La marque Nomblot du groupe Béton Concept s’est fait connaitre par la forme originale de ses cuves à vin. Entreprise funéraire à son origine, elle ne cesse de surprendre. Elle est « tombée dans le vin » après-guerre en vendant ses caveaux mortuaires à des vignerons qui les ont utilisés comme cuves. Aujourd’hui, l’entreprise qui vend ses produits sur les quatre continents, affine le design de ses gammes et investit plus de 200 000 euros pour les maintenir au goût du jour.


Elles ressemblent à des oeufs de Pâques. Les cuves à vin Nomblot en béton, de forme ovoïde, peuvent accueillir, au choix, 700 ou 1.700 litres du précieux liquide pour un prix d’achat respectif de 4.500 et 8.300 euros. Ce modèle créé vers 2010 a offert une nouvelle visibilité à la marque qui vend aussi des formats cubiques plus classiques, de contenance comparable.

Au total, 400 à 500 cuves sont fabriquées chaque année à Torcy en Saône-et-Loire, sous cette marque que chapeaute la société Béton Concept (chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros en 2023). Celle-ci prévoit d’investir 110.000 euros cette année dans le renouvellement de moules pour fabriquer ses cuves, puis 90.000 euros en 2026. Franck Fenyes, le président, mijote un projet autour de la construction d’une nouvelle forme de modèle, de façon discrète à ce stade : « la seule chose que je peux vous dire c’est que le moule coûte à lui seul entre 70.000 et 80.000 euros », esquisse-t-il.

 

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Les moules, composés de 20 à 150 pièces, doivent être conçus en fonction de la forme finale de la cuve. Cette étape de travail est la plus longue. Ils sont fabriqués en métal, en polyester et en polyuréthane. Ces deux dernières matières s’usent le plus vite. Tous les cinq ans, Béton Concept doit débourser 145.000 euros pour renouveler les moules usés. Le béton y est versé en une seule fois, ce qui permet de créer une monopièce de façon instantanée. Cette technique permet d’obtenir un béton qui ne requiert pas de colle.

 

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Cuves à vin cylindriques de la marque Nomblot. © Béton Concept


Une fois la matière coulée et séchée, une véritable gymnastique se déploie dans l’atelier. « Les salariés se placent physiquement à l’intérieur de la cuve pour enlever les moules, notamment les morceaux du noyau de ferraillage, puis les coquilles qui viennent donner leur physionomie extérieure à l’objet », décrit Franck Feynes.

En fonction de leurs formes, les cuves vont influencer le résultat final sur le vin. Franck Fenyes fait parfois appel à des laboratoires universitaires sur la dynamique des fluides afin d’analyser l’effet. Quant à la matière naturellement poreuse, elle offre « une inertie thermique différente de celle d’une cuve en inox. Je ne dis pas que la version en béton est meilleure que les autres, mais elle constitue une sorte de couteau suisse, qui permet au viticulteur de faire les assemblages qui lui sont propres », expose le dirigeant.

 

Adopté par de grandes appellations

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Une cave enterrée ronde de Hélicave, autre marque de Béton Concept, dont les fabrications ont été rapatriées de Niort (Deux-Sèvres) en Saône-et-Loire. © Béton Concept


Nomblot n’est pas la seule marque de Béton Concept. Celle-ci possède également Hélicave qui fabrique des caves à vin enterrées en béton. L’entreprise a investit 60.000 euros l’année dernière dans une ligne de production dédiée à cette marque, à laquelle elle compte ajouter 15.000 euros d’améliorations. La marque Vinis, quant à elle, regroupe des éléments de stockage en béton pour bouteilles de vin, pour des particuliers ou des professionnels. Ils sont confectionnés à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) à l’instar de la gamme Hélicave.

La direction se fixe comme objectif de concevoir un nouveau design par an pour les trois prochaines années. Au total, Béton Concept rassemble 13 salariés et un volume équivalent d’intérimaires suivant les saisons. L’entreprise réalise 70 % de son chiffre d’affaires à l’export, sur tous les continents. En France, elle travaille avec de très beaux domaines comme Romanée-Conti en Bourgogne ou Château Pontet-Canet dans le Bordelais. Signe que même les appellations les plus prestigieuses sont attentives à son procédé pour le moins atypique dans le monde du vin.

 

Une naissance en 1920, puis une entrée dans le vin après-guerre

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Franck Fenyes, president de l'entreprise Béton Concept. © Béton concept


La première cuve à vin de Nomblot était un caveau mortuaire. Décidément, l’entreprise a le don de nous surprendre sur la forme et la destination de ses fabrications… Elle tire son nom de son fondateur en 1920. Sa production d’origine était établie à Ecuisses en Saône-et-Loire. Après la seconde guerre mondiale, les viticulteurs locaux ont rencontré des difficultés à trouver du bois sans métal. Ils se sont alors tournés vers Nomblot et c’est ainsi que des caveaux funéraires ont donné des cuves à vin ! « Pour indiquer le nombre de litres dont ils avaient besoin, ils venaient chez Nomblot en disant : « je veux un cinq places, ou je veux un deux places », rapporte Franck Fenyes.

Durant plusieurs dizaines d’années, 9.000 caveaux de ce type seront installés dans les caves bourguignonnes, où ils sont toujours présents. Dans les années 1980 et 1990, les descendants du fondateur ont développé la partie viticole à l’export. Ils ont commencé à imaginer de nouvelles formes dans les années 2000, dont celles ovoïdes qui ont rencontré un franc succès.

Marc Nomblot revend l’entreprise en 2007 à une entreprise de béton : Bonna Sabla du groupe Consolis. Il créé autour de Nomblot et Hélicave un pôle viticole dont il confie la gestion à Franck Fenyes, salarié de la société acquéreuse. Six ans plus tard, Franck Fenyes rachète Nomblot et Hélicave à son employeur. En 2022, il fait l’acquisition du fabricant de casiers à vins Vinis à Chevannes (Côte-d’Or). Il organise progressivement le déménagement des activiés sur leurs deux sites actuels de Torcy et Montceau-les-Mines. 

BP

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