L'entreprise anciennement ISA France, qui avait été lâchée par son actionnaire asiatique, concrétise son objectif de sortie de la dépendance de l'horlogerie qui avait fait sa force mais aussi sa faiblesse. Reprise il y a sept ans par le Champardennais Axon' Câble, elle a bâti un portefeuille de clientèle beaucoup plus homogène, auprès de cinq secteurs supplémentaires. Elle remonte aussi la pente de ses effectifs pour approcher le seuil de la centaine.


L’ancien ISA France est bien en route vers son nouvel avenir à Villers-le-Lac (Doubs). Le concepteur et fabricant de pièces miniaturisées en métal (laiton, inox, bronze…) ou en plastique a d’ailleurs tourné depuis plusieurs années le dos à ce nom, pour arborer l’enseigne Axon' Nanotec. C’est en effet Axon' Câble, l'ETI de la Marne spécialiste des connecteurs qui est venue, fin 2016, à la rescousse de la PME lâchée par son actionnaire de Hong-Kong, pour enclencher sa diversification par rapport à l’horlogerie.

Le chemin parcouru est aujourd’hui significatif. « Nous sommes présents dans la cosmétique, l’aéronautique, les biens d’équipements industriels, le médical, l’automobile et toujours l’horlogerie, selon une trajectoire qui vise à une répartition homogène entre ces six débouchés », expose Philippe Truchot, directeur de la société de 85 salariés. L’automobile, en sous-traitance de rang 2 voire 3 de composants pour la connectique représente en ce moment quelque 30 % du chiffre d’affaires, situé l’an dernier à 7,3 millions d’€. L’électrification du parc semble promettre un bel avenir à Axon' Nanotec dans ce secteur, mais le fabricant cherche donc un rééquilibrage, par une montée en puissance notamment dans l’aéronautique.

Il faut dire que l’épisode qui a précédé la création de la société, et l'a en fait déclenchée, a de quoi rendre prudent. Le site travaillait à quelque 90 % pour l’horlogerie. Or fin septembre 2016, le groupe ISA décidait l’arrêt de cette branche au niveau mondial. « Une mesure aussi inattendue que brutale dans sa forme. Je l’ai apprise par un coup de fil, et c’est tout », se souvient Philippe Truchot.

 

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La dépendance à la maison-mère en terme de commandes et de trésorerie rendait le dépôt de bilan inéluctable. « Fort heureusement, trois mois ont suffi pour monter la reprise par Axon' Câble, avec la grande complicité des clients qui ont joué le jeu », rappelle le dirigeant, confirmé à son poste par le repreneur. Finalement, « bonne surprise », ISA a aussi donné son coup de pouce par un apport d’affaires pendant 18 mois.

Le groupe Axon', présidé par le charismatique Joseph Puzo, n’a pas perdu de temps pour autant afin de refaçonner sa nouvelle filiale. La minutieuse revue de détail a rendu ses conclusions dans la perspective de la fin des contrats avec ISA à mi-2018 : « Il fallait capitaliser sur nos fortes compétences en miniaturisation pour les déployer sur les marchés qui la réclame de plus en plus, comme l’aéronautique. Nous avions aussi une bonne réputation dans les machines spéciales…auprès, entre autres du groupe Axon', », rappelle Philippe Truchot. De plus « le Covid-19 a mis en exergue les potentiels dans l’équipement médical, un univers de prédilection pour la miniaturisation. »

 

Synergies à tous les étages

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Le site de Villers-le-Lac (Doubs) a accentué son implantation dans l'univers de la connectique, le domaine de prédilection
de son repreneur Axon' Câble, fin 2016.


En outre, Axon' Nanotec peut s’appuyer sur les moyens de sa nouvelle maison-mère, qui a un visage contrairement à la précédente, ainsi qu'une proximité culturelle et géographique. Les synergies fonctionnent à tous les stades : l’apport d’affaires, notamment par la branche mécatronique de l’ETI ; les expertises process devant faciliter par exemple l’obtention de certifications (l’Iso 14001 pour l’environnement l’an prochain, l’IATF pour l’aéronautique en 2026) ; l’appui en aval sur les équipes commerciales du groupe, et en amont, sur la force de frappe en ingénierie du groupe (plus de 150 ingénieurs), au bénéfice en particulier du bureau d’études pour l’industrialisation de Villers-le-Lac.

La relance permet à la nouvelle société de s'approcher de son équilibre financier, sans encore l'atteindre. Elle est passée par des investissements : acquisition de décolleteuses à procédé numérique, nouvelles presses à injection pour les matières plastiques, modernisation du parc de machines spéciales se sont succédé et se poursuivent. « L’investissement respecte un rythme de moyen de 500.000 à 600.000 € par an », précise Philippe Truchot.

Dans ces turbulences, les effectifs constituent l’élément ayant fait le plus des yo-yo. De 76 salariés courant 2016, il est passé à 45 lors de la reprise à la fin de cette année-là. Il est remonté à 65 en 2018, a connu un pic à 93 personnes pour se ramener à son niveau actuel de 85. Celui-ci résulte, pour 20 emplois, d’un rapatriement à Villers-le-Lac d’activités qui avaient été exercées par des croissances externes récentes et finalement éphémères d’Axon' Câble : PinTec (ex-Cisal) à Wissembourg (Bas-Rhin), spécialiste de comopsants à partir d’une niche technologique, l’électrostriction (découpe de matière par passage d’un courant de haute intensité) et Grandidier, un décolleteur voisin à Grand'Combe-Châteleu  (Doubs).

 

expertcomptable

 

La trajectoire RH semble repartir à nouveau vers le haut : « Nous recherchons une dizaine de recrues pour le remplacement des départs et une augmentation nette des effectifs, de façon à porter ceux-ci à 90 personnes environ », énonce Philippe Truchot. Garder le personnel reste une gageure, qu’il s’agisse de l’ère ISA ou de celle d’Axon', car la géographie, elle, continuer à dicter sa loi implacable : les ateliers de Villers-le-Lac se situent à quelques dizaines de mètres de la frontière de la rémunératrice Suisse.

Le fait rend Philippe Truchot philosophe. « Nous avons toujours connu cette particularité, on fait avec. Mais l’approche du travail a changé depuis la crise sanitaire, nos arguments sur les conditions de leur exercice se font mieux entendre. ». Axon Nanotec accorde notamment une grande flexibilité dans les horaires, dès lors que, le vendredi fin d'après-midi, soit atteint le seuil des 35 heures, quelques-unes de moins que de l’autre côté de la frontière.

 

Photos fournies par l'entreprise.

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