Si la crise sanitaire a empêché l’Aract (Association Régionale pour l'Amélioration des Conditions de Travail) d’organiser ses prix 2020 de l’innovation sociale, elle a mis en exergue la pertinence des pratiques qu’elle promeut. Le révéler par l’exemple, c’est le sens de Rally’nov, impulsé par l’État et la Région Franche-Comté en 2012. Trois initiatives sont récompensées ce 8 juin à Besançon, parmi onze remarquées.


« La crise sanitaire interroge nos modes de vie, de travail et de consommation, comme autant de champs potentiels d’innovation sociale », explicite Julia de Funès, docteur en philosophie, ce 8 juin à Besançon à l’occasion de la remise des prix de l’innovation sociale de Bourgogne-Franche-Comté, organisée par l’Association Régionale pour l'Amélioration des Conditions de Travail (Aract).

Basée sur une place accrue donnée à l’humain, qu’il s’agisse des salariés comme des clients, l’innovation sociale est certes, la finalité des entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS), par leur activité qui répond à des besoins sociaux peu ou mal couverts. Mais entendent faire savoir ses promoteurs, elle a toute sa toute sa place dans les entreprises dites classiques.

« Beaucoup d’entreprises ont des pratiques socialement innovantes sans le savoir », confie Lydie Augier, chargée de communication de l'Aract. Et elles ont tout intérêt à le faire connaître. Car entre autres atouts, l’innovation sociale peut être différenciante pour le recrutement. Le révéler par l’exemple, c’est le sens de Rally’nov, impulsé par l’État et la Région Franche-Comté en 2012. Trois initiatives sont récompensées cette année parmi onze détectées.

 

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• Les Salaisons dijonnaises devient fournisseur des épiceries solidaires


Les Salaisons dijonnaises ont compté parmi les acteurs qui se sont mobilisés l’an dernier, au début de la crise sanitaire, lorsque les épiceries solidaires ont eu des difficultés d’approvisionnement. Le charcutier de Dijon (45 salariés) qui avait des surstocks à cause de la suspension de ses marchés de restauration collective, les a réorienté, des grossistes nationaux vers le groupement des épiceries sociales et solidaires de Bourgogne-Franche-Comté, à des tarifs défiant toute concurrence.
Les volumes étant cependant moins importants, l’industriel a réorganisé son atelier de tranchage et de conditionnement pour proposer des formats plus adaptés. Il a également revu sa logistique.
Le partenariat appuyé en 2020 par AG2R La Mondiale et le Pôle de compétitivité de l’agroalimentaire Vitagora, est voué à être poursuivi. Arnaud Sabatier, son dirigeant, a proposé de pérenniser une production à destination des épiceries solidaires, avec une décote tarifaire. Il espère aussi attirer d'autres fabricants pour agrandir la gamme.
Connu pour son jambon persillé – une spécialité de Dijon –, Salaisons Dijonnaises forme un petit groupe de charcuterie agrandi par croissances externes régulières qui ont élargi son panier au jambon, saucissons et charcuteries du Morvan (Fernand Dussert et Terrines du Morvan), et en 2019, aux plats cuisinés (Frairie de Bourgogne) et au boudin blanc (Distrial dans les Ardennes).

 

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• Maison des Doux Doubs aide les enfants handicapés à s’intégrer à l’école

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Depuis 2018, La Maison des Doux Doubs a créé deux crèches pour enfants handicapés dans le Doubs, une troisième est en projet en Haute-Saône. ©


Son parcours d’aide médico-psychologique a conduit Johanna Ardiet à créer une micro-crèche toute particulière. La Maison des Doux Doubs née en 2018 à Baume-les-Dames (Doubs), accueille 28 enfants porteurs d’un handicap ou fragilisés, jusqu’à l’âge maximum de six ans. Avec son potager, au sein d’une maison, la crèche a des allures de logis familial. Orienté autour de la bienveillance et de la nature, son projet d’établissement mis en œuvre avec une équipe de quatre personnes, vise à faciliter l’intégration à l’école.
La directrice de cette SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) adopte par ailleurs un engagement éco-responsable : approvisionnement pour les repas en circuits courts, utilisation de matériaux réutilisables, comme les couches et les lingettes lavables. Son maître-mot, le zéro gaspillage. La Maison des Doux Doubs a fait des petits : une 2ème crèche a ouvert Amagney, toujours dans le Doubs, et une autre est prévue d’ici deux ans en Haute-Saône.

