L'UTBM Innovation Crunch Time maintient son régime de haute intensité. Depuis huit ans, l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard réunit ses étudiants pendant une semaine en mode « immersion dans le réel » : ils sont invités à plancher sur le projet très précis qu’une entreprise ou une structure leur confie, pas pour le plaisir de phosphorer mais dans le but d’apporter la solution ou la valeur ajoutée sur laquelle ces commanditaires comptent pour leur développement. Quelque 130 de ses dossiers ont ainsi été soumis du 17 au 21 mars à la sagacité de 1.600 étudiants, répartis en groupes mélangés entre promotions des deux premiers années du tronc commun et spécialités à partir de la troisième des cinq années d’études. Ils ont été rejoints par des élèves de l’école de commerce belfortaine Esta et de la Haute école d’ingénierie et gestion (HEIV) d’Yverdon en Suisse. Tout ce beau monde a occupé l’Axone de Montbéliard. Nous sommes partis à la rencontre de cinq de ces groupes qui illustrent une tendance forte de l'édition vers l’ergonomie et la santé.
• A la conquête du bon harnais

Ce n’est pas un hasard : la Défense a effectué un retour en force dans le top des secteurs ayant sollicité les étudiants de l’UTBM pour cette édition du Crunch Time. Non pas jusqu’à les frotter aux sujets les plus sensibles, mais dans ce domaine, chaque détail peut avoir son importance. Le groupe KNDS, successeur de Nexter, a ainsi misé sur ce rendez-vous de l'Axone pour progresser sur la question du harnais le plus efficace à installer dans les véhicules terrestres de transport de troupes. Certaines contraintes d'intégration amènent parfois les militaires à ne pas s'attacher, alors que ces harnais apportent une sécurisation qui peut être même d’ordre vital, lorsqu’on avance en terrain miné ou très chahuté. Concevoir la meilleure ergonomie possible, le mieux adaptée aux différentes morphologies et aux nombreux équipements comme le gilet pare-balle : telle était la mission pour ce produit « déjà situé au stade de la pré-série et que nous cherchons à industrialiser sur nos véhicules les plus répandus : Griffon, Serval… », relève Mathias Von Euw, responsable innovation chez KNDS. Le travail sur la couleur et le caractère réfléchissant du harnais, ainsi que la facilité à l'enclencher et le retirer ont également mobilisé le groupe d’étudiants.
• A l’appel de l'essoreuse pour l’hôpital

L’Hôpital Nord Franche-Comté pratique la liposuccion ou liposculpture, consistant à prélever du corps un morceau de graisse pour l’implanter ailleurs, dans le cadre notamment de la chirurgie réparatrice après une opération d’un cancer. Apprécié pour sa fonction esthétique, l’exercice s’avère cependant, en l’état, fastidieux et mobilisateur de temps et de personnel, du fait de la séparation à opérer entre la graisse et les autres éléments qui lui ont associés : le sang, l’eau... Souvent, il s’effectue au moyen de seringues qui prennent du temps à remplir leur fonction. Un chirurgien de l’établissement de Trévenans (Territoire de Belfort) a demandé dès lors à l’une des équipes du Crunch Time de rechercher des voies alternatives, plus rapides, plus pratiques et applicables en plus grands volumes unitaires. Les étudiants sollicités ont concentré leurs travaux sur différentes techniques de filtration, pour en proposer une de façon privilégiée à leur commanditaire, inspirée…de l’essoreuse à salade : un système rotatif à grande vitesse qui pourrait agir selon de grandes quantités.
Donner plus de souplesse à un siège de voiture électrique sans permis, ainsi peut se résumer la commande reçue par l’un des groupes d’étudiants. Dans ces véhicules, le seul réglage officiellement autorisé a trait à la longueur du siège, si bien que celui-ci n'est en principe pas ajustable en hauteur ou en inclinaison. Sur ce second point toutefois, des marges de manœuvre de quelques degrés semblent pouvoir exister, ce à quoi le groupe de l'UTBM Innovation Crunch Time s’est attelé. Le travail a porté sur la capacité à ajuster pour les catégories de taille les plus courantes, qui se situent entre le 5ème percentile féminin (les 5 % de personnes les plus petites) et le 95ème percentile masculin (les 5 % de plus grands), soit des tailles de 1,49 à 1,90 mètre.
• A l’usage de la bonne prothèse

Cette salariée amputée de GE Vernova compte sur les élèves du Crunch Time pour retrouver une vie plus confortable. Les prothèses de l’avant-bras existantes sur le marché ne lui donnent pas satisfaction : la main ne ressemble pas assez à une humaine, la couleur et le toucher manquent de finesse et il n’est pas facile ou même impossible d’insérer des ongles ou de pratiquer des tatouages qui durent. Autant de sujets soumis en cinq jours à la réflexion d’une dizaine d’étudiants. Ils ont par exemple proposé deux solutions pour les ongles, par un clipsage et, mieux encore, un système par encoche moins encombrant. Ils ont aussi bien progressé sur l’articulation des mains et sur les jonctions avec le moignon. Du beau travail.
• Au moulinage de la bonne pédale

Depuis leur arrivée sur le marché il y a quelques années, les pédales magnétiques de vélos de Sporthopeo ont fait la preuve de leur efficacité et de leur confort pour les personnes atteintes de handicaps auxquelles elles s’adressent en priorité, tout en s'étant élargies à tout. public Mais Thibaud Defranoux le dirigeant de la société nord franc-comtoise ne veut pas s’en contenter. Il a détecté des points d’amélioration à soumettre à l’imagination et à la réflexion des jeunes ingénieurs réunis la semaine dernière à l’Axone. Ce sont deux groupes qu’il a fait plancher.
Un premier a travaillé sur une faiblesse de la pédale à décrochage naturel : après avoir fini de tourner, elle ne revient pas systématiquement sur sa bonne face. En faisant appel à la physique de la gravité, le groupe sollicité a cherché les moyens d’y remédier, en travaillant notamment sur de petites et discrets poids amovibles qui puissent en quelque sorte « forcer » la pédale à revenir à sa bonne position et à ne pas se retourner une dernière fois, tout en veillant à ce que l’aimant conserve sa fonction magnétique. Juste à côté, l’autre équipe a planché sur la surchaussure de façon à éviter le phénomène, répandu, de décrochage du pied par rapport à la pédale. Maquette en carton et essais de matière sur prototype se sont multipliés, pour concevoir en particulier une semelle thermoformable qui puisse s’adapter au mieux à la forme du pied.


.jpg)




















.png)



































