Steven Kauffmann a mis au point une solution qui promet d’améliorer les conditions de travail des tatoueurs professionnels. Confiée au plasturgiste VP MedTech, la production des cartouches de sa start-up Armink Tattoo Body Art doit démarrer début 2024 près de Morteau.


« C’est comme passer de l’encrier au stylo. »
Steven Kauffmann, le fondateur de la start-up Armink Tattoo Body Art, utilise cette comparaison pour décrire l’invention qu’il s’apprête à commercialiser. Originaire du Haut-Rhin, aujourd’hui installé dans le haut-Doubs, le trentenaire a réussi à greffer un réservoir d’encre sur des cartouches à aiguilles de tatouage (*). Avec ce « stylo » auto-alimenté, les tatoueurs n’auront plus besoin de recharger sans cesse leur aiguille dans un récipient externe, « l’encrier » comme le professionnel le surnomme.
 

Armink échantillons
Les cartouches sont composées de cinq pièces en plastique dans lesquelles vient s’insérer une aiguille, pour l’instant fabriquée en Chine . Comme il existe une large gamme d’aiguilles, Armink proposera à terme 17 références identifiables à la couleur de leur embout.
© Edwige Prompt


Gain de temps estimé à « 30 % par jour », réduction des risques de troubles musculosquelettiques du poignet et du coude, hygiène renforcée par un bouchon hermétique : l’innovation, protégée par deux brevets dans 44 pays, promet d’améliorer les conditions de travail d’une profession en plein essor (**) . « Et comme on n’aura plus besoin de rattraper les traits interrompus par une recharge, la qualité du tatouage en sera améliorée », assure Steven Kauffmann.

Le peintre en bâtiment de formation - mais « inventeur dans l’âme » - a d’abord créé Armink en 2020 en Suisse où il a échoué à trouver des financements. Et contrairement à ce qu’on imagine d’ordinaire, sa jeune pousse a reçu un accueil beaucoup plus favorable en France, où elle s’est, dès lors, installée l’année suivante : elle a pu réunir 650.000 € notamment auprès du Réseau Entreprendre, de la banque CIC, de la région Bourgogne-Franche-Comté et d’investisseurs privés.

 

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Cette première levée de fonds a permis de développer le moule « deux empreintes » grâce auquel le plasturgiste VP MedTech, filiale du groupe Lamenplast (voir encadré ci-dessous), lancera la production début 2024 aux Fins (***), près de Morteau (Doubs). En préambule, Steven Kauffmann rappelle avoir testé « plus de 4.000 prototypes » sur une imprimante 3D « afin de travailler la microfluidique – étude du comportement des fluides dans de très petits canaux - et trouver le process de fabrication qui permette de contrôler le débit d’encre souhaité par le tatoueur. »

 

Objectif : 8 % du marché mondial

Armink dirigeant duo
Frédéric Lamendin (à gauche), le patron du groupe de micro-plasturgie Lamenplast, a apporté un soutien précieux à Steven Kauffmann (à droite) pour le lancement d'Armink Tattoo Body Art. © Edwige Prompt


Le projet fait émerger un petit écosystème, puisqu’outre l’implication de VP MedTech, les cartouches seront stérilisées par la société Ionisos dans l’Ain et conditionnées en boîtes de dix par Top Clean Packaging dans le Puy-de-Dôme. Elles ont déjà trouvé un distributeur, ITC Tattoo Piercing. Basé à Messein (Meurthe-et-Moselle), le principal fournisseur français de matériel de tatouage a pré-commandé deux palettes, soit 32.000 cartouches. Une montée en charge progressive est envisagée vers un horizon de « 4 à 8 palettes par mois », prévoit le dirigeant d’Armink. 

Pour poursuivre son développement, l'entrepreneur cherche à lever « 850.000 € .»  La start-up franc-comtoise s’attaque à un marché mondial de « plus de 400 millions d’€ » occupé par une dizaine d’acteurs. « J’ai des mastodontes en face de moi, reconnaît Steven Kauffmann. Je peux raisonnablement prétendre à prendre une part de 8 % dans les deux à trois ans qui viennent. »

 

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Accompagné par le pôle de compétitivité PMT, Armink lorgne également d’autres domaines, plus complexes à pénétrer mais à forte valeur ajoutée : l’esthétique et surtout la santé. Son dispositif pourrait par exemple être utilisé pour repigmenter la peau de personnes atteintes de la dermatose vitiligo.

 

Une relation privilégiée avec le patron de Lamenplast

Les liens entre Steven Kauffmann et le président du groupe de micro-plasturgie Lamenplast (80 salariés,  chiffre d'affaires de 11 millions d’€) dépassent le cadre habituel de la relation entre un créateur de start-up et son partenaire industriel.

Touché par la fougue du néo-entrepreneur et convaincu par la solidité de son projet, Frédéric Lamendin l’a pris sous son aile, jusqu'à investir à titre privé dans Armink : « J’ai souhaité l’aider en lui faisant bénéficier de mon expérience et de mon réseau. Steven fait partie de ces jeunes qui ont des bonnes idées, mais pas les bonnes cartes au départ. »

(*) Les cartouches sont des aiguilles de tatouage insérées dans une pièce de plastique servant de buse. Ces embouts s’adaptent aux machines rotatives, aussi appelées pistolets, utilisées par les tatoueurs.

(** ) Si les statistiques sur la profession n’existent pas à ce jour, le Syndicat national des artistes tatoueurs évalue, sur son site internet, à 15.000 tatoueurs le nombre de tatoueurs déclarés en France : « la certitude c’est que le chiffre a explosé depuis 20 ans et continue d’augmenter », écrit-il.

(***) Créée fin 2022 à Besançon, VP MedTech a été transférée aux Fins. Cette entité dédiée au secteur médical devrait progressivement y prendre la place de VP Plast, le navire amiral du groupe, dont l’activité sera transférée à Valdahon, dans des locaux déjà occupés par le plasturgiste. Objectif : s’éloigner de la frontière suisse pour redevenir plus attractif en termes de recrutement.

 

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