Dans son usine de Jussey, l’opérateur funéraire OGF est le seul à industrialiser la finition personnalisée, et colorée, de ses cercueils en bois massif. Jamais à court d’innovation, le fabricant planche désormais sur un nouveau modèle… en carton. Focus sur l’entreprise, à quelques jours de la Toussaint.
Rose flashy, bleu clair, vert forêt… A Jussey, en Haute-Saône, le groupe OGF, principal opérateur funéraire français (voir encadré) bouscule les codes couleurs de son univers, où les teintes du bois, du blanc et du noir ont valeur de référence traditionnelle. Moyennant un investissement de 220.000 euros, il a équipé son site de fabrication de cercueils en bois massif d’une chaîne de finition personnalisée pour appliquer jusqu’à 200 couleurs différentes. Depuis deux ans, sur les 360 exemplaires produits quotidiennement, une quinzaine sont peints de la sorte à la demande des proches du défunt, et expédiés dans un délai maximal de 72 heures.
OGF est le premier acteur du marché français à industrialiser cette prestation. « Nous étions sollicités par les familles, notamment celles de supporters qui voulaient un cercueil aux couleurs de leur club, relate Emmanuel Garret, le directeur de l’usine. Auparavant, nous devions nous rendre chez un carrossier, pour utiliser sa cabine de peinture, ce que font toujours nos concurrents. »
Fournisseurs exclusifs des agences de pompes funèbres de son groupe, le site franc-comtois de 140 salariés et son homologue de Reyrieux, dans l’Ain (65 personnes) livrent 142.000 cercueils chaque année. Mais seul le premier dispose d’une scierie intégrée : il découpe annuellement 27.000 m3 de grumes – dont 14.000 m3 de chêne et 9.000 m3 de hêtre – achetées « dans un rayon de 100 kilomètres au maximum. » Débité en billons de 2,10 m puis en planches, le bois, certifié PEFC (**) est séché grâce à une chaufferie biomasse alimentée par les déchets secs de l’atelier de menuiserie.

Rabotées en épaisseur et délignées, ces planches sont collées entre elles pour former des panneaux qui, après leur passage dans les centres d’usinage à commande numérique, sont transformés en pièces prêtes à monter. De 8 pour le modèle le plus simple dit « parisien », leur nombre grimpe à 15 pour un « tombeau » au couvercle surélevé et très travaillé. L’assemblage est réalisé manuellement de façon quasi artisanale, à la différence de la pose de vernis qui est robotisée et pilotée par une puce glissée dans chaque cercueil.
Un million d’euros d’investissement par an

Entré chez OGF comme directeur de production en 2006, Emmanuel Garret fait partie du cercle restreint des dirigeants qui ne s’inquiètent pas pour la pérennité de leur activité. Pour une raison démographique relevant d'une logique toute implacable. « Dans les années à venir, l’Insee prévoit une hausse du nombre des décès consécutive au ‘’papy-boom’’ », explique l’ingénieur en bois et ameublement, passé par le lycée du bois de Mouchard, dans le Jura.
Alors que l’effectif de l’établissement haut-saônois a progressé de 10 % depuis 2022, l’opérateur funéraire y injecte 1 million d’euros par an « pour renouveler des machines ou réaliser des gros travaux de maintenance. » Cette année, une défonceuse à commande numérique a ainsi été « rétrofitée » (remise à neuf) et le système de contrôle de l’humidité s'est étendu à l’atelier de montage. En 2025, un investissement de « près de 400.000 euros » devrait permettre de généraliser l’utilisation de vernis à l’eau, sans aucun solvant.
Toutefois, la prochaine innovation d’OGF ne nécessitera pas de grands moyens financiers. A la trentaine de références déjà disponibles en bois massif, le site compte bientôt ajouter un modèle en carton. Il s'agit pour lui de répondre à la demande d’une clientèle en quête d’une alternative perçue comme plus écologique. Le service « étude » planche sur le sujet, en collaboration avec l’entreprise JPA Emballage de Noidans-lès-Vesoul. « Nous deviendrions alors le premier fabricant français à industrialiser un cercueil en carton », souligne, avec un brin de fierté, Emmanuel Garret.
(*) Programme de reconnaissance des certifications forestières, gage de respect d'une gestion durable de la forêt

Revendiquant 17,5 % de parts de marchés, OGF est le premier opérateur de services funéraires français. Émanation des Pompes Funèbres Générales (PFG), la célèbre société fondée en 1828, le groupe est aujourd’hui détenu par un fonds de pension institutionnel canadien, Ontario Teachers’Pension Plan. Outre ses deux sites de production de Jussey et Reyrieux, il réunit 1.200 agences de pompes funèbres (dont 80 % sous la marque PFG), 607 maisons funéraires, 370 centres logistiques et 90 crematoriums. L'ensemble représente un effectif de 5.900 salariés. OGF, qui vient de racheter Crémanimo, un opérateur de crématoriums animaliers, a réaliseé un chiffre d’affaires de 607 millions d’euros lors de son dernier exercice, clos le 31 mars 2024.

© Laurent Cheviet




















































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