en fonction du type de véhicule et du degré d’alimentation de la batterie au départ, de façon à déterminer l’itinéraire précis qui va s’imposer, avec au besoin un détour par une borne bienvenue. « Nous améliorons en continu cette solution, qui cumule désormais plusieurs millions d’itinéraires en Europe », souligne le dirigeant.

Et comme le monde de la mobilité électrique ne cesse de bouger, un nouveau rendez-vous attend Chargemap : le « plug and charge », des solutions de charge sans pass, par une identification sécurisée, en mode crypté.

Tesla, auquel l’histoire de Chargemap est en partie liée – la découverte par Yoann Nussbaumer de son tout premier modèle électrique dès 2008, une voiture de sport, a produit un effet déclic chez lui sur le fait que « quelque chose allait se passer bientôt » – en a mis au point une première. La PME française, elle, ambitionne de trouver la clé pour tout véhicule. « En tant que leader de notre spécialité, c’est nous qui allons déclencher le mouvement », assure Yoann Nussbaumer.

Celui-ci ne se départ pas de sa confiance. Chargemap a trouvé aujourd’hui un modèle économique « légèrement profitable », qui lui fait financer sa croissance par les prêts bancaires, après la levée initiale d’environ 1 million d’euros, issue d'aides (Bpifrance, région Grand Est) et de la prise de participation du fonds régional Capital Grand Est jusqu’en 2022. Le coup de mou des ventes de voitures électriques n’a pas échappé aux dirigeants, mais ils l’estiment suffisamment provisoire pour continuer à appuyer sur l’accélérateur plutôt que sur le frein.

 

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Yoann Nussbaumer est le cofondateur en 2015 de Chargemap dont les effectifs ont triplé en trois ans, à 110 personnes en comptant quelques activités connexes. © Mathieu Noyer

 

(*) l’activité se complète d’une boutique en ligne, d’un centre de formation ou encore de médias numériques sur la mobilité électrique, l’ensemble étant regroupé dans la holding dénommée Brakson

 

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