Repreneurs en 2018 de l’exploitation de la station thermale de Contrexéville, François Chalumeau et Laurent Lémond s’activent à redonner du tonus à la station thermale des Vosges, l’une des plus petites de France. Les deux entrepreneurs ont déposé un dossier d’agrément en rhumatologie qu’ils espèrent bien obtenir en 2021 ou 2022. Le développement de l’activité repose aussi sur les soins bien-être hors Sécurité Sociale. Ils furent l’objet des derniers investissements.

Repreneurs il y a un peu plus d’un an de l’exploitation de la station thermale de Contrexéville, François Chalumeau et Laurent Lémond (Voir encadré Qui sont-ils ?) s’activent à redonner du tonus à la petite station des Vosges (430 curistes Sécurité sociale), quelque peu effacée par sa voisine Vittel qui en accueille dix fois plus, et la centaine d’autres habilitées comme cette dernière à soigner les rhumatismes, principale prescription des cures thermales. Les deux entrepreneurs ont déposé un dossier d’agrément en rhumatologie qu’ils espèrent bien obtenir en 2021 ou 2022.
Accordé par le ministère de la Santé, le précieux sésame pourrait apporter 800 curistes supplémentaires à la station de Contrexéville mais la démarche ponctuée d’études et d'avis dure au moins quatre années. 
Contrexéville est aujourd’hui spécialisée dans le traitement des affections digestives et urinaires. Elle se distingue également par les cures minceur (elles, non remboursées par la Sécurité Sociale) : la station fut d’ailleurs la première en 1979 à proposer un forfait minceur grâce aux qualités reconnues des eaux de source que l’embouteilleur Nestlé Waters exploite sous la marque Contrexéville, mais aussi Vittel et Hépar.

 

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La station thermale revient de loin, elle qui accueillait presque quatre fois plus de curistes dans les années 1980 (1.500), chahutée depuis plus de 10 ans d’abord par l’abandon de Nestlé qui l’avait rachetée en même temps que celle de Vittel en 1985 puis cédée au groupe Partouche en 1999, qui montra au fil du temps qu’il était davantage intéressé par le casino que par les services de santé. En 2008, la cure était en situation de faillite et n’a pas fonctionné, contraignant la municipalité à racheter le patrimoine immobilier des thermes, reprendre en main la gestion comme actionnaire majoritaire d’une société d’économie mixte et, éponger les dettes de l’ordre de 500.000€.
Arrivé comme directeur trois ans plus tard, François Chalumeau, fort de son expérience dans le thermalisme, croit tant au potentiel de l’établissement vosgien qu’il rachète en avril 2018 les parts de la ville – à travers sa société Procuratio Solutions basée dans sa région d’origine à Ney, dans le Jura –. Puis en janvier 2019, il reprend à son compte la commercialisation, tout en la partageant avec la société publique locale Destination Vittel Contrexéville qui joue historiquement le rôle de centrale de réservation. Laurent Lémond, dirigeant de la société de transport routier 2L Logistics à Houecourt (Vosges), le rejoint en prenant le tiers du capital de la SAS Thermes de Contrexéville. La nouvelle société paie un loyer à la ville qui reste propriétaire des murs.


Une stratégie marketing axée sur le bien-être

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Le spa de 300 m2 est une source de développement des activités bien-être sur lesquelles parient les nouveaux gérants avec des formules santé week-end et un accès de quelques heures pour les locaux. © Thermes de Contrexéville

« En 2018, le chiffre d’affaires a progressé à 1,2 million d’€ et le déficit a été réduit de 500.000 à 102.000 € », précise François Chalumeau. Pour parvenir à cette progression, les nouveaux gestionnaires ont investi à hauteur de 500.000 € dans de nouveaux équipements : un sauna et un hammam dans le spa agrandi 4 ans plus tôt avec un bassin thermoludique dans une eau thermale chauffée à 32°C et, au dernier étage, l’aménagement d’une terrasse avec un jacuzzi en plein air. « Ces équipements ont développé une clientèle bien-être à la journée, souvent locale, qui profite également de l’institut de beauté ; 9.000 entrées ont été enregistrées en 2018 et à la fin juillet, le compteur affichait 2.000 entrées d’avance par rapport à l’année précédente. »