 

Entretien Dijonnais



•  Coop’Agir réinsert les personnes dans le monde du travail grâce à un atelier de réemploi des vêtements

 

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Coop'Agir a créé un atelier de récupération et revente de vêtements dont les salariées sont formées dans le but de se présenter sur le marché du travail.

 

Coop’Agir à Dole (Jura) remplit une double mission dans l’innovation sociale : l’association salarie des personnes éloignées de l’emploi et développe une activité de réemploi des vêtements. Elle récupère les vêtements déposés dans les conteneurs à collecte de la région, les trie, et les revend, sous sa propore marque, dans une boutique solidaire et une friperie.  
Coop’Agir, ” personne est inemployable." L’emploi des personnes en insertion – 59 en ce moment –, s’accompagne d’une formation avec l’Afpa dans le but de leur apporter une qualification, dans la vente par exemple, qui facilite leur entrée dans le monde du travail. Avec un certain succès, puisqu’elle revendique un taux d’insertion de 70%. L’association a aussi à cœur d’améliorer son fonctionnement d’entreprise en montant en compétence sa quarantaine de salariés accompagnants.

(*) L'Aract (Association Régionale pour l'Amélioration des Conditions de Travail) est une association paritaire composée de représentants d'employeurs et de syndicats de salariés. Connue pour la prévention des risques professionnels (santé au travail, risques psychosociaux, prévention de l'usure professionnelle, pénibilité) et l’accompagnement vers l’égalité professionnelle et vers l’insertion des handicapés dans le milieu du travail, elle accompagne les entreprises dans l'innovation sociale.
Sur le site Rally’nov, l’Aract et ses partenaires publient les carnets de l’IS, des mémos avec des témoignages d’entrepreneurs.
En dehors de la remise de prix annuelle, Rally’nov organise plusieurs actions pour faire connaître l’innovation sociale. Les zooms de l’IS sont de courts formats (30 minutes) pour faire connaître une initiative. Prochain rendez-vous le 6 juillet. Les Apprentis de l’IS s’adressent aux entreprises qui veulent approcher le concept. Les sessions reprennent en septembre. Le parcours du mentorat est un accompagnement personnalisé sous forme d’un binôme accompagnant-entrepreneur. La prochaine session démarre le 22 juin.  

Julia de Funès : « Le télétravail ne délite pas les liens sociaux ; c’est le confinement qui en est responsable. »


Docteur en philosophie et conférencière, Julia de Funès était l’invitée de Rally’nov pour cette édition particulière qui s’est déroulée le 8 juin, moitié en présentiel à Besançon, moitié en ligne. Elle a déroulé son intervention sur un thème  d’actualité : Les crises ne sont-elles pas l’occasion de se remettre en question ? « L’arrêt fait avancer » dit-elle rapportant le philosophe Gaston Bachelard. Par exemple, le télétravail dont on ignorait presque l’existence il y a un an.
Contrairement aux discours entendus, elle estime que « le télétravail ne délite pas les liens sociaux ; c’est le confinement qui en est responsable. » Au contraire, « il libère les employés de l’image qu’ils veulent donner à l’entreprise. » Et les relations avec les collègues bénéficient de la rareté des rencontres : « On prend plaisir à se trouver, c’est complètement Proustien. » En revanche, il est vrai que le télétravail amplifie les inégalités sociales, qu’il s’agisse des enfants qui ne sont pas (ou mal) outillés en informatique et très haut débit, des personnes âgées et même de certaines entreprises.
Selon Julia de Funès, le télétravail redonne du sens au travail en le replaçant au sein du foyer, dès lors qu’il répond à une finalité (mieux gagner sa vie, servir une cause, construire un projet). C’est justement ce sens qui fait toute la différence entre les entreprises. « La motivation d’une équipe ne provient pas du fait qu’une entreprise fait le meilleur robot du monde, le plus performant, mais que ce robot sert à quelque chose d’utile. »

Côté employeur, le télétravail bouscule : il a le mérite de l'obliger à faire confiance à ses salariés. « La confiance n’exclut pas le contrôle, mais elle comprend une part de risque qu’il faut accepter. » Difficile, convient-elle, dans une société très légiférée qui « sécurise tout. ». Elle gagnerait pourtant à davantage prendre en compte les qualités humaines de chacun. Un bon résumé de l’innovation sociale.

 

 

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