RÉSEAUTAGE. A l'Assemblée Nationale, on les appelle des représentants d'intérêts. Chasse à l'anglicisme ou à un terme perçu volontiers comme péjoratif ?

A Bruxelles, on a n'a peur des mots. Les lobbyistes font partie du système de fabrique des politiques européennes.

Tous les pays, tous les secteurs d'activités, les interprofessions, les grandes entreprises et même les régions utilisent un groupe de pression pour représenter et défendre leurs intérêts.

Exemples rencontrés avec l'association Bourgogne Franche-Comté Europe à Bruxelles, l'une des représentations des régions françaises dans la capitale de l'Europe.

 

commissioneuropenne

 

Certes, Pascal Bobillier-Monnot, directeur de la CNAOC (Confédération nationale des producteurs de vins à appellation d’origine contrôlée) défend son job. Mais à l'écouter, sans lobbying, l'Europe serait encore plus que ce monstre immaîtrisable que l'on dénonce volontiers.

 

« Le processus de décision est extrêmement compliqué, il faut convaincre les ministres des pays membres, le parlement ainsi que la commission européenne », expose t-il. Et à Bruxelles plus qu'ailleurs semble t-il,  le proverbe "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres " prend tout son sens.

 

Pour illustrer cette mise en garde contre tout abus de pouvoir, Pascal Bobillier-Monnot raconte les péripéties de la profession viticole française lorsque l'Europe a décrété la libéralisation des droits de plantation. Son intention était de supprimer la demande d'autorisation à laquelle est soumise tout producteur qui souhaite augmenter la superficie de son vignoble susceptible de bénéficier d’une appellation d’origine.

 

Il a fallu trois ans, raconte le directeur de la CNAOC pour faire baisser la garde des défenseurs de cette libéralisation du marché.  En janvier 2011, Nicolas Sarkozy, alors président de la République prend position contre la libéralisation des droits de plantation, à Mittelhausen, en Alsace, un an après Angela Merkel, la chancelière allemande.

 

Il résumait bien les risques pour les producteurs de vins d'appellation d'origine contrôlée. « Supprimer ou libéraliser les droits de plantation, c’est choisir le produit standardisé, le produit sans terroir, au plus bas coût possible, le produit qui va inonder le marché, venant de nulle-part pour aller partout ».

 

Restait convaincre, poursuit Pascal Bobillier-Monnot, une majorité d’Etats membres de revenir, avant le 1er janvier 2016, sur le principe de libéralisation des plantations et influer sur le projet de texte de la Commission.

 

Noms de domaines sur Internet

 

lobby
Pascal Bobillier-Monnot, directeur de la CNAOC et Daniela Ida Zandona de la Fédération européenne des vins d'origine, défendent les vins AOC à Bruxelles. © Traces Ecrites.

 

Finalement, en 2014, la commission européenne fait volte face : les autorisations de planter sont maintenues jusqu'en 2030, avec renouvellement tous les trois ans, dans la limite de 1% du vignoble européen. Un moindre mal selon certains pays dont la France qui jugent ce système insuffisant.

 

La CNAOC (Confédération nationale des producteurs de vins à appellation d’origine contrôlée) à laquelle adhèrent la confédération viticole de Bourgogne ainsi que les vins du Jura, a d'autres combats à mener. Le nouveau sujet concerne la libéralisation des noms de domaines sur Internet.

 

Derrière cette initiative, les Etats-Unis - en particulier l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann), société de droit californien qui gère au niveau mondial l’ensemble des noms de domaine sur la toile. Les circonstances, c'est la saturation des adresses électroniques que nous utilisons tous les jours, les .org, .fr, .de ou .com etc.

 

Le rapport avec le vin ? N'importe quelle entreprise ou individu, pourra acheter et exploiter des noms de domaine se terminant par .vin et .wine pour faire commerce de produits qui n’ont pas forcément à voir avec une appellation viticole.

 

« Voilà deux ans que l'on bataille », témoigne Daniela Ida Zandona de la Fédération européenne des vins d'origine. Très en pointe sur ce dossier, la France a réussi à convaincre la Commission européenne de faire pression sur l’Icann. Mais l'affaire n'est pas réglée. « La position des Européens est renforcée par l’arrivée d’alliés inattendus : les viticulteurs de la Napa Valley, en Californie, qui, eux aussi, veulent protéger le nom de leur région », tempère t-elle.

 

Somme des intérêts particuliers

 

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Christophe Goulot (au centre) et son équipe de l'association Bourgogne Franche-Comté Europe à Bruxelles. © Traces Ecrites. 

 

Lobbyiste aussi, à l'association Bourgogne Franche-Comté Europe, on résume bien la définition que l'on donne à Bruxelles de l'intérêt général : « c'est la somme d'intérêts particuliers ».

 

Depuis 2009, les conseils régionaux de Bourgogne et de Franche-Comté disposent d'une veille politique et juridique pour leur propre compte et celui des collectivités locales associées : les conseils généraux du Doubs, du Jura et du Territoire de Belfort ainsi que toutes les grandes agglomérations des deux régions.

 

Dirigée par Christophe Goult, une équipe de deux personnes alerte les collectivités locales sur les opportunités de financements européens. « Il n'existe pas que les fonds Feder et FSE, mais également toutes sortes de financement », précise t-il.

 

Associée à d'autres représentations régionales - comme le Bureau Alsace Europe ou la délégation Lorraine Champagne-Ardenne -, l'association Bourgogne Franche-Comté Europe défend les intérêts des régions françaises.

 

Plus de doute, Bruxelles serait bien la seconde capitale du lobbyisme derrière l'indétrônable Washington.

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