Fondée en 1475, la verrerie-cristallerie historique de Passavant-la-Rochère a changé de mains en 2021. En plus de ses secteurs d’activité traditionnels des arts de la table et du bâtiment, La Rochère entend désormais se faire une place sur les marchés du luxe.
Impossible d’ignorer la date de création de La Rochère, la verrerie-cristallerie de Passavant-la-Rochère, au nord de la Haute-Saône. « 1475 » est devenu un élément central de l’identité visuelle de la marque, comme la mention « France » et le drapeau tricolore. « La plus ancienne verrerie française » revendique avec fierté ses cinq siècles d’existence.
Si la production suit principalement un process mécanique, une toute petite partie est encore réalisée à la main… et à la bouche par cinq souffleurs de verre. Ce savoir-faire pluriséculaire se met au service d’une modernité toute contemporaine : la PME de 120 salariés spécialiste du verre pressé pour les arts et de la table et la construction opère une diversification vers le luxe.
Elle se donne les moyens de cette nouvelle ambition. La Rochère vient en effet d’acquérir une ligne de production d'1,4 million d’€. Unique en France, elle presse des pièces à partir de 20 grammes. « Jusqu’à présent, nous ne pouvions pas descendre en dessous de 100 grammes, ce qui nous limitait beaucoup », explique Gilles Ambs, le dirigeant du site dans lequel il est entré il ya plus de vingt ans comme contrôleur de gestion. Avec cette nouvelle machine, qui est mise en service dans le courant de ce mois de mai, le verrier pourra élargir son registre aux cabochons, petits bouchons et pièces à coller.

Cet investissement s’inscrit dans un plan de modernisation de 3,8 millions d’€ engagé par les nouveaux propriétaires de l'entreprise depuis 2021. Cette année-là, les verriers normands, Stéphanie et Adrien Tourres ont racheté 90 % des parts à la famille Giraud qui détenait l’entreprise franc-comtoise depuis 1858. Sept cadres de l’entreprise, dont son président Gilles Ambs, ont financé les 10 % restants. Ce changement de mains a été également assorti d’une augmentation de capital d’1 million d’€.
Or, les nouveaux dirigeants connaissent bien le monde du luxe, dans la mesure où la famille Tourres avait repris en 2018 Waltersperger à Blangy-sur-Bresle (Seine-Maritime), une petite verrerie-cristallerie qui fournit les géants du secteur LVMH et L’Oréal en flacons de parfum et carafes de spiritueux. Les synergies commerciales mises en place ont déjà permis à La Rochère d’obtenir la commande de 100.000 pots pour les bougies parfumées de la marque Céline de LVMH ou des bouchons d’un célèbre cognac.

En attendant la concrétisation de la diversification dans le bilan 2023 de La Rochère, le chiffre d’affaires de l’an dernier de la verrerie haut-saônoise, d’un montant de de 12,2 millions d’€, s’est réparti aux deux-tiers vers les arts de la table (environ 500 références de verres, gobelets, coupes à glace…) et pour le solde vers le bâtiment (briques, tuiles et carreaux de verre). Largement réalisé à l’export, il a résulté de la commercialisation de 4.800 tonnes d’objets en verre, en petites et moyennes séries.
Ce monument du patrimoine industriel, labellisé entreprise du patrimoine vivant, est aussi un site touristique fréquenté des Vosges saônoises. Il a accueilli 52.000 visiteurs l’an dernier.
Un four plus économe

Le plan d’investissement lancé par la famille Tourres comprend un autre volet : le renouvellement du four de l’atelier mécanique qui crache chaque jour 33 tonnes de verre en fusion portés à 1.550 °C. L’opération d’1,4 million d’€ (*) est prévue cet été. « Tous les cinq ans, nous devons remplacer les matériaux réfractaires à l’intérieur, précise le dirigeant. Cette fois-ci, nous allons améliorer l’isolation afin de réduire de 10 % la consommation électrique du four. » Toutefois, l’économie espérée – ainsi que l’arrêt de la production le temps des travaux - ne suffiront pas à absorber le surcoût de la facture d’électricité dont le montant a été multiplié par trois. La crise des tarifs de l’énergie a contraint de grands verriers comme Arc et Duralex à arrêter leurs fours. Pour l’instant, La Rochère fait le dos rond : « On essaie de résister le plus longtemps possible, conclut Gilles Ambs. En attendant des jours meilleurs, on continue à dérouler notre feuille de route. »


(*) soutenue par une subvention de 200.000 € de la région Bourgogne-Franche-Comté





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