Deux événements ferroviaires ont fait l'actualité ces derniers jours en Bourgogne-Franche-Comté : la confirmation d'une commande de trois trains à propulsion hydrogène qui circuleront dans l'Yonne à partir de 2024, et l'annonce d'un nouveau centre de maintenance à Dijon dédié aux trains électriques Régiolis qui remplaceront les Corail de la ligne Paris-Bercy/Dijon/Lyon à partir de l'année prochaine.

 

Vendredi dernier 5 mars, le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a officialisé sa commande de trois trains à propulsion hydrogène à la SNCF pour le constructeur Alstom – une facture de 51,9 millions d’€ –  en présence du ministre délégué chargé des Transports, Jean-Baptiste Djebbar (Lire ici l’article de Traces Ecrites News). La Région a été la première à dégainer dans le cadre d’une commande groupée de 12 rames, avec ses voisines Grand-est (5 rames) et Auvergne-Rhône-Alpes, ainsi que l’Occitanie qui n’ont pas encore confirmé leur intention.

 

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Les trains conçus et fabriqués par Alstom sont des machines hybrides de la gamme Coradia Polyvalent H2, bi-mode, électrique et hydrogène, destinées à se substituer aux trains diesel qui représentent 25% du parc de TER en Bourgogne-Franche-Comté. Une pile à combustible remplace le moteur diesel et un réservoir rempli d’hydrogène, stocké sous forme gazeuse, celui à carburant.  Une réaction chimique entre l’hydrogène et l’oxygène génère de l’électricité qui alimente le moteur et peut être aussi stocké dans des batteries. Leur performance commerciale n’a rien à envier avec leurs précédesseurs, avec une vitesse maximale de 160 km/h et une capacité de transport  jusqu’à 220 passagers pour une autonomie comprise entre 400 et 600 km.


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Le Coradia iLint d’Alstom est le premier train à hydrogène transportant des passager à avoir passé avec succès un test avec en Basse-saxe où il a parcouru 180 000 km pendant 18 mois. Il sera mis en service en 2022 dans ce land allemand. © Alstom

 

L’officialisation a eu lieu à Auxerre dans l’Yonne car c’est ici que les trains à hydrogène circuleront sur une partie du réseau non encore électrifiée (et qui ne le sera certainement jamais), entre Laroche-Migennes et Auxerre. Et c’est ici (Lire l'article de Traces Ecrites News) qu’ils s’approvisionneront en hydrogène.
Le projet coïncide avec celui de la communauté d’agglomération de l’Auxerrois de se doter de bus urbains à pile à combustible, cinq en premier lieu dont la livraison est attendue pour fin avril. Une station de production sera réalisée avec l’équipementier McPhy par Hynamics, filiale du groupe EDF spécialisée dans l’hydrogène qui l’exploitera. D’une puissance de 1 MW, elle produira 400 kg d’hydrogène par jour à partir de septembre prochain.

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Pour aller jusqu’au bout de l’énergie propre sans émission de gaz à effet de serre (CO2), le choix technologique d’EDF est l’électrolyse de l'eau à partir d’électricité d’origine renouvelable issue de sites de production locaux et régionaux « certifiée par des certificats de garantie d’origine. »  : parcs éoliens, barrages hydroélectriques du Morvan... 
Cet investissement de 8,5 millions d’€ soutenu par la Région à hauteur de 1,3 million est destiné à alimenter un écosystème plus large, engageant selon le conseil régional, plus d’une quarantaine d’entreprises locales pour les besoins en énergie de leur outil de production et leur parc de véhicules utilitaires. Pour ce faire, l’objectif selon EDF est d’étendre les capacités de production à 3 MW.

 

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La Communauté de l’Auxerrois a attribué en décembre 2019 à Safra (Société Albigeoise de Fabrication et Réparation Automobile) le marché de cinq bus à pile à combustible. Le constructeur français les a développé à partir de l’architecture de son modèle électrique avec une pile à combustible de 30 kW, fournie par Michelin, qui promet une autonomie de 300 km. © Safra

 
La région Bourgogne-Franche-Comté annonce les premiers essais de ses trains hydrogène en 2023, un an après la mise en place d’un service régulier en Basse-Saxe, en Allemagne avec un matériel roulant toutefois différent. Les trajets commerciaux devraient démarrer en 2024. Quant à leur  lieu de fabrication, Alstom n’a encore rien officialisé.

