La PME de charpente et constructions en ossature bois basée à La-Chapelle-sur-Furieuse (Jura) se lance dans la conception d’hébergements insolites, qui lui permettent d’exprimer d’une autre manière le savoir-faire technique de ses 18 salariés. Elle confirme sa croissance d’année en année.


Depuis La Chapelle-sur-Furieuse dans le Jura, neuf cabanes se confectionnent, prêtes à rejoindre des forêts en France pour procurer un moment insolite à des personnes en quête de dépaysement, de connexion avec la nature, de ressourcement. Elles sont l’œuvre de MCF Bois.

Cette entreprise de charpente de 18 personnes les préfabrique actuellement dans ses ateliers avant d’entamer leur assemblage sur leur lieu final, la semaine prochaine. Ses équipes continueront ensuite de se partager entre les deux étapes de réalisation, jusqu’à l’installation définitive sur site le 15 mai.

 

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Ce marché est honoré pour Coucoo, une société positionnée sur les offres de tourisme durable. « Il nous procure une occasion intéressante de renforcer notre métier de charpentier-couvreur. La prestation est technique, en particulier pour l’intégration des éléments de vie intérieurs (aménagements, cuisine…). Ce projet, en outre, nous fait travailler à partir de bois ronds, qui doivent être taillés manuellement, à rebours de l’industrialisation avec commande numérique qui a gagné du terrain dans nos métiers », observe Benoît Gilles, le gérant de MCF Bois.

Celui-ci met aussi en exergue l’expertise que requiert le montage sur site, avec manipulation d’engins de levage en forêt. « En somme, ce type de projet est adapté à notre dimension d’entreprise, intermédiaire », estime-t-il.

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 Atelier de préfabrication de MCF Bois à La-Chapelle-sur-Furieuse pour les cabanes construites sur mesure pour les domaines Coucoo, société d'hébergements insolites en bois. © Laurent Cheviet

 

 

Des cabanes plutôt que des tiny houses

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Le montage sur rack est préparé dans les locaux de l'entreprise, pour transport sur site. © Laurent Cheviet


Ces cabanes viennent concrétiser une diversification vers l’hébergement insolite qui avait pris tournure pour MCF Bois au moment de la crise sanitaire. Elle aurait pu prendre une autre direction, celle des « tiny houses » conçues pour s’évader chez soi ou télétravailler… si l’engouement n’avait pas été aussi excessif. La PME a mis au point deux modèles de cet habitat modulaire, de 15,5 et 18,5 m2, qu’elle a dévoilés en mai 2022 à la Saline royale d’Arc-et-Senans (Doubs) où elle exerce un mécénat de compétences.

« Le décollage a été incroyable. Des Parisiens débarquaient pour passer commande, nous recevions 10 à 15 demandes par jour ! Il est vite devenu évident que nous ne pourrions tenir la cadence. Nous gardons ce créneau de la tiny house dans notre offre, mais de façon sélective et nous avons réorienté ce type d’activité vers une clientèle de professionnels de l’aménagement, d’où ces cabanes et autres constructions perchées pour créateurs de concept d’hébergement insolite, dont nous enclenchons le mouvement avec le marché en cours », raconte Benoît Gilles.

 

Les compétences de la rénovation

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La construction des cabanes fait travailler des bois ronds, de façon très manuelle.  © Laurent Cheviet


MCF Bois n’en oublie pas pour autant son métier et ses débouchés de base : la charpente-couverture traditionnelle et la construction en ossature bois pour l’habitat et les bâtiments non-résidentiels, notamment de l’hôtellerie haut de gamme indépendante qu’incarnent le château 5 étoiles de Germigney à Port-Lesney (Jura) rénové et agrandi il y a deux ans, ou prochainement le Clos Alice à Arbois.

La PME en a dégagé l’an dernier un chiffre d’affaires de 2,6 millions d’€, réparti de façon presque égale entre le neuf (45 %) et la rénovation (55 %). « Celle-ci nous procure des compétences métiers fortes qui mettent en valeur les belles expertises de notre équipe, en menuiserie, charpenterie, zinguerie…Nous sommes presque tous passés par la filière des Compagnons du Devoir, à partir notamment du lycée du bois de Mouchard », souligne le dirigeant.

 

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Benoît Gilles lui-même a suivi ce chemin de formation qui l’a amené à la rencontre de MCF Bois, une première fois à la sortie de son BTS de charpente-couverture à Mouchard (Jura), puis quelques années plus tard pour de bon. Xavier Faivre, qui avait repris la PME en 2001 à la famille Maisse fondatrice au sortir de la dernière guerre, l’a appelé à ses côtés en 2014, dans l’optique d’organiser la transmission sur le long terme. « Nous nous sommes associés pendant six ans. Nous avons uni nos compétences, lui Xavier maître de la rénovation, et moi apportant mes connaissances dans le neuf. »

L’alchimie a bien réussi. Depuis 2015, MCF Bois a plus que doublé de taille, à partir d’un chiffre d’affaires alors situé à 600.000 € pour un effectif de sept personnes. Celui-ci continue de s’étoffer, souligne le gérant. « Nous recrutons une à deux personnes supplémentaires chaque année. »

 

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Les neuf cabanes rejoindront d'ici à la mi-mai leur installation défiinitive en forêt. © Laurent Cheviet

 

Qui est Benoît Gilles ?

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Benoît Gilles © Laurent Cheviet

Diplômé du lycée du bois de Mouchard, Compagnon du Devoir, le gérant de MCF Bois est parti un temps se perfectionner en Angleterre puis il a connu d’autres expériences professionnelles avant de revenir dans le bois pour intégrer l’entreprise qu’il dirige à présent, sous la férule du précédent propriétaire Xavier Faivre. Son bagage managérial s’est complété d’une licence en conduite de travaux et économie de la construction de l’IAE de Belfort, un parcours effectué en alternance chez Gardavaud Habitations à Valdahon (Doubs).

Depuis quelques années, il manifeste l’intention de rendre son entreprise la plus participative possible… aux bénéfices mais aussi aux décisions stratégiques. « J’associe les salariés au recrutement des nouveaux venus. Je leur ai demandé leur avis sur le fait de s’engager ou pas sur le nouveau créneau des cabanes…et je les ai suivis », décrit-il. Il a mis en place le mécénat de compétences, pour la rénovation du parquet de la salle Migeon à la Saline royale d’Arc-et-Senans.

Pour « donner plus de sens à l’action des collaborateurs », Benoît Gilles souhaite à présent s’engager sur la voie du statut d’entreprise à mission, qui suppose de définir une raison d’être à l’entreprise. Il avoue avoir d’abord éprouvé du « scepticisme » envers ce profil émergent d’entreprise, « puis des expériences rencontrées m’ont convaincu qu’on pouvait s’engager de la sorte sans tomber dans le greenwashing ».

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