La manufacture centenaire, reprise par le maroquinier Lebeau-Courally en 2015, propriété de l’industriel belge Joris Ide, accueille un savoir-faire précieux et bien français. Celui du travail du cuir, du bel objet, de la pièce souvent unique, et de la petite série. Ici, le temps de l’ouvrage ne rime pas avec cadence, mais précision, respect de la matière, finition à la quasi perfection. Portrait d’une pépite haut-marnaise.

 

La raison sociale, Dijon Maroquinerie, étonne autant qu’elle interpelle. Nous sommes à Vaux-sous-Aubigny, dans le département de la Haute-Marne et non aux alentours de la capitale bourguignonne en Côte-d’Or. Vincent François, directeur de la manufacture, lève immédiatement le voile.
« Lorsque l’industriel belge Joris Ide, un client de l’ancienne manufacture avec sa filiale Lebeau-Courally, l’a reprise en 2015, il fallait trouver un nom pour la nouvelle société créée. Passant souvent par Dijon pour se rendre en Suisse, il a suggéré de retenir celui connu de la cité des anciens Ducs de Bourgogne », précise le dirigeant.


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Avant de relater une histoire plus que centenaire, mariant « bel œuvre et belle ouvrage », attardons-nous dans les ateliers où une douzaine de manufacturières aux gestes précis, coupent, refendent (mise de la matière à la bonne épaisseur), renforcent, affinent, collent, piquent, teintent et assurent en dernier lieu la finition et un contrôle méticuleux de qualité.

Une seconde machine automatique de découpe

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Positionnement des emporte-pièces pour la découpe sur presse. © Traces Ecrites

 

Pour toutes ces étapes, donnant au final un sac à main, une housse, un étui, une ceinture, une cartouchière ou encore un siège de chasse, et plus globalement de la bagagerie de luxe, l’œil de Fabien Guené veille à la moindre imperfection. Il est le directeur de production du site de ses aïeux (notre encadré) et tout comme Vincent François, il poursuit l’aventure depuis la reprise, avec deux collections par an imaginées par la styliste Valentina Milloch avec l’appui d’Eveline, l’épouse du Joris Ide, propriétaire d’un groupe de métallurgie international (Lire notre autre encadré).

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La teinture pièce par pièce. Un sac peut en contenir jusqu'à 60. Traces Ecrites

 
La maroquinerie fabrique sur 1.200 m2 d’ateliers environ 600 sacs par an qu’elle revend à sa maison mère, pour un chiffre d’affaires non significatif de 500.000 à 900.000 € selon les années et le type production décidée. Celle-ci la distribue dans une dizaine de boutiques en Belgique, en France et aux Pays-Bas. Les cuirs ouvragés proviennent de veaux, vachettes, mariés parfois avec des tissus.

 

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Dijon Maroquinerie fabrique 600 sacs à main par an. © Traces Ecrites

 

Il y a toujours un maroquinier chez les Guené

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Vincent François, le directeur général de Dijon Maroquinerie. © Traces Ecrites

L’histoire commence à Paris au siècle dernier. Pierre-Jacques Guené, le grand-père de Fabien, l’actuel directeur de production de Dijon Maroquinerie, fonde après-guerre une maroquinerie dans le troisième arrondissement. Il l’a déménage à Vaux-sous-Aubigny (Haute-Marne) en 1958. La raison : le manque de place et ce d’autant que le gouvernement favorise le déplacement des entreprises hors de la capitale.
La manufacture connaît alors un âge d’or. Il faut dire que Pierre-Jacques Guené invente le contrat de licence qui voit des marques comme Dior, Chanel, Cartier…, lui confier la fabrication et la distribution. Et puis, au début des années 1990, ces marques du luxe reprennent les contrats de licence pour s’occuper directement de la commercialisation.
« Nous sommes alors devenus de simples sous-traitants », pointe Vincent François qui y travaille depuis 33 ans. Tout s’accélère ensuite au début des années 2000 avec les délocalisations de pans entiers de production dans des pays à bas coût, notamment ceux d’Afrique du Nord.
D’une manufacture qui a employé jusqu’à 400 personnes, avec de nombreux ateliers dans les alentours de Vaux-sous-Aubigny, PJ Guené SA périclite, au point d’atteindre l’intenable : la liquidation judiciaire en février 2015, puis la reprise. Une autre aventure commence alors (Lire ci-dessous l'encadré "Joris Ide eet son envie de luxe").

 

La manufacture ouvrage aussi des cuirs exotiques : crocodile, python, lézard et autruche. Outre la marque Lebeau-Courally, elle fabrique de la maroquinerie de chasse pour l’Anglais Purdey et de la petite maroquinerie pour son compatriote Asprey. Ici, le temps prend son temps et la réalisation d’un sac à main requiert de 2 à 5 heures, en petites séries, parfois en pièce unique, voire en mouton à cinq pattes.

 

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Uns sac de battue : 42 cm de haut, 49 de large et 85 de haut. Il sert à contenir les habits, les bottes, les fusils, le whisky et les cigares du chasseur. © Traces Ecrites


Pas moins de 80% des tâches demeurent manuelles, à l’exception de la découpe automatisée avec une presse. « Nous aimerions en acquérir une nouvelle pour optimiser certains coûts », indique le directeur général, montrant avec fierté la signature maison : une serrure de sac en clé de fusil, rappelant les armes de chasse, l’origine de la maison Lebeau-Courally.

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Le stock de peaux équivaut à six mois de commande. © Traces Ecrites

 

Joris Ide et son envie de luxe

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La signature de Lebeau-Courally : une serrure en forme de clé de fusil. © Traces Ecrites

Le repreneur de la marque de luxe Lebeau-Courally est déjà un industriel de la métallurgie, spécialisé depuis 1985 sous son nom, dans le bardage, la couverture acier, les panneaux sandwich isolés, les supports d’étanchéité… Avec 16 sites en Europe, dont la moitié en France, il transforme plus de 370.000 tonnes d’acier par an en enveloppes pour le bâtiment.
Fort de ce succès avec pas moins de 1.100 collaborateurs, Joris Ide s’est offert un pôle dans le luxe. Passionné de chasse, il  reprend déjà en 2010 le mythique fabricant de fusils et carabines Lebeau-Courally de Liège, né en 1865 et reconnu pour faire les armes les plus sophistiquées au monde.
Comme l’univers des fusils de chasse emprunte à l’horlogerie un langage commun : calibre, ressort, levier ou encore boîtier, il s’offre une fabrique horlogère suisse au Locle. La suite se veut logique avec l'acquisition d'une maroquinerie. Le pôle se trouve directement rattaché à sa très discrète holding personnelle, baptisée Bremhove.

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