La start-up du Doubs, pionnière de la micromécanique sur silicium, recevra un trophée de l'innovation au Consumer Electronic Show qui s’ouvre ce mardi 9 janvier aux Etats-Unis. SilMach compte sur le grand salon mondial de la technologie pour diversifier ses applications. Car son activité ne résume de loin pas à la très médiatisée montre qu’elle équipe de son petit moteur.


Au bout de vingt ans d’un « parcours long et difficile »  selon son dirigeant Jean-Baptiste Carnet, SilMach semble enfin toucher au but. Quelques mois après avoir livré une première série de produits pour l’armée (voir ci-dessous) et lancé une montre équipée de son micromoteur « cœur silicium », la start-up de Besançon sera présente au Consumer Electronic Show (CES), le grand rassemblement de la high-tech mondiale qui se tient cette semaine, du 9 au 12 janvier à Las Vegas, aux Etats-Unis.
 

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La deeptech bisontine assure la fabrication du micromoteur puis l'assemblage de la montre The Time Changer. © Laurent Cheviet


Parmi la foule de 3.500 exposants, la deeptech du Doubs devrait émerger grâce à la lumière que lui offrira le trophée Best of innovation décerné dans la catégorie « Technologie embarquée ». SilMach en profitera pour faire valoir les atouts des systèmes micro-électro-mécaniques (MEMS en acronyme de sa terminologie anglaise) intégrés sur silicium qu'elle développe depuis sa création en 2003 par Patrice Minotti, alors chercheur au CNRS (*)

En introduisant le mouvement dans l’électronique, les MEMS promettent en effet une authentique rupture technologique. « Les principaux avantages concurrentiels du micromoteur résultent de sa compacité, de son autonomie, de sa flexibilité et de son insensibilité au champ magnétique », liste Jean-Baptiste Carnet. « Le fait qu’il soit intégrable sur une carte électronique comme un micro-processeur, sans vissage, permet d’automatiser la production et donc de la relocaliser en Europe ou aux Etats-Unis où le coût de la main d’œuvre est élevé », ajoute le co-pilote de l’entreprise avec Pierre-François Louvigné.

 

MEDEF NOEL

 

L’horlogerie constitue le premier champ d’application. En 2017, la société s’est rapprochée du groupe américain Timex pour créer la co-entreprise TIMach. Une montre a été lancée en octobre dernier dans le cadre de ce partenariat : « The Time Changer » est animée par un « cœur silicium » conçu à Besançon dans les laboratoires de l’institut de recherche Femto-ST et assemblé chez SilMach par des robots utilisés habituellement dans la micro-électronique.

Bien médiatisé pour sa sortie, le garde-temps à double cadran au look sportif n’a convaincu pour le moment qu’une centaine d’acheteurs. « C’est déjà pas mal pour un produit vendu uniquement sur catalogue et sans publicité », estime Jean-Baptiste Carnet.

 

Levée de fonds d’1,3 million d'€ 

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Avec ses systèmes micro-électro-mécaniques, (MEMS), SilMach introduit le mouvement dans l'électronique. © Laurent Cheviet 
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Jean-Baptiste Carnet dirige avec  Pierre-François Louvigné la société créée en 2003. © Laurent Cheviet


Mais pour SilMach, l’enjeu principal est ailleurs. La PME de 28 salariés mise surtout sur la sous-traitance pour faire décoller son chiffre d’affaires, estimé à 1,5 million d’€ en 2023. Ses micromoteurs intéressent à la fois l’industrie horlogère traditionnelle et les concepteurs de montres intelligentes. Francéclat, le comité professionnel de développement économique en charge de la filière, et Eric Carreel, le fondateur de Withings, un fabricant français d’appareils connectés, ont d’ailleurs participé à une levée de fonds d’1,3 million d’€, bouclée l’automne dernier. 

Entraînant, par effet de levier, la sécurisation de 3 millions d’€ de trésorerie, cet apport permet à l’entreprise de se redéployer dans ses locaux de la technopole Temis Microtechnique. La salle blanche où s’effectue l’assemblage des systèmes doit être agrandie. La ligne de production pilote, qui avait été financée par des fonds européens Feder, sera renforcée dans le but d'augmenter les volumes. « L’objectif est de passer de quelques centaines à plusieurs millions d’unités par an », annonce le dirigeant. 

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SilMach imagine aussi de nouveaux débouchés dans d’autres domaines industriels, par exemple celui des dispositifs médicaux. « À partir des contacts obtenus lors du CES, nous espérons diversifier les applications des micromoteurs, conclut Jean-Baptiste Carnet. Nous avons l’objectif d’être identifiés par les grands acteurs de l’électronique – Google, Amazon, Facebook, Apple, Texas Instruments – et de décrocher des marchés auxquels nous n’avons pas encore pensé. Le micromoteur constitue une nouvelle opportunité que nous mettons sur la table. Aux designers d’en inventer tous les usages possibles. » 

 

Des capteurs pour la défense et l’aéronautique

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Phases de contrôle et d'assemblage du silicum en salle blanche. © Laurent Cheviet

Avec la direction générale de l’armement, SilMach a développé une solution de micro-capteurs capables de mémoriser des événements mécaniques (choc, déformation…) fonctionnant sans électronique ni source d’énergie.

Ce système de monitoring a fait son entrée sur le marché. Après une première commande de 100 pièces destinées aux protections balistiques en 2023, une deuxième production est programmée dès ce mois de janvier avant une montée en charge attendue  « à plusieurs milliers » d’exemplaires au cours de 2024.

Outre les militaires français, la société bisontine compte équiper les armées de l’Otan. Bientôt proposés sur catalogue, ces capteurs passifs font aussi l’objet d’un développement spécifique pour l’aéronautique avec Airbus.

(*) À la retraite depuis 2021, Patrice Minotti reste président du conseil d’administration de SilMach.

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