Lors de la 3ème édition de la grande exposition « Fabriqué en France » les 1er et 2 juillet derniers au palais de l'Elysée à Paris, 124 objets, outils et innovations ont été sélectionnés. L’Atelier Bonnet dans l’Yonne figure parmi les élus, pour son escalier hélicoïdal.
L’Atelier Bonnet situé à Arces dans l’Yonne figure dorénavant dans le catalogue de la grande exposition du Fabriqué en France avec son escalier hélicoïdal. Un exemplaire de ce type vient d’être réalisé dans le domaine Dominique Gruhier à Épineuil dans le même département. L’escalier confectionné en pierre locale de Massangis, dont les formes se recroquevillent tel un escargot, présente un mélange subtil entre délicatesse et robustesse, le tout dans un design élégant et aérien.
Reçu à l’Elysée début juillet dernier, le gérant, Nicolas Bonnet, ne cache pas sa fierté. Créée en 1999, sa société fabrique des escaliers, cheminées, fontaines, travaux de dallage et marbrerie. Elle a obtenu le label Entreprise du patrimoine vivant dès 2002.
Parmi ses réalisations, figurent les souches de cheminée et lucarnes du château d’Ancy-le-Franc, l’hiver dernier. D’autres chantiers du patrimoine forment son quotidien : le château de Courcelles-lès-Semur (Côte-d’Or), le fronton de l’église d’Arces, des cheminées en Corse, des escaliers à Bruxelles et Genève, ou encore des interventions de conseil sur la pose d’agrafes antisismiques en Grèce, une technique à laquelle Nicolas Bonnet a été formé durant son tour de France des Compagnons du Devoir.

L’atelier travaille avec des pierres locales comme celles de Bourgogne, Massangis, Corton, Chassagne ou encore d’Anstrude, ainsi des pierres européennes comme le bleu du Hainaut provenant de Belgique ou le célèbre marbre italien de Carrare.
Une activité en plein développement

L'escalier repose sur un noyau creux porté par un limon en acier post-contraint. © Sabrina Dolidze
Ses parents, comme beaucoup d’autres de sa génération, le rêvaient astronaute ou physicien. Mais lui n’aimait pas l’école. À 16 ans, Nicolas Bonnet tombe en amour pour le métier de tailleur de pierre lors d’un stage à la cathédrale de Rouen avec les Compagnons. Onze ans plus tard en 1999, après un « tour de France » élargi à la Suisse et à l’Egypte, le tailleur de pierre devient meilleur ouvrier de France. Il se pose à Arces où il créé une société qu’il souhaite à taille humaine. Aujourd’hui, cette entreprise de 9 salariés réalise un chiffre d’affaires annuel de 950.000 €.
Parmi les clients, on compte de grandes entreprises françaises et d’importantes fortunes étrangères. Une célèbre entreprise de luxe tricolore oeuvrant dans la maroquinerie lui a permis de gonfler son chiffre d’affaires de 30% ces trois dernières années. Aujourd’hui, ses principaux clients sont, à répartition quasi égale, des architectes et sociétés de décoration, des particuliers, enfin des collectivités. L’Atelier Nicolas Bonnet a par ailleurs bénéficié d’une aide du plan de relance à hauteur de 45.000 € pour l’achat d’une débiteuse à cinq axes.
Alors que les salaires dans le bâtiment diminuent, ceux de la société de taille de pierre ont augmenté de l’ordre d’un tiers ces dernières années, la qualité du travail accompli ayant permis de multiplier en 30 ans par près de trois le prix horaire facturé.

Travailler avec « l’intelligence de la main »

« Je ne ferai pas d’effort pour aller chercher un caillou meilleur marché ou le sous-traiter à l’autre bout de l’Europe au prétexte que les ouvriers y coûtent moins cher », assure l’artisan. La valeur liée au travail manuel est un terme très fréquent dans la bouche de Nicolas Bonnet, ce qu’il nomme aussi « l’intelligence de la main. Quand quelqu’un achète chez nous, il achète aussi la transmission de nos savoirs liés au compagnonnage. »
Très attaché aux notions de transmission, l’artisan veut partager le savoir qu’il a reçu auprès de jeunes apprentis et compagnons. À 52 ans, il en a vu défiler. 80 salariés ont déjà été accueillis et formés chez lui. L’entreprise compte d’ailleurs 3 maîtres d'apprentissage. Elle dispense aussi quelques cours du soir, ponctuellement. Nicolas Bonnet, remarque une évolution du profil parmi les nouveaux compagnons : « les apprentis ne sont plus aussi jeunes. Avant, il s’agissait pour une grande part de jeunes en échec scolaire, aujourd'hui, on voit de plus en plus des personnes plus âgées, qui ont un diplôme d’architecte ou qui ont connu une autre vie avant. »
L’engagement de Nicolas Bonnet est autant professionnel que privé. Vie familiale et professionnelle se croisent dans cet atelier dont on ne sait plus très bien si c’est lui qui est dans la maison, ou l’inverse. Peu importe. Car ce sont des valeurs humaines qui se retrouvent au même endroit, au service de la création et de la recherche d’excellence.

© Sabrina Dolidze




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