L’Alsacien Orest, filiale de LVMH, a inauguré le 6 mars sa nouvelle unité de joaillerie fine de Saint-Dié-des-Vosges. Il a investi 7,5 millions d’euros dans ce site hautement sécurisé qui emploie 200 personnes et qui livre principalement la maison Tiffany & Co. du géant du luxe.
ARTICLE DÉJÀ PUBLIÉ LE 8 MARS 2024. Dans les ateliers d’Orest à Saint-Dié-des-Vosges, des petites mains s’activent pour polir, graver et sertir les bijoux de grandes maisons comme Tiffany & Co., Cartier ou Dior. Entre 7.000 et 10.000 diamants y sont enchâssés chaque jour sur des bagues, des boucles d’oreilles, des pendentifs...
Mercredi 6 mars, ce joaillier alsacien a inauguré sa nouvelle manufacture implantée dans les Vosges au pied du massif. L’événement a été marqué de la présence d’Alexandre Arnault, vice-président de Tiffany & Co. et fils de Bernard Arnault, le grand patron de LVMH. Rien de fortuit dans cette participation prestigieuse : depuis six mois, Orest est une filiale du géant du luxe.
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Orest a ainsi voulu célébrer « un succès humain » qui a permis à plusieurs dizaines d'actifs de ce bassin d’emploi « de devenir joailliers quelles que soient leurs qualifications de départ », a relevé Denis de Becker, président de la société alsacienne.
Parmi ces nouveaux artisans bijoutiers, on croise une ancienne fleuriste ou encore d’ex-opérateurs dans l’industrie automobile. Ils assemblent avec minutie les produits Tiffany Lock dont le design, caractéristique de la marque extrêmement prisée outre-Atlantique, s’inspire d’un cadenas. Un peu plus loin, un îlot baptisé « dojo de formation » est réservé à l’apprentissage des techniques propres à chaque nouveau bijou estampillé Orest.
La réussite de ce projet est aussi d’ordre économique et financière pour cette entreprise de 750 salariés ayant réalisé un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros en 2023. « Nous avons su mettre en œuvre une organisation industrielle efficace autour de gestes artisanaux », souligne son président. Celle-ci s’est abord déployée sur un site provisoire à Saint-Dié-des-Vosges à partir de 2021.
A l'époque, le bijoutier-joaillier se trouvait à l’étroit dans son siège d’Erstein (Bas-Rhin). Il a pérennisé sa seconde implantation, vosgienne, en investissant 7,5 millions d’euros dans un nouvel écrin de 2.800 m2. Les deux-tiers de l’enveloppe ont été consacrés à la construction des locaux hautement sécurisés, pour des raisons évidentes de valeur des pièces confectionnées, située entre 1.000 et 50.000 euros l'exemplaire. (*)
Le tiers restant a servi à acquérir le matériel de production, composé de plus de 120 établis de sertisseurs et de bijouteries, de l'équipement de haute précision (binoculaires, pointeurs laser, etc.) et de gravure, ainsi qu’une ligne de rhodiage, un procédé destiné à empêcher l’oxydation. Ce parc sera complété, mi-2024, par une fonderie, sur le modèle d’Erstein, afin de réaliser sur place les pièces à partir de grenailles d’alliages précieux
Une société-soeur dans le Doubs
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Le site de Saint-Dié-des-Vosges emploie à l’heure actuelle 150 salariés en CDI et 50 intérimaires. Mais ses effectifs pourraient grimper à 300 personnes d’ici fin 2024. Alexandre Arnault n’a en effet pas fait mystère de son ambition de vouer la moitié de la production de l’usine à Tiffany & Co, à cet horizon de temps. L’homme d’affaires de 31 ans, pressenti pour intégrer le conseil d’administration de LVMH en avril prochain, explique que la marque américaine « a besoin de sécuriser des capacités de production afin de garantir sa croissance. » De plus, poursuit-t-il, « notre groupe connait bien les savoir-faire d’Orest, puisque les maisons de LVMH travaillent avec elle depuis de nombreuses années. »
Pour Denis de Becker, la puissance financière de la maison-mère contribue « à armer davantage notre entreprise en cas de tempête. » Le géant français du luxe est propriétaire depuis septembre 2023 du holding auparavant détenu par le fonds Andera Partners et Bpifrance, et dont Orest constitue le vaisseau amiral. Cet ensemble regroupe également le spécialiste de l’usinage de métaux précieux BD Product à Mamirolle (Doubs), ainsi qe la manufacture de haute joaillerie Abysse implantée à Paris et La Rochelle (Charente-Maritime), soit un effectif cumulé d’un millier de personnes.
Vers un CAP local de bijoutier
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Pour sa part, Orest apporte sa « pierre » à la qualification de la main d’œuvre locale. Une vingtaine d’anciens salariés d’Inteva Products, un équipementier automobile ayant arrêté sa production fin 2020 dans le bassin de Saint-Dié-des-Vosges, a par exemple été formée à ses métiers.
Avec une autre manufacture de bijou locale, Aurigane, le groupe a lancé à l’automne 2023 un certificat de qualification en bijouterie-joaillerie en association avec le pôle formation de l’UIMM Lorraine (Union des métiers de la métallurgie) et la région Grand Est. Ces partenaires espèrent ouvrir un CAP en bijouterie à la rentrée 2025 avec le lycée local Baumont. De quoi aider à redorer le blason industriel du territoire vosgien.
Après Orest et Tiffany & Co. le troisième gagnant dans ce projet économique est le bassin d’emploi de Saint-Dié-des-Vosges, un territoire de tradition industrielle en pleine reconversion après avoir atteint 14% de taux de chômage il y a dix ans. Rappelant que « ce n’est pas tous les jours qu’on inaugure une usine », David Valence, député des Vosges et ancien maire de la commune, a mis en avant le segment du luxe, « un secteur qui réussit et qui investit dans le pays », souligne l'élu.
Outre Orest, Aurigane emploie localement une centaine de salariés et s’apprête à étendre ses locaux. Par ailleurs, Toiltech, une discrète filiale de LVMH, fabrique sur le territoire des sacs de la célèbre marque Vuitton. Enfin, l’usine Duval produit des pièces de prêt-à-porter de luxe dans d’anciens ateliers Le Corbusier.
(*) L'once d'or a battu, pas plus tard que ce 5 mars, son record historique avec un cours de 2.141 dollars, soit 1.964 € les 31 grammes.

























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