
FILIÈRE BOIS. Ce serait une question pour un quizz : où se fabrique le plus grand nombre de cercueils en Europe ?
Réponse : à Jussey, en Haute-Saône, où l’entreprise OGF exploite une usine de 20 000 m2 d’ateliers répartis sur 10 hectares avec un effectif de 140 personnes (*).
Ici, sortent chaque année plus de 80 000 cercueils par an, soit environ 400 unités par jour et ce, onze mois sur douze.
Portrait d’une usine qui fait un produit unique et consommable une seule fois.
«Faire un cercueil, c’est faire un beau meuble d’ébéniste», assure Alain Penaud. Pour en convaincre, le directeur industriel d’OGF, numéro un français du funéraire et propriétaire de l’usine de Jussey (Haute-Saône), montre le catalogue des produits maison.
Une vingtaine de modèles y sont exposés avec différents accessoiresselon la confession religieuse ou l’appartenance maçonnique.
Existe aussi un cercueil méon (musulman) de forme trapézoïdale qui ne sert, selon la tradition de l’Islam, qu’à transporter le corps, ensuite inhumé dans un linceul blanc en pleine terre.
Pour réaliser ces différentes bières, que de techniques dans le travail du bois ! Écoutons Jean-Marc Louis, 52 ans, directeur de l’usine et ingénieur des Arts et Métiers (Quat'z'Arts), énumérer les différentes étapes.
«À partir d’une grume, nous scions, séchons, rabotons, délignons (mise au bon format et choix des planches), trions, panneautons, calibrons à 22 millimètres, ponçons, usinons, assemblons, égrenons, teintons, reponçons, vernissons, séchons et emballons», indique t-il.
L’unité ressemble donc à une scierie doublée d’une menuiserie, ponctuée de différents ateliers d’ébénisterie, tellement le travail final ne doit souffrir aucun défaut. Par respect de "l'utilisateur" et de ses proches.
C’est dire aussi si, avec sa consoeur de Reyrieux (Ain), second site productif d’OGF (80 000 unités annuelles, 80 salariés), leur bon fonctionnement nécessite de lourds investissements.

Plus de 8 millions d’€ ont été injectés à Jussey jusqu’en 2010 pour améliorer l’outil industriel, dont 6,5 millions pour créer une chaufferie bois de 11 MW, alimentée en interne par la sciure, les chutes et les plaquettes forestières.
Jusqu’en 2014, les deux usines bénéficieront par ailleurs de 3,77 millions d’investissement liés en grande partie à un plan de continuité d’activité.
«Il s’agit pour nous de doubler certains équipements afin de ne jamais être dans l’impossibilité de produire, suite, par exemple, à un incendie ou à un sinistre climatique», argumente Alain Penaud qui, lui aussi en bon Quat'z'Arts, se doit d'anticiper le moindre risque industriel potentiel.
Une ancienne ligne de délignage sera ainsi remontée et une panneauteuse reconditionnée dans les deux ans. Facture : 1,1 million d’€.
Ce qui surprend à Jussey tient à l’immense parc à bois. Sur les 140 salariés, trois d’entre eux sont commis forestiers. Ils font les estimations et achètent les chênes dans un rayon de 100 km.
«La moitié de notre ressource vient de Haute-Saône et tous les bois sont certifiés PEFC, c’est-à-dire issue d’une gestion durable», ponctue Jean-Marc Louis.

Parmi les essences retenues pour la fabrication des cercueils, chênes (58%) et pins (38%) se taillent la part du lion.
En visitant l’ensemble de ce site d’OGF, on est surtout frappé par l’implication du personnel qui travaille en deux-huit.
«Nous n’avons aucun mal à recruter sur place des CAP ou des bac pro et nos personnels sont très fidèles», assure Alain Penaud.
(*) D’abord spécialisé dans le charbon de bois à la fin de la première guerre mondiale, le site est devenu ensuite une scierie, puis durant la seconde guerre mondiale s’est orienté définitivement vers la production de cercueils.
Crédit photo : Jean-Marc Louis, OGF et Traces Ecrites

OGF (533 millions d’€ de chiffre d’affaires, 5500 salariés, 1000 agences, 50 crématoriums sous contrat), plus connu sous sa marque Pompes Funèbres Générales (PFG) règne en maître sur le marché du funéraire en France.
L’entreprise intègre toute la filière, de la fabrication des cercueils à la marbrerie, en passant par tout le service obsèques. Elle s’est occupée de 118 300 familles sur son dernier exercice clos au 31 mars 2012, soit 25% de parts de marché en valeur. Et l’activité ne risque pas de faiblir, car, malgré l’allongement de l’espérance de vie, la génération fort nombreuse du baby-boom commence à sentir de plus en plus le poids des ans.
Autre phénomène notable : l’enterrement, à savoir l’inhumation classique, cède de plus en plus le pas à la crémation. «Elle représente déjà un tiers des obsèques et atteindra les 40% d’ici à huit ans», justifie Jean Ruellan, directeur de la Communication et de la relation client chez OGF. Moins chère - environ 3000 €, contre 4 000 € en moyenne pour une inhumation -, la crémation se développe aussi parce qu’elle franchit progressivement les différents tabous culturels et religieux.

- Les fosses communes n’existent plus depuis bien longtemps en France : l’empereur Napoléon 1er impose en 1804 l’inhumation individuelle dans un espace dédié.
- Tout corps doit obligatoirement être mis en bière, dotée d’une enveloppe de zinc en cas de décès par maladie contagieuse ou de passage de frontières.
- À l'issue de la crémation, la loi interdit de conserver chez soi les cendres du défunt. Mais elles peuvent être dispersées en pleine nature, c’est-à-dire dans «un espace naturel non aménagé». Seule obligation : le déclarer à la commune de naissance de la personne décédée.
- Il existe environ 150 crématoriums en France. Dès le 1er janvier 2013, les communes de plus de 2000 habitants devront disposer d’un site cinéraire. On pourra y déposer une urne dans une case de columbarium ou une cavurne, deux espaces concédés à l’inhumation des urnes, le premier étant un mur de cases, le second, un espace au sol. On pourra également disperser les cendres sur l'espace de dispersion ou ce qu’on appelait avant jardin du souvenir.





















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