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En attendant le tant souhaité agrément rhumatologie, la stratégie marketing met le paquet sur le bien-être, avec des formules à la carte, pour les loisirs mais aussi les séminaires d'entreprises, qui présentent l’avantage d’élargir la tranche d’âge des visiteurs (65-70 ans pour les cures médicales et la cinquantaine pour les forfaits minceur) et de diversifier la durée des séjours (3 semaines pour une cure médicale, une à deux semaines pour les séjours minceur).
L’agrément rhumatologie ferait gagner 1.000 à 1.200 curistes et progresser le chiffre d’affaires de 600.000 €. Réaliste, estime le directeur qui dit déjà devoir refuser chaque année 300 demandes dans cette spécialité. En perspective de cette nouvelle étape, les entrepreneurs travaillent sur la création de nouveaux hébergements, les installations thermales ayant un potentiel d'exploitation largement suffisant.
François Chalumeau voudrait retrouver les fonctions de l’hôtel de la Providence juste en face de la galerie de la station thermale que le groupe Partouche avait fait démolir et qui permettait au curiste d'accéder directement aux installations thermales. Ou rénover l’hôtel désaffecté de la Souveraine appartenant au casinotier mais qui ne souhaite pas le céder à un prix raisonnable. « Une résidence connectée directement aux installations thermales permettrait au curiste de faire un parcours à l’abri », décrit-il.
Les études portent actuellement sur le dimensionnement de la construction, entre 60 et 90 unités, et la typologie des logements, probablement une alternance de chambres d’hôtels d’un certain standing et de meublés. Les nouveaux exploitants ont encore du temps de réflexion car l’investissement qui pourrait atteindre entre 6 et 7 millions d’€ ne sera déclenché qu’une fois l’agrément rhumatologie obtenu.


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Nestlé-Contrex,  je t’aime moi non plus

Le sort des deux villes distantes de kilomètres a toujours été lié et le demeure aujourd’hui. C’est le même Louis Bouloumié, avocat à Rodez qui en 1860 s’entiche de la région ou plutôt de ses eaux – il acquiert une douzaine de sources – mais donne sa préférence à Vittel qui évolue rapidement vers les soins contre les rhumatismes, tandis que Contrexéville est prescrite pour les maladies digestives. Bouloumié fait construire de nombreuses villas et des hôtels à Vittel, contribuant à
« l’industrialisation du thermalisme »  et lance la commercialisation de l’eau en bouteilles, d’abord pour permettre aux curistes de poursuivre leur traitement à domicile. Contrexéville se développe moins car le parc thermal de 5 ha (250 à Vittel) est enserré dans le tissu urbain.

Les deux villes deviennent concurrentes par leur activité thermale et industrielle d’embouteillage jusqu’à ce que le minéralier suisse Nestlé Waters – déjà propriétaire de la station de Vittel et actionnaire à hauteur de 30% de la société d'embouteillage de la famille Boulimié depuis 1969 –, ne rachète en 1992, celle de Contrexéville en avalant le minéralier Perrier qui exploitait à la fois les activités thermales et l’embouteillage des eaux de Contrex depuis 1952. 
Le sort des deux stations se sépare à l’aube des années 2000. Tout en restant propriétaire des sources, Nestlé abandonne l’activité thermale de Contrexéville en 1999 au groupe Partouche puis celle de Vittel en 2002, au même casinotier. Quelques années plus tard, Partouche se recentre sur son métier, le jeu. En 2007, il cède à la ville les actifs de la station de Vittel ainsi que l’hôtel des Thermes. Et en 2008, il se sépare également de Contrexéville. Une SEM (société d’économie mixte) dont la ville de Contrexéville est actionnaire majoritaire hérite de la gestion, mais Partouche conserve le patrimoine immobilier.

