La société Bourguignonne des cires et dérivés (SB) manipule près de 150 tonnes de matière première chaque année pour fabriquer près de Chalon-sur-Saône ses bougies et autres produits religieux qui forment la majorité de son activité. Ces derniers jours, elle se préparait encore activement pour les fêtes de Pâques, conformément à un savoir-faire artisanal qui remonte à 1827 et qui a été reconnu lors de la grande exposition du Fabriqué en France en 2024.


Les produits liturgiques demeurent le pilier de l’activité de la Société Bourguignonne des Cirés et Dérivés (SB). Ils en représentent 70 %, notamment pour la fabrication des cierges pascals, des cierges de dévotion et des veilleuses. À l’approche de Pâques, la PME travaille à haute cadence, elle qui réalise 35% de ses ventes durant cette période, pour un chiffre d’affaires annuel établi à 2,8 millions d’euros. Elle s’y prépare un an à l’avance dans son atelier de production de 1.200 m2 situé dans la zone industrielle de Châtenoy-le-Royal en périphérie de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).

Dès que la date de Pâques est connue, SB établit un rétroplanning pour la fabrication de ses cierges. Elle ajuste ensuite les commandes par l’intermédiaire de ses commerciaux qui sont aussi ses livreurs. Ceux-ci s’appuient sur des stocks répartis dans des entrepôts, l’un à Vézelise près de Nancy pour distribuer l’est de la France, l’autre à Rouen pour rayonner sur l’ouest du pays.

Au total, l’entreprise transforme dans ses ateliers près de 150 tonnes de cire par an. En 2021, elle a investi 100.000 euros euros dans une chaudière à vapeur instantanée et dans une étiqueteuse automatique. Ses ventes, elle les réalise principalement auprès des diocèses. Elle fournit en bougies les cathédrales de Sens (Yonne), Orléans, Rennes et bien d’autres. Elle se classe dans le top 4 des ciriers en France. Il faut souligner que la clientèle religieuse présente l’avantage d’apporter un débouché stable et fidèle dans le temps.

 

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A la sortie du bain de cire dans l'atelier de Châtenoy-le-Royal (Saône-et-Loire), le carroussel tourne pour faire faire sécher les cierges. © Sabrina Dolidze.

 

Un savoir-faire à transmettre en interne, faute de formation

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Les veilleuses passent dans une étiqueteuse automatique, un type de machines dans laquelle la société a investit en 2021. © Sabrina Dolidze


« Depuis 1827 (l'année de création de la société, Ndlr) nous avons su évoluer sans jamais trahir l’esprit artisanal qui nous définit » peut-on lire sur le site internet de l'entreprise de 11 salariés. Sa longue histoire montre à quel point le savoir technique s’est transmis en interne, génération après génération. « Aujourd’hui, il n’y a plus de formation de cirier » regrette Laurent Labadie le dirigeant, « d’où l’importance de la transmission au sein même de l’entreprise . »

Ce savoir-faire a été reconnu à l'échelle nationale en octobre 2024. En effet, la SB a figuré parmi les lauréates de la grande exposition du Fabriqué en France organisée l'an dernier au Palais de l’Elysée, pour la fabrication de ses cierges de dévotion. La consécration a fait la plus grande fierté des salariés. Porté par ces transformations et par l’élan de cette exposition, le dirigeant de la TPE a déposé une demande de labellisation EPV (entreprise du patrimoine vivant).

 

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La fabrication de ces cierges requiert des connaissances pointues. Des mèches en coton sont suspendues à des paniers qui plongent dans des bains de cire fondus. La matière première provient d’Italie. L’action est répétée à de multiples reprises sous l’oeil aiguisé du cirier. Cet opérateur sait exactement pendant combien de temps devoir immerger les fils, et à quelle hauteur, afin de donner au cierge la forme souhaitée avec la bonne conicité suivant le cahier des charges prédéfini. Une fois les cierges relevés, le carrousel se met en route pour les sécher, une action amplifiée par des souffleurs.

Dans un premier temps, les cierges se tordent pour revenir droits en refroidissant. Au cours du séchage, comme une caresse, le cirier passe une main en dessous afin de s’assurer qu’ils se situent tous à la même hauteur et qu’ils ne présentent pas de défauts,. Il répétera ensuite ce gest à de multiples reprises au cours de la confection. Si besoin, dès lors, il peut être amené à couper des surplus qui sont refondus dans des cuves dédiées à cet effet, de sorte à se mélanger ensuite à de la cire neuve. Ainsi, le process ne genère pas de perte de matière.

 

Des bougies aussi hors des églises

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Le cirier façonne l'extremité d'un cierge pascal. Une fois les cierges de dévotion séchés, les mèches sont découpées. © Sabrina Dolidze


L’entreprise fabrique aussi de nombreux lumignons pour la Fête des Lumières à Lyon chaque mois de décembre, ainsi que des petites veilleuses dont le support est en polymère 100 % recyclable. Elle possède également sa marque de bougies senteurs qui porte le nom de son année de création : la « 1827 » fabriquée à partir de cire végétale et commercialisée par le biais d’un petit réseau de distribution indépendant. Laurent Labadie souhaite accroître la production et la vente de cette gamme de bougies aux particuliers. Il travaille cet objectif avec des grandes marques en vue de développer des senteurs haut de gamme, en faisant appel à des « nez » spécialistes du sujet à Grasse (Alpes-Maritimes), le haut-lieu du parfum. Ainsi, on peut retrouver les bougies SB sur la table des restaurants gérés par Bérangère Loiseau.

Avec sa fondation  remontant à bientôt deux siècles, la Société Bourguignonne des Cirés et Dérivés peut se targuer de compter parmi les entreprises les plus vieilles de France. Laurent Labadie est arrivé à sa tête en 2022 pour remplacer Marc Porot son prédécesseur parti à la retraite. Il la connait bien l’entreprise, il y a travaillé 25 ans comme représentant puis commercial.

 

De l’autonomie octroyée aux salariés

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Le cirier passe sa main sous les cierges pour vérifier les éventuelles imperfections. © Sabrina Dolidze
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Les cierges du temps pascal ont stockés en fonction de leur diamètre. © Sabrina Dolidze


En 2015, encore salarié, il s’implique davantage pour comprendre le fonctionnement de SB et en devient actionnaire. Dès lors, il amène des réorganisations internes avec un management basé sur la confiance. « J’ai voulu casser les codes hiérarchiques et donner une responsabilité à chacun. Nous employons des personnes qui ont une expérience et un savoir considérables. Il était important de leur laisser une marge de liberté dans leurs fonctions », expose-t-il. Ainsi, ce sont les salariés qui décident, en bonne intelligence, de leurs horaires de travail et de leurs congés. Formés pour être polyvalents, ils peuvent aussi changer de tâches régulièrement, dans le souci de briser une éventuelle monotonie.

Et si Marc Porot, l’ancien directeur, est retraité depuis deux ans, on le retrouve néanmoins dans les couloirs de l’atelier à remplacer une ampoule, décrocher des cierges, s’assurer de leur séchage... À croire que pour ces hommes, l’entreprise SB représente bien plus qu’une vocation, une véritable dévotion…

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Laurent Labadie, le dirigeant de la Société Bourguignonne des Cires et Dérivés, presente sa gamme de bougies senteur nommée 1827, en référence à l'année de fondation de l'entreprise. © Sabrina Dolidze.

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