Avec l’ouverture au public d’un vaste complexe thermal et aquatique au printemps prochain, Nancy renoue le fil de son histoire. Grâce aux 97 millions d'€ investis dans ce projet, la cité lorraine relance ses premiers thermes construits à l’aube du XXème siècle par l’architecte Louis Lanternier, mais laissés inachevés.


La capitale des ducs de Lorraine touche du doigt son rêve de devenir une cité thermale. À quinze minutes à pied de la gare, le chantier Nancy Thermal engage la phase de test de ses 3.230 m2 de bassins. La couleur rouge de l’eau qui emplit une piscine extérieure n’a rien à voir avec une teneur élevée en fer de la source thermale puisée 850 mètres sous terre. Cette eau est colorée artificiellement en vue de contrôler les courants, « les eaux stagnantes demeurant l’ennemi numéro un de l’hygiène », explique Marc Reymann, le directeur du projet chez Bouygues Bâtiment Nord-Est, l’entreprise en charge du chantier. 

Après trois années de construction, l’opération sera livrée en temps et en heure poursuit le responsable des travaux, soit à la mi-décembre, dans la perspective d’une ouverture au public à partir de mars 2023. Le chantier colossal de 97 millions d’€ d’investissement métamorphose cette partie de l’agglomération de 257.000 habitants.

 

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À l’occasion d’une récente présentation de l’avancée du chantier, Mathieu Klein, le président de la métropole du Grand Nancy, a rendu hommage à son prédécesseur, André Rossinot qui a eu « l’intuition et l’audace de reprendre l’aventure du thermalisme » stoppée dans la ville dans les années 1930. L’élu a salué un projet de territoire « qui redonne ses lettres de noblesses à un ancien quartier militaire et administratif », riche d’un important patrimoine Art nouveau et sur lequel est venu se greffer le campus universitaire Artem au cours de la dernière décennie.

Pour renouer avec ce prestigieux passé (lire encadré), le Grand Nancy a confié en 2018 à un groupement composé de Bouygues Bâtiment Nord-Est, la Compagnie européenne des bains/Valvital et l’architecte Anne Démians la réhabilitation et l’extension des deux immeubles historiques : le bâtiment thermal d’une part, la piscine olympique conçue comme des bains municipaux d’autre part.

Anne Démians a conservé la composition classique du projet en réalisant l’aile manquante de l’autre côté de l’entrée monumentale, que son lointain prédécesseur Louis Lanternier n’avait pas eu le loisir d’achever. « J’ai envisagé cette extension en accolant de façon symétrique au bâtiment thermal Lanternier un volume de même gabarit, reprenant l’écriture en négatif de l’original, à la fois à travers sa couleur – noir pour blanc – et ses lignes de façades – horizontales pour verticales », explique l’architecte parisienne.

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Le nouveau dôme culminant à 21,80 mètres abrite les espaces de cure thermale. © Philippe Bohlinger


À l’intérieur, le spectaculaire dôme en structure bois, posé en écho au dôme existant, laisse filtrer la lumière vers les espaces thermaux situés juste en-dessous. Le site pourra accueillir 15.000 curistes par an dans cet espace comprenant une résidence-hôtelière de 76 chambres. Mais Nancy Thermal ne se résume pas à cette partie réservée aux soins. Le projet comprend également des espaces grand public avec une composante « bien-être » (spa, hammam, jacuzzi, etc.) ainsi que des bassins sportifs et ludiques. 

 

Consommation énergétique maitrisée

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Les espaces de bien-être sont en cours de finition avant leur ouverture au public au printemps 2023. © Philippe Bohlinger


Bernard Riac, le PDG de la Compagnie européenne des bains/Valvital qui exploitera Nancy Thermal, confie « avoir une sensibilité particulière pour les bâtiments anciens, à l’instar de la bâtisse que nous avons transformée en hôtel dans notre station du Gers ». Il envisage, d’ores et déjà, de démarrer des études en vue d’étendre le domaine d’application des eaux nancéiennes, de la rhumatologie aux affections phlébologiques et respiratoires. En outre, dans un contexte où les municipalités voient leurs budgets énergétiques exploser avec la hausse des cours du gaz et de l’électricité, la source de Nancy Thermal présente l’avantage d’afficher 35 °C au thermomètre.

 

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« Cette spécificité évitera de mobiliser de l’énergie pour le réchauffement de l’eau des bassins. Nous devrons simplement assurer son maintien à température », indique Laurent Schirato, chef de service fluides chez Bouygues Bâtiment Nord-Est. Au-delà des économies budgétaires, le Grand Nancy espère bénéficier de nombreuses retombées économiques et touristiques grâce à ce projet. Pour commencer, ce sont 267 emplois directs qui sont attendus sur place. Et Nancy Thermal a déjà suscité le développement d’un diplôme universitaire Santé et Thermalisme.

 

Derniers curistes accueillis dans les années 1930 

La découverte d’une source d’eau chaude au début du XXème siècle avait motivé l’ouverture d’un premier établissement de cure à Nancy. L’édifice néo-classique signé par l’architecte Louis Lanternier et inauguré en 1913 restera inachevé, suite au déclenchement de la Grande Guerre. Mais les curistes viendront nombreux jusque dans les années 1930. Le site a conservé jusqu’à nos jours son lien à l’eau, accueillant trois piscines municipales, mais aussi d’anciens bureaux de l'ORTF, le tout dans un ensemble architectural sans grande unité. La reconnaissance en 2014 par l’Académie de médecine des vertus des eaux minérales de Nancy pour les traitements en rhumatologie a ouvert la voie à une nouvelle ambition. 

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