Le cordon n’est pour autant pas coupé pour autant. La division eaux de Nestlé exploite les sources de Contrexéville et de sa voisine Vittel, sous les trois marques Contrex, Vittel et Hépar, dans deux usines d’embouteillage reliées entre elles par une canalisation souterraine de quelques kilomètres, ce qui permet indifféremment d'embouteiller l'eau Contrex à Vittel ou Contrexéville. En 1980, raconte Monique Thenot, l’une des administratrices du Cercle d’études locales de Contrexéville, l’usine d’embouteillage de Contrexéville employait 2.500 personnes, celle de Vittel, 3.000. Aujourd’hui, l'ensemble emploie 1.014 salariés. Une cure d’amaigrissement annoncée début juillet doit réduire l’effectif de 120 personnes d’ici à 2022 sous la forme de départs volontaires et du non remplacement des départs à la retraite. Modernisation de l’outil qui produit 1,5 milliard de bouteilles par an et concurrence des eaux de consommation meilleur marché sont les arguments avancés par le groupe qui vient de réaliser un investissement de 10 millions d’€ dans une nouvelle ligne de fabrication des préformes (qui servent à souffler les bouteilles plastiques). 

Cette nouvelle intervient au moment où une polémique ressurgit
accusant le minéralier de surexploiter la nappe souterraine des « grès du Trias inférieur ». Ces forages profonds permettent de puiser de gros volumes mais aussi une eau moins minéralisée au goût standard. Tandis que l’eau plus fortement minéralisée à des fins  thermales provient de nappes de surface. Or, la nappe profonde sert aussi à l’approvisionnement en eau potable. Selon l'association France Nature Environnement, les nappes de Vittel accuseraient un déficit chronique annuel d'un million de m3, exactement la quantité d’eau que Nestlé Waters est autorisé à prélever par arrêté préfectoral.
L’activité thermale rapporte à la commune de Contrexéville 2 millions d’€ au titre de la surtaxe sur les eaux minérales (ou droit de col), 306.000 € en produits des jeux ainsi qu’un loyer annuel du bâtiment des thermes de 26.602 € avec une part variable correspondant à 1% du chiffre d’affaires de la société d’exploitation des thermes au-delà de 2,5 millions d’€ H.T, plafonné à 40.000 € H.T.
En 2018, la SAS Thermes de Contrexéville a réalisé un chiffre d’affaires de 1,2 million d’€ et un déficit de 102.000 €, avec l’accueil de 430 curistes, 700 séjours minceur et 9.000 entrées bien-être. Elle emploie 45 personnes correspondant à 25 équivalents temps plein. L’objectif à 7 ans, avec l’agrément rhumatologie, est de réaliser un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’€. 

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La source primitive se situe dans le pavillon des Sources. « La prise d’eau démarrait au lit dans l’hôtel, aujourd’hui démoli, relié par une galerie à l’établissement thermal, puis le curiste buvait à petits gorgées d’abord au griffon du pavillon des sources vers 9-10h, ensuite à l’heure de l’apéritif, en début après-midi et enfin vers 17h », raconte Gilbert Salvin, historien du Cercle d’études locales. Les eaux de Contrexéville sont des eaux froides (11 degrés), sulfatées, calciques (qui contiennent du calcaire) et magnésiennes (du magnésium). Elles favorisent la diurèse et guérissent les calculs rénaux. Les eaux de cure sont extraites entre 8 mètres et 150 mètres de profondeur.
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Les pouvoirs guérisseurs de l’eau de Contrexéville sont découverts vers 1750-55 grâce à la guérison d’une jeune fille qui souffrait de calculs rénaux. La nouvelle parvient au Duc de Lorraine, Stanislas Leszczynsk qui avait les mêmes maux, étayée par le mémoire du docteur Charles Bagard qui les exposent à la Société royale des sciences et des arts de Nancy en 1760. C’est le début de la belle époque de la station thermale entièrement reconstruite en 1911. Il y eut jusqu’à 39 hôtels, 7 aujourd’hui. © Traces Écrites

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La source de la Souveraine est l’une des douze sources de Contrexéville qui aujourd’hui ne sont pas toutes exploitées, faute de rendement. Des Contrexévillois, surtout des aînés, vont encore faire leurs provisions sous la galerie comme ici sur la photo, M. Lemoine, ancien secrétaire de mairie. La mise à disposition libre et gratuite de l’eau aux habitants relève d’une obligation d’accès à l’époque de Perrier, propriétaire de 1952 à 1992, et de contrôle sanitaire. La source de la Souveraine a donné son nom à l’hôtel construit dans le prolongement de l’établissement thermal (Photo ci-dessous). Propriété du casinotier Partouche, il est aujourd’hui abandonné et pourrait être un lieu idéal pour accroître le parc de logements pour les curistes, estiment les nouveaux gérants de l’établissement thermal. © Traces Écrites
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Qui sont François Chalumeau et Laurent Lémond ?

