En difficultés, le décolleteur d’Ornans a été repris cet été par Mécanique Baumoise de Précision. Cette PME familiale élargit ainsi le périmètre de ses métiers et secteurs d’activités. En parallèle, elle investit 5 millions d’euros dans un nouveau site à Autechaux à côté de Baume-les-Dames.
Les 45 kilomètres qui séparent la zone industrielle d’Autechaux, près de Baume-les-Dames, de la rue de la Garenne à Ornans n’ont plus de secret pour Emilie Feuvrier et Mathieu Cour. Depuis mi-juillet, la directrice générale et le président de Mécanique Baumoise de Précision (MBP) effectuent plusieurs fois par semaine le trajet à l'intérieur du département du Doubs entre les bureaux de leur société et ceux de Décolletage de la Garenne (DDLG).
Cette entreprise déjà chargée d'histoire - elle est née en 1948 dans la vallée de la Loue - a en effet été cédée, à la barre du tribunal de commerce, au spécialiste de l’usinage de précision au début de l'été. Experte reconnue du décolletage pour l’horlogerie et le médical, DDLG a rencontré de sérieux problèmes de trésorerie depuis que « fin 2021, un incendie a rendu hors d’usage un atelier représentant 30 % de [son] activité », indique son ancien président Yannick Robichon, dans un courrier adressé cet été aux « clients, partenaires et parties prenantes. »
Le sous-traitant, qui employait encore 42 salariés en 2019, n'en comptait plus que 23 au moment de son placement en redressement judiciaire, fin mai 2024. Le repreneur conserve 20 postes.

Créé en 1991 par Bernard et Bernadette Cour, les parents des dirigeants actuels, MBP est fournisseur de rang 1 de pièces mécaniques pour de grands constructeurs comme Alstom (ferroviaire), John Deere (agricole), General Electric (énergie) ou Caterpillar (travaux publics).
Nouveaux clients dans le luxe et le médical

Pour continuer à grandir, cette belle PME de 145 salariés pour un chiffre d'affaires annuel de 27 millions d’euros a engagé une stratégie de diversification à partir de son cœur de métier, l’usinage par tournage et fraisage. Il y a cinq ans, un atelier d’assemblage a ainsi été ouvert près d’Autechaux. « Ce site travaille principalement pour le secteur de la défense et il abrite notre pôle robotique », précise Thomas Sandoz, responsable commercial.
Depuis 2021, l’entreprise disposant d’un parc d’une cinquantaine de machines à commande numérique, s’est aussi lancée dans la rectification cylindrique. L’intégration de DDLG permet donc à Mécanique Baumoise de Précision d’accéder à « un nouveau métier : le décolletage de petites pièces en moyennes et grandes séries, et à des clients dans des secteurs où nous n’étions pas encore présents, à savoir le luxe et le médical », explique Thomas Sandoz.
Aux manettes de l’affaire familiale depuis 2020, Mathieu Cour et Emilie Feuvrier signent ainsi leur première opération de croissance externe. Ils poursuivent l'objectif de redresser Décolletage de la Garenne et de lui faire retrouver son chiffre d’affaires d’avant les difficultés, soit entre 2 et 3 millions d’euros annuels.
Une extension de 2.000 m2 dès janvier

Le challenge est conséquent pour ces deux trentenaires qui supervisent, en parallèle, la construction d’un nouveau site à 500 mètres de leur usine actuelle. Cette dernière est en effet devenue trop petite malgré des agrandissements successifs qui ont porté sa surface à 7.500 m2. L’usineur investit, par conséquent, 5 millions d’euros dans deux bâtiments de production et de stockage, représentant un total de 2.000 m2.
Dès janvier 2025, MBP pourra y rapatrier trois machines dédiées à la confection de pièces pour les pompes à vide, des dispositifs utilisés par les fabricants de puces électroniques. « En 2022, nous avions dû louer en urgence des locaux à Baume-les-Dames afin d’accompagner un client dans une phase de croissance importante, raconte le responsable commercial. Nous allons aussi profiter de ce nouvel outil pour renforcer la robotisation de nos process. »
Par ailleurs, au-dessus du nouvel atelier, un espace sera aménagé pour l’École des métiers de l’usinage, l’organisme de formation interne de l’entreprise.

MBP figure parmi les six PME de l’Est qui constituent, depuis fin juin dernier, une « grappe » de fournisseurs du secteur ferroviaire. Ces regroupements sont mis en place, dans différentes régions, par l’association Care Rail et le constructeur Alstom, dans la continuité de la création des comités stratégiques de filière en 2019, dont celui de l’industrie ferroviaire. A leurs adhérents, ils donnent accès à 22 jours d’accompagnement par un consultant, étalés sur 18 mois, pour des expertises techniques avec la participation de Bpifrance.
Ces participants sont recrutés selon les critères de l’excellence de leur offre et de la reconnaissance de leur savoir-faire. « Sur un marché mondial, ces PME de qualité doivent viser au moins un champ d’action national, dont nous essayons de leur donner les clés. A partir de là, l’échelle régionale est pertinente pour l’organisation des échanges », décrit Jean-Pierre Audoux, président de Care Rail. « Le programme vise à améliorer les performances de la chaîne de production des fournisseurs d’Alstom dont nous faisons partie. Nous l’avons intégré afin de réfléchir à la gestion des flux logistiques entre notre usine actuelle et le nouveau site qui seront séparés de 500 mètres », expose Thomas Sandoz chez MBP, qui a prévu d’aménager un tunnel couvert pour faire circuler un robot logistique mobile.
La nouvelle grappe de l’Est a été lancée dans les locaux d’Alstom à Ornans (Doubs). Elle associe à MBP des PME du Grand Est : les Alsaciennes Atesys-Montoux (condensateurs) et Guillet (sous-traitance métallique à valeur ajoutée), Forgex (forge et estampage) en Haute-Marne, Jumo Régulation à Metz et MPS (Manquillet-Parizel, sous-ensembles forgés) dans les Ardennes. Les organisations régionales précédemment mises en place se situent dans les Hauts-de-France pionniers, en Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand Ouest.


















































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