Les trains pourraient être assemblés dans l’usine d’Alstom à Reichshoffen où se poursuivent les discussions avec Skoda Transportation, le seul candidat repreneur de l'usine alsacienne (Alstom s’étant engagé à céder une de ses usines dans le cadre de la fusion avec Bombardier). Selon les syndicats, le potentiel repreneur serait en train de  négocier  avec  Alstom des contrats de  sous-traitance (étude  et  production) pendant une période transitoire de deux à trois  ans, et notamment « une  exclusivité  pour l’ensemble des trains à hydrogène qui seraient gagnés par Alstom. » Les lieux de fabrication des autres éléments sont moins incertains : la traction hydrogène à Tarbes (Hautes-Pyrénées), les boggies au Creusot (Saône-et-Loire) et les moteurs à Ornans (Doubs), ces deux dernières usines ayant une activité exclusive en France.



Un nouveau centre de maintenance entièrement dédié aux trains électriques

 

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Les travaux de la réalisation de la plate-forme du futur centre de maintenance des trains Régiolis consiste à déposer caténaires, rails et traverses, aiguillage et postes de signalisation. Le nouveau centre de maintenance est destiné aux trains électriques régionaux qui remplaceront à partir de 2022 les trains Corail en fin de vie qui circulent sur la ligne Paris-Bercy/Dijon/Lyon.. © Traces Ecrites



Parce qu’il est équipé pour faire la maintenance des trains à propulsion thermique et électrique, les trains hydrogène pourront être entretenus dans le technicentre de Dijon Sud, sur le site de triage de Perrigny-Gevrey, implanté entre  les deux  lignes du Paris-Lyon-Marseille et le Dijon-Bourg-en-Bresse. Mais à ce jour, aucune décision n'est prise. En 2024, ce technicentre sera l’un des trois centres de maintenance dont le conseil régional disposera pour les TER avec l’historique atelier de maintenance en gare de Dijon et un nouveau dédié aux derniers nés Regiolis, à propulsion électrique, dont la livraison des premiers exemplaires est annoncée pour 2022.

Le centre de maintenance actuel n’est pas dimensionné pour les accueillir, car ils sont composés de 6 rames au lieu de 4 pour les Corail qui seront remisés ces prochaines années. D’où la décision du conseil régional de pouvoir disposer d’un atelier à leur mesure, un bâtiment de 2.300 m2, deux fois plus long que l’actuel, que la SNCF Voyageurs va lui construire  sur le même site. L'investissement de 30 millions d’€ est pris en charge par le conseil régional.

 

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Deux voies couvertes permettant de faire simultanément la maintenance de deux trains, et une extérieure, chacune de 160 mètres de longueur, réceptionneront les trains pour des opérations de maintenance différentes de celles qui sont pratiquées actuellement. « Les nouvelles générations de trains sont connectés de façon à faire de la maintenance prédictive, c’est-à-dire détecter les probabilités de pannes et éviter une perturbation du trafic », explique Eric Cinotti, directeur régional TER Bourgogne-Franche-Comté, à l’occasion d’une visite destinée à la presse hier 8 mars.

Cette maintenance lourde qui sera réalisée une fois par an nécessite des équipements particuliers comme des passerelles escamotables pour les interventions en toiture et un vérin fosse pour le remplacement des essieux. Bien que le calendrier de construction ne soit pas encore arrêté, SNCF Réseau est en train de réaliser la plate-forme du futur bâtiment. Le chantier qui a débuté le 21 février et s’achèvera dans quelques jours, consiste à retirer les équipements d’un faisceau de six voies de service, pas moins de 10 km de rails et 10.000 traverses. Ces travaux préparatoires d’un montant de 1 million d’€ sont aussi financés par le Conseil régional.

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