Fabricant de pompes à engrenage, Suntec anticipe les évolutions énergétiques. L’entreprise de Longvic à côté de Dijon vient de créer une technologie mixant l’hydrogène et le gaz pour des chaudières. La PME de 153 salariés fait désormais partie du programme national ETIncelles devant l’accompagner vers sa croissance pour devenir une entreprise de taille intermédiaire.


La fin 2023 a valu à Suntec un détour par l’Elysée. L’entreprise de Longvic (Côte-d’Or) a été invitée à se rendre sous les ors de la République en décembre, afin de marquer son entrée dans le programme ETIncelles qui accompagne des PME en vue de les transformer en ETI, les entreprises de taille intermédiaire de plus de 250 salariés et/ou d'au moins 50 millions d’€ de chiffre d’affaires annuel.

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Les ateliers de Suntec se sont installés à côté de Dijon dans les années 1970 par la volonté du groupe américain Sundstrand d'implanter
des unités en Côte-d'Or. © Sabrina Dolidze


Tel est l’horizon qui peut en effet se dessiner pour Suntec et ses 153 collaborateurs actuels, grâce à la nouvelle technologie que la société a mise au point dans sa spécialité des pompes à engrenage : un mélangeur de gaz et d’hydrogène installé sur des chaudières. Brevetée par l’entreprise en 2023, l’innovation intègre un « plug and play », adaptable sur les appareils conventionnels, afin de mixer les deux énergies. Pas besoin donc de changer de chaudière pour intégrer de l’hydrogène. « Nous sommes en mesure de réguler jusqu’à 70% d’hydrogène et 30% de méthane. Sur le papier cela paraît simple, mais ça ne l’est pas vraiment » explique le président, Laurent Chevalier. 

 

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L’entreprise, qui s’est intéressée à l’hydrogène dès 2017, a commencé par mener une veille sur le sujet et participer à des groupes de travail au sein du club régional H2 BFC et du réseau France Hydrogène. Par la suite, elle a été contactée par un fabricant, afin réguler un mélange de gaz et d’hydrogène pour l'alimentation d'une chaudière mixte pour la mairie de Chateauneuf, près de Saint-Etienne (Loire).

Dans le cadre de son projet ilot@ge, cette municipalité voulait intégrer sa production d'hydrogène dans sa chaudière à gaz. Suntec a proposé au fabricant un mélangeur qui utilise 20% de l’hydrogène produit par la ville et 80% de méthane. Cette installation précurseuse fonctionne depuis 2022.

Avec la maîtrise de cette nouvelle technologie, l’entreprise prospecte les politiques RSE des industries, notamment celles qui possèdent des fours thermiques à gaz. « Le dispositif est simple d’utilisation, il suffit juste de brancher le tuyau d’hydrogène pour faire fonctionner le mélangeur », soutient Laurent Chevalier. 
 

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Suntec vient d'acquerir cet îlot d'usinage robotisé pour un investissement de 2 millions d'€. © Sabrina Dolidze


La PME de l’agglomération dijonnaise est née de l’entreprise Sundstrand. Fondée dans les années 1930 aux Etats-Unis, celle-ci a décidé, qautre décennies plus tard, de créer deux entreprises en Côte-d’Or, dont Suntec qui sera ensuite rachetée par le fonds d’investissement Acland avant de devenir le groupe Suntec, au capital détenu depuis 2022 à 70 % par Laurent Chevalier.

Ayant réalisé un chiffre d’affaires de 32,4 millions d’€ en 2022, elle emploie 136 salariés à Longvic et 17 dans sa filiale du Kentucky. Elle vient d’ailleurs d’acquérir un fonds de commerce aux Etats Unis de la marque Webster pour renforcer son implantation dans le marché américain. L’entreprise réalise 97% de son chiffre d’affaires à l’export dans plus de 70 pays (dont 40% aux Etats-Unis et 40% en Europe). Sur le Vieux Continent, elle travaille essentiellement avec des clients comme Viessmann, Riello Global ou Weishaupt.

 

Transition vers les bio-combustibles 

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Une nouvelle pompe pour les bus électriques se caractérise par sa très petite taille, seulement 3 millimètres de hauteur
pour les engrenages. © Sabrina Dolidze


Dans son cœur de métier les pompes à engrenage, Suntec fabrique 800.000 exemplaires par an. « Les chauffagistes ont tous une Suntec dans leur camion » sourit le directeur, fier de sa position dominante sur le marché mondial (65% de part revendiquée). Chaque année, Suntec pousse un peu plus loin sa compétence de base.

Aujourd’hui, elle est en capacité de résoudre des problèmes techniques que se posent les bus électriques. Du fait du chauffage en hiver et de la succession des arrêts, ces véhicules sont en surconsommation. Pour y remédier, la PME dijonnaise a créé un dispositif qui régule la pression sur un petit brûleur, de sorte à chauffer des circuits d’eau. À cette occasion, elle a créé sa plus petite pompe : ses engrenages ne mesurent pas plus de 3 millimètres de hauteur.

 

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Le président cherche à accompagner la transition du marché vers des bio-combustibles. Considérant que ces nouveaux carburants n’ont pas la même viscosité, Suntec s’est appuyée sur les Etats-Unis qui utilisent le combustible B100 (100% bio), afin d’adapter ses productions. « Nous sommes ainsi en capacité de commercialiser des pompes B100 en Europe, c’est une question de réglementation. » Dans l’Hexagone, la part de biocombustible se situe actuellement à 30% pour de tels produits, et le calendrier de déploiement prévoit un passage à 100% en 2030.

Pour accompagner cette transition, le groupe Suntec a levé des fonds conséquents ces cinq dernières années de l’ordre de 2 millions d’€ par an, soit 10 millions d’€, ce qui lui a permis d’investir notamment dans un tour d’usinage numérique et un îlot robotisé à commande numérique. L’entreprise compte suivre un rythme équivalent pour les cinq prochaines années.

Si elle fournit des pompes à engrenage à l’armée de l’air américaine, elle ne compte aucun marché public en France. Mais elle espère bien que le programme ETIncelles en fera jaillir, en particulier auprès de l’armée. 

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