L’Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires (Andra) teste le potentiel de robots autonomes dans son laboratoire souterrain de Bure, dans la Meuse. Avec l’ambition d’observer comment ces technologies futuristes pourraient participer à la construction et à l’exploitation de Cigéo, le futur centre de stockage souterrain de déchets radioactifs.

La circulation de cinq robots-chiens dans une galerie souterraine du laboratoire de l’Andra à Bure, dans la Meuse, fait penser aux aliens de la série de science-fiction La Guerre des mondes. A la différence près que l’Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires n’a pas vocation à exterminer l’humanité, même ses détracteurs les plus acharnés en conviennent. Elle cherche plutôt à soulager ses personnels de certaines tâches physiques ou répétitives qui seront inévitablement liées à la construction et à l’exploitation de son futur centre de stockage souterrain de déchets radioactifs, Cigéo

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L'infrastructure actuelle est constituée d’un réseau de 2,4 km de galeries creusées à 500 mètres sous terre. Elle préfigure le centre de stockage qui doit être construit aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne, les déchets nucléaires en moins.  Afin de tirer tout le potentiel de nouveaux systèmes capables de fonctionner indépendamment de l’intervention humaine, l’Andra collabore avec des partenaires industriels (RATP, Framatome, Naval Group, Nimbl’bot) et académiques (Mines Nancy, le laboratoire nancéien de recherche en informatique Loria) au sein d’un club sur la robotique autonome.  

L’agence fait la démonstration de ces robots dans un micro-tunnel de 90 cm de diamètre qui sera destiné, à terme, à accueillir les déchets radioactifs de haute activité (HA). Un véhicule autonome nommé « SAM » équipé d’un bras robotisé de la start-up effectue des allers-retours dans l’alvéole creusée dans la roche argileuse. Il est chargé de mesurer la corrosion et la tenue de son enveloppe en acier. « Pour des raisons règlementaires, un opérateur ne peut pas positionner et récupérer les coupons de mesure en acier au-delà des premiers 40 mètres du micro-tunnel, soit 35 % de sa longueur. Notre robot est capable d’étendre cette inspection à l’intégralité de la zone », détaille Alice Lassalle, cofondatrice de Nimbl’bot..

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Le robot autonome de Nimbl’bot contrôle l’état de l’enveloppe en acier d’alvéoles de stockage creusées dans la roche. © Philippe Bohlinger


Julien Cotton, chef du service chaîne de données et digital de l’Andra, rappelle que la démarche de l’agence nationale « ne consiste pas à choisir dès à présent un modèle de robot autonome » alors que de nombreuses évolutions technologiques surviendront d’ici à l’autorisation de mise en service de Cigéo, à l’horizon 2050. « Notre  activité de recherche-et-développement se focalise avant tout sur l’intégration progressive de l’IA-robotique par assemblage de briques technologiques dont nous aurons besoin : capteurs, navigation, télécommunications, traitement des données, etc. », détaille-t-il.

L’Andra envisage l’utilisation à des fins de collecte d’informations, dès la construction des 270 km de galeries de Cigéo, avec l’objectif de recueillir des données géométriques (dimensions, formes des galeries, etc.), des mesures de déformation des galeries ou encore des relevés de fissures dans les bétons. Des robots de ronde (ou « rondiers ») pourraient également amasser de la data sur les événements, les situations ou les équipements rencontrés (coffrets électriques, signalisations, extincteurs, téléphones, etc.), permettant de créer des cartographies évolutives des installations de stockage

Robot autonome contre opérateur en skateboard 

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Le robot « Spot » de Boston Dynamics est capable de scanner son environnement. © Philippe Bohlinger

L’un des robots-chiens expérimenté dans les galeries de l’Andra porte bien son nom : Anymal. Concu par la start-up suisse Anybotics, il a été acquis par l’Ecole des Mines de Nancy et le laboratoire Loria (CNRS, Université de Lorraine). Il s’agit d’une version européenne du modèle « Spot » de l’Américain Boston Dynamics (groupe Hyundai) présentée comme plus robuste et surtout capable de se déplacer sur des terrains difficiles comme les fronts de creusement, en vue d’y réaliser des relevés géologiques.

 « Dans des environnements souterrains, en l’absence de signal GPS, Anymal peut organiser sa navigation de manière autonome, avec davantage de solidité que Spot, en l’absence de lumière ou en présence de fumées. Il est plus stable dans les descentes et peut être équipé de griffes pour grimper à une échelle », détaille Laurent Ciarletta, directeur du Tech Lab de Mines Nancy. Une thèse cofinancée par l’Andra vise également à apprendre à Anymal à travailler avec d’autres robots.

 

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Lancé commercialement en 2019, parfois perçu comme « gadget », le robot quadrupédique Spot est aujourd’hui couramment utilisé par de grands groupes. A Bure, Hélène Bahezre de Lanlay, responsable des programmes d'innovation à la RATP, a expliqué que le transporteur francilien a acquis un exemplaire en 2021 et qu’il l’utilise à raison d’une centaine d’interventions par an pour l’inspection de zones à risque, comme des cavités creusées sous les quais ou encore des poutres-caisson de ponts ferroviaires dans lesquelles les équipes évoluent de façon étonnante, allongées sur… des sortes de skateboard.      

Extension du domaine du laboratoire souterrain

Ouvert en 1990, le laboratoire souterrain de l’Andra célèbre ses 25 ans cette année avec le ferme désir de prolonger son existence. Alors que son autorisation d’exploitation court jusqu’au 31 décembre 2030, l’agence se prépare à déposer une nouvelle demande d’autorisation d’installation et d’exploitation afin de poursuivre son activité au-delà de cette échéance. Elle devrait d’ailleurs débuter en 2027 un chantier de 500 mètres de galeries supplémentaires à l’horizon 2037. Le contrat de maitrise d’œuvre a été signé en mai dernier avec un groupement composé de Setec et Antea (co-mandataires), ainsi que de Terrasol (sous-traitant).
Alors que les travaux d’aménagement préparatoires à Cigéo doivent débuter en 2028 (archéologie préventive, terrassements, etc.), le site de Bure a encore besoin d'acquérir de nouvelles données notamment sur le comportement des ouvrages de fermeture prévus pour Cigéo.

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