Chercheurs à l’Etablissement français du sang de Besançon, Marina Deschamps et Christophe Ferrand ont inventé un biomédicament qui pourrait sauver la vie de patients atteints de leucémie. Soutenue par une très grosse levée de fonds, la start-up qu’ils ont fondée en 2020 s’apprête à lancer ses premiers essais cliniques.


Rien ne prédestinait Marina Deschamps et Christophe Ferrand, docteurs en immunologie et en biologie, chercheurs à l’Établissement français du sang (EFS) de Besançon, à créer une start-up. Si ce n’est la volonté de voir aboutir le projet de biothérapie innovante sur lequel ils travaillent depuis neuf ans. « C’était la seule façon de le faire avancer pour qu’il bénéficie aux patients », justifient les fondateurs de la biotech CanCell Therapeutics.

Pionnier des thérapies cellulaires depuis une vingtaine d’années, le duo a développé un médicament basé sur la technologie CAR-T (*) qui cible un antigène original – la protéine IL-1RAP – exprimé par la cellule leucémique. Son efficacité a été démontrée en phase préclinique – in vitro et in vivo chez la souris – sur des formes de leucémie myéloïde considérées comme à haut besoin médical non couvert. Leurs travaux ont été publiés dans la revue scientifique Cancer Research et ont fait l’objet de deux brevets. 

 

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« Après avoir validé toutes ces étapes, nous avons voulu passer aux essais sur l’Homme. Mais là, nous avons été bloqués par les limites du financement public de la recherche académique », explique Christophe Ferrand, le président de CanCell Therapeutics. Conduire un essai clinique de ce type coûte très cher : près de 10 millions d’€. À partir de 2020, les néo-entrepreneurs apprennent donc « les ficelles du métier » de la levée de fonds. Ils se familiarisent avec les pitchs et les business plans, au sein de l’incubateur régional DECA-BFC, puis intègrent l’accélérateur de start-ups PMT Propulseur.

Leurs démarches ont été couronnées de succès, au-delà même de leurs espérances. Convaincu par le potentiel économique du projet et la solidité du binôme d’associés, un fonds d’investissement leur alloue un peu plus de 20 millions d’€. Soit l’équivalent d’une levée de fonds en série A.

« C’est un gros truc qui nous est tombé sur la tête, reconnaît Marina Deschamps, la directrice générale de la start-up. Cet apport (**) va financer l’essai clinique de phase I et une partie de celui de phase II. Il a également permis d’accélérer notre évolution grâce au recrutement de personnes venues de l’industrie pharmaceutique, compétentes dans le développement du médicament. »

 

Un médicament produit et testé à Besançon

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Marina Deschamps et Christophe Ferrand, docteurs en immunologie et en biologie, chercheurs à l’Établissement français du sang (EFS) de Besançon, sont les fondateurs et dirigeants de CanCell Therapeutics. © Edwige Prompt


Hébergée dans les locaux de l’EFS et au centre Bio-Innovation, sur le parc Temis Santé, CanCell Therapeutics emploie 19 collaborateurs. En juillet, elle déposera un dossier d’autorisation d’essai clinique auprès de l’Agence européenne des médicaments (EMA). D’ici à la fin de l’année, l’expérimentation du CAR-T cell « IL-1RAP » devrait débuter dans plusieurs pays européens. Elle concernera entre 24 et 30 patients et durera de 12 à 18 mois.

La première injection devrait être pratiquée au CHU de Besançon. « Il s'agira d'une première mondiale. Nous devons aller vite... mais ne pas se louper », confie Christophe Ferrand. Les doses d’essai seront fabriquées dans la capitale comtoise par la plateforme de production de médicaments de thérapie innovante de l’EFS Bourgogne-Franche-Comté.

 

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« On y tenait », soulignent les fondateurs de CanCell Therapeutics qui n’ont pas abandonné leur laboratoire. Ils restent en effet salariés à mi-temps au sein de l’unité mixte de recherche en immunologie nommée 1098 Right et ils continuent d’enseigner. « Nous souhaitons garder un pied dans la recherche académique. Il ne faut pas opposer le public et le privé : les deux mondes ont besoin l’un de l’autre et doivent s’associer », insistent Marina Deschamps et Christophe Ferrand.

(*) Les CAR-T cells sont des cellules (globules blancs, plus spécifiquement les lymphocytes T) extraites du système immunitaire du malade et reprogrammées par génie génétique en laboratoire, afin de les diriger spécifiquement contre les cellules cancéreuses pour éliminer celles-ci.

(**) CanCell Therapeutics est également lauréate de l’appel à projet de l’État « Innovations en biothérapies et bioproduction » dans le cadre de France 2030. À ce titre, la start-up devrait recevoir une aide de plusieurs millions d’€ de Bpifrance, sous forme de subventions et d’avances remboursables.

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