Le groupe de produits en aluminium originaire de Bordeaux prend le contrôle de la PME de Côte-d’Or experte des revêtements en façade préfabriqués, dont le dirigeant Sylvain Bonnot n’avait pas de succession parmi ses enfants. Déjà présent à Sens (Yonne) par l’usine de panneaux Isosta, Aramis estime apporter à Myral un avenir identique à son présent : industriel et familial.


Nouveau produit et nouveau propriétaire. Chez Myral, la présentation officielle, ce 17 juin, d’un panneau isolant inédit d’origine recyclée et l’inauguration des nouveaux bureaux du site d’Is-sur-Tille (Côte-d’Or), fruit d’un investissement de plus de 2 millions d’euros, ont aussi donné l’occasion d’annoncer le rachat prochain. La PME de 120 salariés (chiffre d’affaires de 30 millions d’euros au cumul de ses quatre entités) spécialiste des revêtements de façades s’apprête en effet à intégrer le groupe Aramis, un ensemble d’un millier de salariés répartis en une dizaine d’unités et sociétés ayant l’aluminium comme dénominateur commun, et qui s’est construit par acquisitions successives.
 

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Les bobines d'aluminium stockées dans les ateliers d'Is-sur-Tille sont composées à 75 % et plus de déchets recyclées, comme les canettes usagées de boisson. © Mathieu Noyer


« L’histoire se poursuit dans ce cadre, avec une entreprise que nous connaissons de longue date »
, commente sobrement Sylvain Bonnot, le président de Myral. Il avait succédé à son père fondateur de l’entreprise en 1987, mais n’a pas trouvé dans la génération suivante à qui transmettre les rênes à son tour. Il reste dans sa fonction jusqu’à l’été 2025, échéance fixée pour une prise de contrôle intégrale du capital par Aramis, après l’étape, cet été,  de sa montée à plus de 50 %.
 

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Ce groupe est déjà actionnaire minoritaire depuis 2020. Il estime qu'il apportera à l’entreprise côte-d’orienne un avenir dans un cadre qui lui restera familier :  « Myral rejoint un groupe industriel, non un fonds d’investissement, et de propriété familiale lui aussi », souligne Jean-Bernard de Poret, directeur des fonctions support d’Aramis. « Nous avons déjà les mêmes fournisseurs en aluminium, le matériau qui forme le fil conducteur de nos propres activités, et nous avons incontestablement d’autres synergies à pouvoir mettre en place plus en aval, dans la distribution en premier lieu », poursuit-il.

Aramis compte notamment un réseau d’entreprises franchisées pour l’installation de son produit historique et phare, les gouttières de marque Dal’Alu. Or Myral a mis en place une organisation de même type, par sa société Uniso, pour la pose de ses solutions auprès des particuliers sur 80 % du territoire national, avec l’objectif de combler dans les cinq ans les « trous » dans la carte, situés en particulier dans le Sud-Est et en Ile-de-France.

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Myral reçoit des granulés de PVC pour ses rives de fixation, dont la moitié résultent de portes, fenêtres et autres éléments de menuiserie déposés de chantiers.  © Mathieu Noyer


Avec la transmission en cours, Aramis va franchir la barre des 1.000 salariés qu’elle approche actuellement, ainsi que celle des 400 millions d’euros pour son chiffre d’affaires. Celui-ci se réalise à partir d’une dizaine d’unités de production réparties dans plusieurs bassins : outre Bordeaux, elles se situent à Cholet (Maine-et-Loire), Nantes, Brignais (Rhône), Pertuis (Vaucluse) dans des activités de bardage, panneaux, éléments composites ou encore à Altorf (Bas-Rhin) par sa filiale Emaillerie Alsacienne de panneaux de façade. « La filière sèche (préfabrication) de panneaux isolants, dont Myral est le leader en France, présente ainsi une parfaite complémentarité avec nos spécialités », souligne Jean-Bernard de Poret.

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Cette carte de France passe aussi par la Bourgogne, qui n’est nullement une terre inconnue d’Aramis. Le groupe de la famille Micouleau compte à Sens (Yonne) une unité de production de panneaux sandwichs et de remplissage, qui l’a rejoint par étapes entre 2003 et 2008, lors du rachat de la société Isosta. Avec son effectif d'environ 80 salariés, « elle constitue notre plus important site de production », signale Jean-Bernard de Poret.

C’est également à Sens que l’association avec Myral trouve déjà une première application : l’unité « Repan » (pour reconditionnement de panneaux) de Sens recycle les chutes de productions de la PME d’Is-sur-Tille…elles-mêmes d’origine de plus en plus recyclées. Dans la corbeille du mariage, Myral dépose en effet une solution inédite en France : le panneau composé pour moitié de matière provenant de « déchets.»

Un panneau à 50 % d'origine recyclée
 

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La ligne d'extrusion mise en service en 2015. © Mathieu Noyer


Ses trois « ingrédients » y recourent, dans des proportions variées. L’aluminium, la matière principale entrant pour 70 % dans la composition, est issu pour les trois-quarts ou plus, selon les gammes, de produits usagés (canettes, boîtes de conserve, plaques d’immatriculation…) qui seront refondus pour s’acheminer en bobines à Is-sur-Tille. Le PVC provient pour moitié des éléments de menuiserie de démolitions de chantier qui sont transformés en nouveaux granulés. L’unité de recyclage du fabricant PVC Veka à Vendeuvre-sur-Barse (Aube) assure cette transformation à destination de Benvic, le fournisseur en granulés de Myral à Dijon. La matière rejoint alors la ligne d’extrusion d’Is-sur-Tille, mise en service en 2015 après 5 millions d’euros d’investissement, pour créer les rives de fixation originales de Myral, un système d’emboîtement breveté bien plus aisé à poser que les dispositifs classiques à ossature. Quant à l’isolant lui-même, la mousse en polyruéthane, il est d’origine recyclée à 15 % : l’une de ses composantes, le polyol, vient en partie de son extraction de bouteilles en PET.

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Ainsi, pour la fabrication de ses 300.000 m2 annuels, Myral redonne vie à 3 millions de canettes et 2 millions de bouteilles. « Au cumul des matières, nous en sommes à 50 % d’incorporation de recyclé et nous pensons pouvoir monter à 60 %. Ceci pour un même coût que nos gammes actuelles et pour une performance d’isolation égale, à savoir la résistance thermique R, située à 1,45 m2.K/W (*) pour l’isolant lui-même », souligne Julien Bagnard, directeur de Myral. Le panneau, dénommé M 32, devient « l’un des cinq produits en Europe les moins émissifs de C02 et le plus bas carbone dans la famille spécifique des vêtures », indique Sylvain Bonnot. L'entreprise peut attester de ce classement par la comparaison de ses émissions avec celles de 150 produits concurrents publiées dans la base officielle français Inies.

Fruit de deux ans de recherche et développement et d’un investissement de plusieurs centaines de milliers d’euros, le M 32 véhicule ainsi deux convictions majeures de son fabricant : l’avenir de son marché appartient à la décarbonation, et celle-ci passe aussi par l’exploitation de matière usagée, pas seulement par le recours au biosourcé. Myral les transmet à sa nouvelle maison-mère.

(*) mètre carré-kelwin par watt

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