Le salon Food Use Tech réunissait, les 19 et 20 septembre à Dijon, les jeunes pousses et les acteurs confirmés de l’agro-alimentaire, de la culture au produit transformé. Dans leurs fourneaux se mitonnent les méthodes et les plats de demain, avec deux tendances fortes : l’agriculture de précision et la réduction drastique du gaspillage alimentaire. Tour d’horizon.


Le public était clairsemé au salon Food Use Tech, qui se tenait au Palais des congrès de Dijon les 19 et 20 septembre, pour découvrir les start-up de l’agro-alimentaire et du monde agricole. Le rendez-vous, il est vrai, vise d’abord les professionnels, qui y partagent leurs ambitions mais aussi leurs inquiétudes face aux problématiques du réchauffement climatique et à la montée de la défiance des consommateurs vis-à-vis des industriels de la nourriture.

 

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Yves Christol, le PDG du laboratoire InVivo Food&Tech, résume assez bien le climat du moment, lors d’une table ronde consacrée aux engagements de la filière agri / agro vis à vis des enjeux sociétaux. « Si tout le monde consomme de manière frugale, la planète peut nourrir 16 milliards d’humains ; mais pour y parvenir, il faut aussi que les consommateurs changent de paradigme. Le développement durable, ce n’est pas acheter des haricots verts du Keyna, juste parce qu’ils sont moins chers », explique-t-il. La filière agricole, dont le dirigeant est l’un des représentants, est à la croisée des chemins, heureusement poussée vers l’agriculture raisonnée, mais menacée économiquement par des acteurs mondiaux plus gros et moins contraints.
« Une ferme d’élevage, en France, compte en moyenne 70 vaches. Elle est économiquement en difficulté face, par exemple, aux Néerlandais, qui en comptent 300. Comme les éleveurs français ne gagnent pas correctement leur vie, ils arrêtent, et leurs fermes ne sont pas reprises. Ce à quoi nous allons assister dans les prochaines années, c’est à l’émergence d’entreprises d’élevage, qui rachèteront et rassembleront ces fermes, avec des milliers de têtes de bétail », pronostique-t-il.

Ausculter les sols pour limiter les intrants

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La Food Use Tech est un salon professionnel dédié aux nouveaux usages du numérique et des technologies dans l’alimentation qui se tient à Dijon ; cette 3ème édition était aussi accessible au grand public. © Arnaud Morel

Économie et écologie ne sont pourtant pas nécessairement antagonistes. L’agriculture de précision, concept qui fait florès, illustre un possible rapprochement. L’idée en est simple : il faut suivre avec force détails l’état des cultures et des sols, pour enrichir sélectivement les zones pauvres, et traiter à la juste dose en matière de produits phytosanitaires. Le cultivateur est ainsi plus respectueux de l’environnement, tout en limitant ses factures de produits chimiques.
Aujourd’hui, alors qu’il pilote son engin agricole, il reçoit sur sa console les cartes satellites du champ qu’il besogne, qui lui dévoilent les parcelles à traiter plus fortement, et celles où il aura la main plus légère. MyEasy Farm, une toute jeune entreprise de Reims de 4 personnes, se charge de collecter les cartes et de les transformer, via le langage Isobus (un protocole de communication) en données exploitables par la console du paysan.

 

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« Ça marche aussi dans l’autre sens : nous collectons les données de l’action agricole, directement sur le tracteur : combien de kilos de semences, combien de litres de produits, combien de temps passé dans le champ… Ces données sont agrégées et permettent à l’agriculteur de très facilement estimer ses coûts réels de production », décrit Baptiste Yverneau, « business developper » chez MyEasy Farm. Le cultivateur peut aussi, à tout moment, connaître l’état de ses parcelles en y déployant des capteurs numériques, qui mesurent l’hydratation du sol, sa richesse en nutriment, ou la biomasse des végétaux qui y poussent. 

Le marché explose littéralement avec de multiples acteurs. R-Tech Solutions, une entreprise de Beaune née en 2014, propose ainsi une gamme d’une vingtaine de capteurs, commercialisés sous forme d’abonnement mensuel. L’exploitant compose son propre réseau de surveillance, qui lui permet, là aussi, d’agir avec précision à tous les stades de la culture. Et si d’aventure il avait besoin d’en savoir plus encore, il pourrait solliciter IA-Drone Technologie, le spécialiste des drones de Genlis, en Côte-d’Or, qui réalise des relevés photographiques à la demande.
« Nous offrons une vision en haute résolution des champs, et des photographies aériennes dévoilant le spectre infra-rouge des plantes, invisible mais qui recèle une grande quantité d’informations sur l’état des végétaux », explique Thomas Lallouette, le PDG de l’entreprise.

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Lieu d’échange entre les start-up et de futurs partenaires, la Food Use Tech est aussi un lieu de débats. © Arnaud Morel

La chasse au gaspi !

La loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire de février 2016 fournit le cadre au développement d’une galaxie d’initiatives pour limiter le gaspillage alimentaire, à tous les niveaux de la chaîne, de la production à la distribution, jusqu’à la consommation. La plupart profite également des possibilités offertes par les smartphones modernes. 

Ainsi Phenix, créé en 2014 à Paris, met à disposition une plateforme numérique permettant aux distributeurs de signaler leurs invendus et aux cultivateurs de proposer leurs produits déclassés. Sur leur application mobile, les clients recherchent les produits disponibles à proximité, qu’ils peuvent acheter à une fraction de leur prix habituel. « Un hyper-marché qui aurait auparavant jeté pour 1.000 € de marchandises, pour lesquels il aurait eu à payer 120 € de frais de destruction peut maintenant les proposer à ses clients, et diviser par deux sa facture », décrypte Jean Moreau, co-fondateur et président de Phenix.

La lutte contre le gaspillage passe aussi par le réfrigérateur familial : Save Eat ou Frigo Magic proposent en un clic de connaître la meilleure façon d’accommoder les restes de son réfrigérateur et de son placard.
Quant à Kolectou, start-up de Rennes, c’est au pain sec qu’elle s’attaque, le réduisant en farine qu’elle incorpore à ses préparations pour gâteaux.

 Mieux connaître la filière agroalimentaire en Côte-d'or sur le site de 

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1 commentaire(s) pour cet article
  1. J-Marc Conversdit :

    Chasse au gaspi, c'est nécessairement la chasse aux agrotoxiques (phytosanitaires et phytopharmaceutiques, quels drôles de noms pour des poisons violents issus des gazs de combat !), qui empoisonnent agriculteurs, voisins, consommateurs, eau de pluie et eau potable, avec des captages qui ferment ! On les retrouve dans notre corps (sang, cheveux, urines, lait maternel ...) STOP ! La Bio existe et se perfectionne depuis 60 ans, formons les chambres d'agricultures, les coopératives et les établissements d'enseignements à la BIO, pour notre santé et celle de la terre !

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