Alors que le groupe dijonnais Akacia prépare une levée de fonds pour soutenir son développement, son dirigeant Yoann Faivre défend un modèle entrepreneurial atypique, horizontal et ancré dans les territoires. Inspiré du vol des étourneaux dans son fonctionnement, le groupe structure une constellation de PME d'un total de 180 salariés autour d’une vision partagée de la transition énergétique, de l’innovation et de l’humain. Sur ces bases, il compte multiplier son chiffre d’affaires par cinq en autant d’années.
C’est un appel à fonds aux airs de manifeste. En cherchant à réunir 12,5 millions d’euros à l’horizon de juin 2025 (3,5 millions d’euros de levée dilutive et 9 millions d’euros de prêt bancaire), le groupe dijonnais Akacia entend accélérer la structuration d’un modèle aussi original qu’ambitieux : un réseau de PME autonomes, spécialisées dans les métiers de la transformation énergétique et numérique, fédérées par une gouvernance horizontale et une vision partagée.
« Ce que nous construisons dépasse le simple stade du groupe d’entreprises. C’est un écosystème vivant, agile, enraciné, qui pense la coopération autrement », affirme Yoann Faivre, président et fondateur du groupe, âgé de 33 ans. Né en 2019 du pivot familial de BVS, entreprise historique dijonnaise, la SAS Akacia rassemble aujourd’hui 11 entités juridiques pour un effectif cumulé de 180 salariés et elle affiche un chiffre d’affaires consolidé de 23 millions d’euros en 2024.
L’objectif à cinq ans, porté par la prochaine levée de fonds, consiste à quintupler de taille, à 110 millions d’euros, en procédant à 4 à 5 rachats par an, tout en restant fidèle à un modèle où chaque entreprise conserve son autonomie, son nom et son ancrage local. « Nous ne centralisons pas, nous ne standardisons pas. Nous aidons chaque dirigeant à grandir dans son entreprise, tout en participant à une dynamique collective », insiste Yoann Faivre.
Akacia cible des PME aux métiers complémentaires, au service de la transformation des bâtiments. « Nous visons particulièrement les entreprises dont le dirigeant va partir en retraite et ne souhaite pas céder son affaire à un grand groupe. Nous lui proposons une cession qui conserve l’identité et l’autonomie de l’entreprise. Nous, nous recrutons un gérant, qui monte au capital de la société rachetée et entre au capital d’Akacia », détaille-t-il.
Les performances de la SAS ne passent pas inaperçues. Elle a été lauréate, fin mars dernier, du programme national ETIncelles, qui vise à favoriser la croissance des PME pour les faire passer au statut d’ETI, les entreprises de plus de 250 salariés et/ou affichant un chiffre d’affaires d’au moins 50 millions d’euros. Grâce à cette sélection, Akacia dispose d’un accès facilité aux services de l’État et d’un accompagnement personnalisé pour soutenir sa croissance.
Le cœur du modèle repose sur l’image d’un vol d’étourneaux, que le dirigeant cite à l’envi : un groupe en mouvement fluide, sans chef, où chaque membre s’ajuste à ses voisins dans un équilibre entre liberté et cohésion. Concrètement, cela donne un système appelé Constellia, composé de petites constellations d’une dizaine d'entreprises, soutenues par les équipes d’Akacia Services, la structure mutualisée basée à Dijon. Celle-ci exerce les fonctions supports — finances, ressources humaines, juridique, contrôle de gestion — et se pense pas comme un facilitateur. « Nous ne voulons pas d’un étage de comptables en silo, mais d’un collectif de soutien qui allège la charge mentale des dirigeants de chacune de nos PME », précise le fondateur.
Penser les lots de travaux en lien les uns avec les autres

La richesse vient aussi des savoir-faire différenciés des entreprises qui composent cet ensemble. Chaque entité intervient sur un pan des métiers techniques — courants forts et faibles, télécoms, réseaux fibre, bornes de recharge, vidéosurveillance urbaine, éclairage public, photovoltaïque, climatisation, gestion technique des bâtiments (GTB) — autant de compétences qui, historiquement, évoluaient de façon séparée les unes des autres. Mais aujourd’hui, la convergence s’impose. « Plus de 50 % des marchés publics en 2024 regroupent plusieurs lots techniques. Si nous ne sommes pas capables de proposer des solutions intégrées, nous restons cantonnés à la sous-traitance », analyse Yoann Faivre. « On ne peut plus penser la plomberie sans la ventilation, ni le photovoltaïque sans son lien aux réseaux électriques et à la GTB. »
C’est dans cette logique qu’Akacia structure ses constellations : des entreprises de métiers qui se complètent les uns les autres sur un même territoire, capables de répondre ensemble à des marchés plus globaux, dits macro-lots, qui requièrent une approche systémique des bâtiments et des infrastructures. Cette complémentarité ne se décrète pas, elle se cultive. « La base, c’est que les gens se connaissent et aient confiance. Un gérant prend un sujet, le partage dans sa constellation, et peut solliciter d’autres compétences. Un chantier de rénovation énergétique pourra mobiliser ainsi trois ou quatre membres du groupe, chacune sur son domaine d’expertise », détaille le dirigeant.
Cette synergie permet aussi à Akacia d’intervenir sur des projets plus ambitieux. Pour réussir, le groupe mise aussi sur la culture du partage : journées Constellation, réseau de dirigeants, mutualisation de savoir-faire, expérimentation de projets inter-entreprises… « On veut créer de la porosité entre les métiers, les territoires, les équipes. C’est ce qui rend notre modèle vivant et adaptable », résume Yoann Faivre.
Car derrière les ambitions chiffrées, Akacia veut surtout affirmer une autre manière de faire entreprise : « en remettant l’humain au centre, et les machines à son service », selon les mots de son dirigeant.
Diplômé de l’EDHEC Lille en 2017, Yoann Faivre a d’abord travaillé dans le conseil stratégique à Paris. En 2019, à 28 ans, il reprend l’entreprise familiale BVS à Hauteville-lès-Dijon. À la tête d’une équipe de 38 personnes, il découvre les réalités du terrain : « J’ai appris à gérer, à convaincre, à embarquer les équipes. Ce fut la partie la plus formatrice de ma carrière », estime-t-il.
C’est dans l’adversité qu'est née en lui l’intuition d’un nouveau modèle : « J’ai vu des étourneaux voler. Je me suis dit : peut-on créer une entreprise qui fonctionne ainsi, sans leader mais avec une intelligence collective ? », se souvient-il. Bientôt père de deux enfants (la petite dernière est attendue pour juillet), engagé pour la transition écologique et sociale, Yoann Faivre fait de l’entreprise un levier de transformation sociétale : « Je veux pouvoir répondre à mes filles, dans trente ans, quand elles me demanderont ce que j’ai fait face au dérèglement climatique. »





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