Confrontée à la mauvaise passe actuelle du marché de la cuisine en bois massif, la menuiserie industrielle de Corre cherche à diversifier ses clients. Sa dirigeante Hélène Boucq a dû restructurer cette entreprise plus que centenaire afin d’en assurer la pérennité.


Avec ses vastes ateliers, son parc à grumes et son étonnant four à écorces conique dit « américain », la société Detroye fait partie depuis 1903 du paysage du village de Corre, au nord de la Haute-Saône. L’ancienne féculerie puis scierie abrite aujourd’hui une menuiserie industrielle spécialisée dans la fabrication d’éléments de cuisine en bois massif (façades de meubles, de tiroirs, plinthes, corniches, tablettes…) pour de grands groupes - comme Schmidt et Arthur Bonnet - ou des cuisinistes indépendants.

« Nous sommes les seuls en France à produire ces éléments de façon industrielle, selon une capacité hebdomadaire de 2.500 à 3.000 façades, et dans un délai d’une semaine au maximum », souligne la dirigeante Hélène Boucq.

 

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Malheureusement, la PME souffre, depuis deux ans, du retournement du marché de la cuisine après l’embellie consécutive à la crise sanitaire. Dépendant à 90 % de ce secteur, son chiffre d’affaires est passé de 3 millions d’euros en 2021 à 2 millions d’euros en 2023/2024 (exercice clos le 30 septembre) avec un résultat négatif d’environ 150.000 euros.

 

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Detroye dispose d'une capacité de production hebdomadaire de 2.500 à 3.000 façades d'élements en bois massif.
© Laurent Cheviet

 

Cinq licenciements économiques

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La PME de Corre (Haute-Saône) s'est équipée en matériel d'usinage pour étendre le potentiel de ses débouchés. 
© Laurent Cheviet


Alors que « l’atelier portes », qui travaille à la commande, ne fabrique plus que 1.300 à 1.400 façades par semaine, la cheffe d’entreprise met tout en œuvre pour assurer la pérennité de sa société. Sur le plan comptable, Detroye a souscrit un prêt bancaire de 250.000 euros et a bénéficié d’une avance remboursable de 200.000 euros de la région Bourgogne-Franche-Comté, au titre du dispositif « consolidation financière des entreprises en mutation De plus, l’installation d’un nouveau progiciel ERP (Enterprise Resource Planning) a permis de récupérer de la trésorerie en rationalisant la gestion des stocks.

La menuiserie a aussi dû procéder, cette année, à cinq licenciements économiques qui ont ramené son effectif à 26 salariés. « Nous avons essayé de courber le dos en mettant en place de l’activité partielle. Mais là, le marché était morose depuis trop longtemps, justifie Hélène Boucq. A présent, nous avons assez de travail pour occuper tout le monde. »

 

Le chantier du commercial

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L'atelier de ponçage et les opérations de finition. © Laurent Cheviet


Le chantier du redressement est aussi d'ordre commercial. Le savoir-faire de Detroye dans le travail du bois massif (essentiellement le chêne) ne se limite pas aux cuisines. L’entreprise peut manufacturer, à l’unité ou en grande série, des habillages muraux, des plateaux de bureaux ou divers types de portes de rangement. Ce qui lui ouvre la voie vers d'autres débouchés. « Nous travaillons déjà ponctuellement avec des agenceurs d’intérieur, c’est un domaine que je vois en devenir », estime la dirigeante.

La réalisation de pièces usinées en bois à forte valeur ajoutée, comme les présentoirs de boules de Noël commandés depuis 2023 par la verrerie haut-saônoise de La Rochère, constitue une autre piste de diversification. Dans cette même optique, « environ 100.000 euros » ont été investis dans l’acquisition, l’an dernier d’une cabine de vernissage.

 

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Le sous-traitant peut donc désormais proposer des produits finis. « Nous avons par exemple développé une gamme de volets intérieurs pour les châteaux et les maisons de maître, car le process de fabrication est sensiblement le même que celui d’une porte de cuisine. Depuis cet été, nous démarchons les menuisiers et les industriels de la fenêtre », indique Hélène Boucq qui ne ménage pas sa peine. Elle multiplie les déplacements pour gagner de potentiels clients, avec l’aide de deux agents commerciaux récemment recrutés en externe.

 

Qui est Hélène Boucq ?
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Ingénieure bois formée à Nantes, Hélène Boucq a traversé le pays d'ouest en est avec sa famille pour racheter Detroye en 2016 et se battre aujourd'hui pour sa pérennité. © Laurent Cheviet
Fille d’un menuisier du Maine-et-Loire, Hélène Boucq est ingénieure diplômée de l’Ecole supérieure du bois (ESB) de Nantes. En 2003, à l’âge de 26 ans, elle reprenait une première affaire, un atelier de menuiserie et d’agencement intérieur en Loire-Atlantique. Treize ans plus tard, en 2016, elle a traversé la France d’ouest en est, avec son mari et leurs trois garçons, pour s’installer en Haute-Saône et racheter Detroye. « J’en avais marre des chantiers, je voulais faire uniquement de la fabrication. Ce qui m’a plu ici, c’est le côté très qualitatif des produits », témoigne-t-elle.

Adepte du management participatif, la patronne se dit confiante malgré les difficultés rencontrées depuis deux ans : « Je suis entourée par 25 salariés qui sont tous très motivés et soucieux de l’avenir de leur entreprise. C’est intéressant de réfléchir avec eux aux nouveaux projets à mettre en place. Nous avons tous envie que l’histoire continue. » Le village de Corre tout entier aussi, sans doute.

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