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© Traces Ecrites.

Après des études post-bac en comptabilité et gestion, François Chalumeau intègre la station des Rousses, dans le Jura, pour s’occuper des remontées mécaniques durant sept années. Il rejoint ensuite le groupe Compagnie Européenne des Bains, plus connu sous son nom commercial de Valvital et s’occupe des thermes de Thonon-les-Bains et Bourbonne-les Bains. Puis, pour des missions de Lons-le-Saunier et de Besançon. En 2011, ce Jurassien de 48 ans rejoint Contrexéville et la société d’économie mixte, propriétaire et gestionnaire du centre thermal, dont il reprend les actions avec Laurent Lémond (photo ci-dessous).

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Laurent Lémond est un entrepreneur autodidacte de 56 ans qui, bac littéraire en poche, a déjà roulé sa bosse dans la construction de bateaux, la distribution chez Système U et fait une carrière de onze années chez Nestlé. Ses pas de conduisent ensuite chez Transalliance où il demeure sept ans comme directeur logistique. Il se met alors à son compte en reprenant une société de transport de voitures. Son groupe, baptisé 2L Logistics compte aujourd’hui quatre entreprises, réalise 52 millions d’€ de chiffre d’affaires et emploie 350 personnes.
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Le ruisseau Le Vair, affluent de la Meuse, traverse le centre-ville dans une tranchée couverte, agrémentée ici par une fontaine colorée à deux pas de l’établissement thermal. Le ruisseau regagne la surface près de la chapelle orthodoxe, dans le parc thermal devenu jardin public, géré par la commune.
Recettes de la commune : 2 millions d’€ de surtaxe sur les eaux minérales (ou droit de col), 306.000 € en produits des jeux, 26.602 € de loyer du bâtiment des thermes.
SAS Thermes de Contrexéville : chiffre d'affaires de 1,2 million d’€ en 2018 et un déficit de 102.000 € – 430 curistes, 700 séjours minceur et 9.000 entrées bien-être – 45 salariés, 25 équivalents temps plein.
Objectif de chiffre d'affaires à 7 ans, avec l’agrément rhumatologie : 2,5 millions d’€.


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En 1909 est inaugurée la chapelle orthodoxe de la grande duchesse Hélène Vladimirovna, tante du dernier tsar de Russie qui faisait sa cure à Contrexéville depuis 1902. La chapelle, rarement ouverte au public, abrite son tombeau en marbre blanc très sobre. Elle a été construite en moins de 6 mois à la mort de son mari, le grand duc Vladimir, avec les piliers métalliques et les vitraux du pavillon des sources de l’établissement thermal version Balthard (1885-1910) qui précéda la version actuelle. Contrexéville, racontent les historiens, était à l’époque un haut lieu de la diplomatie française avec la Russie et la Perse, le shah de Perse prenant lui aussi ses eaux dans la station vosgienne. Il a donné son nom à l’adresse postale de l’établissement thermal. Photos © Traces Ecrites.
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François Clasquin, architecte à Épinal dessina le casino inauguré en 1900. Il était également l’auteur de la version Baltard du pavillon des Sources, reconstruit en 1911 en même tant que l’établissement thermal. Le groupe Partouche en est toujours le propriétaire, depuis que Nestlé lui a vendu pour ne se consacrer qu’à l’embouteillage des eaux minérales. Jusqu’en 2011, le casinotier exploita aussi les thermes qu’il mena à la faillite et qui furent sauvées par la ville qui en repris les bâtiments et temporairement la gestion à travers une SEM. Photos © Traces Écrites
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En savoir plus sur l’histoire du thermalisme à Contrexéville sur le blog du Cercle d’études locales de Contrexéville http://celcontrex.over-blog.com qui édite un Bulletin bimestriel, le « Gunderic ». Merci à Gilbert Salvini et Monique Thenot pour la visite guidée des lieux.

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