A l’approche du scrutin du 9 juin 2024, la Commission européenne a mis en lumière dernièrement à Nancy le futur institut d’innovation en santé Iris, que ses fonds cofinancent. L’établissement porté par le CHRU veut notamment encourager l’éclosion de projets à fort potentiel économique, à l’image de la start-up Epsidy hébergée à proximité.
La capitale des ducs de Lorraine s’offre un écrin pour regrouper ses forces d’innovation en santé. Le bâtiment concerné, sur le plateau technologique de Brabois sur les hauteurs de Nancy, répond à l’objectif de mieux valoriser les travaux à fort potentiel économique conduits au sein de son centre régional hospitalo-universitaire (CHRU), le plus important employeur de Meurthe-et-Moselle avec près de 10.000 salariés.
Le projet baptisé « Iris » (Institut de recherche et d’innovation en santé) achève sa construction jusqu'en juin prochain. Pure coïncidence, cette livraison interviendra au moment des élections européennes. A l’approche de celles-ci, la Commission européenne a trouvé en cette initiative une occasion parfaite pour s'efforcer de démontrer l’impact concret de l’Europe sur le terrain (*), grâce à ses fonds. Sur le montant total d’investissement de 15,2 millions d’euros, le Fonds européen de développement régional (Feder) apporte 6 millions, et la région Grand Est 1,6 million d’euros, ce qui diminue d’autant les sommes à la charge du CHRU.
La réhabilitation de 7.300 m2 d’anciens locaux de l’Etablissement français du sang (EFS) conduira à rassembler, dans deux mois, l'ensemble des acteurs locaux impliqués dans l'innovation en santé, depuis l'idée clinique ou scientifique jusqu'au transfert de technologie. La liste, longue, comprend le centre de ressources chargé de conserver des échantillons biologiques, un hôtel à projets économiques, la plateforme d’imagerie Nancyclotep, le nouvel institut hospitalo-universitaire (IHU) Infiny spécialisé dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, etc.
« L’approche multi-compétences, partenariale, est un exemple des défis que nous devons tous relever », a insisté la représentante de la Commission européenne, Valérie Drezet-Humez, lors de sa récente visite sur place. Mehdi Siaghy, le directeur de la recherche et de l’innovation au CHRU, considère l’engagement du Feder comme « un gage de sérieux et de crédibilité du projet Iris », dont la vocation consiste à impulser des synergies afin que les idées « se transforment en produit, en applications concrètes, améliorant la prise en charge des patients, la qualité de vie des professionnels de santé et impactant positivement la vie économique et sociale du territoire. »
Améliorer l’imagerie cardiaque
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La société Epsidy hébergée à une centaine de mètres, dans l’hôtel à projets économiques du CHRU inauguré en 2019, illustre la dynamique que Mehdi Siaghy appelle de ses voeux. Cette start-up de 5 salariés développe des algorithmes capables d’améliorer la qualité des images du cœur captées en imagerie par résonance magnétique (IRM). L’enjeu en terme de santé publique est de taille. Avec près de 150.000 décès par an, les maladies cardiovasculaires forment la deuxième cause de mortalité en France, la première chez les femmes.
Epsidy est né de la rencontre entre Jacques Felblinger, directeur du laboratoire nancéien d’imagerie médicale IADI (rattaché à l’Inserm) installé sur le site hospitalier de Brabois et Guillaume Calmon, ingénieur spécialiste des dispositifs médicaux. Les deux hommes ont cofondé l’entreprise en 2022 avec Myline Cottance, docteure en génie électrique et Freddy Odille, directeur de recherche à l'IADI.
Si les maladies cardiovasculaires peuvent se diagnostiquer majoritairement grâce à un simple électrocardiogramme (ECG) « certaines indications justifient la réalisation d’IRM et de scanners cardiaques ou d’examens en médecine nucléaire », relève Guillaume Calmon, président d’Epsidy,. Or « 80% des utilisateurs d’IRM cardiaque se plaignent de problèmes de qualité dans les images », constate le dirigeant. Selon lui, la difficulté réside dans « la capacité à synchroniser une image, dont l’acquisition nécessite 5 à 15 secondes, avec les battements du cœur fournis simultanément par électocardiogramme (ECG).» Sans compter les perturbations générées par le champ magnétique et les ondes radio de l'IRM.
Afin d’obtenir de meilleurs résultats, l’entreprise a entraîné une intelligence artificielle en utilisant des bases de données publiques d’ECG normaux et en y ajoutant des bruits parasites. Son procédé, breveté en août 2023, capterait 95,6% des battements, contre 74,4% dans une configuration classique.
Après une phase d’accompagnement au sein de l’Incubateur lorrain (Université de Lorraine) de Brabois, la solution d’Epsidy est désormais mature. Elle a obtenu en février 2024 la certification Iso 13485 pour les dispositifs médicaux ouvrant une phase de développement commercial. Ce premier semestre 2024, les quatre associés opèrent en ce sens une levée de fonds de 450.000 euros destinée à abonder un besoin en financement total d'1,7 million d’€. Leurs algorithmes sont déjà expérimentés par l’University College de Londres, le centre de résonance magnétique CRMBM de l’Université d’Aix-Marseille, ainsi que les CHU de Nancy et de Bordeaux dans le cadre du projet de dépistage des maladies cardiaques des femmes dénommé Sweetheart.
Les ECG de haute technologie auquel Epsidy associe ses algorithmes sont fournis par son partenaire Schiller Medical, une entreprise basée à Wissembourg (Bas-Rhin) Sont ainsi posées les bases de ce projet innovant.























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