La scierie Gaiffe organise la montée en charge, jusqu'à cet été, de ses nouvelles installations de découpe des bois bruts, auxquelles elle a consacré un budget de 60 millions d’euros. Le projet permet à ce fabricant de lames de terrasse et de parquet, de bardages extérieurs et de lambris de relocaliser ses approvisionnements dans ses bases des Vosges.
Gaiffe applique à la ressource forestière la citation du chimiste Lavoisier selon laquelle « rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme. » La scierie basée à Champ-le-Duc (Vosges) transforme en effet des flux de bois régionaux jusqu’à présent utilisés en trituration par le groupe norvégien Norske Skog sur son site de Golbey (Vosges). A cette mutation d'usage, elle a consacré un très conséquent investissement de 60 millions d'euros.
Ces produits, des résidus des coupes d'entretien des forêts, étaient auparavant broyés pour fabriquer de la pâte à papier. Ils deviennent désormais des lames de terrasse, des lames de parquet, des bardages extérieurs ou encore des lambris. Jérôme Gaiffe, cogérant avec son père et son frère de l’entreprise éponyme de 70 personnes, explique que la quasi-totalité (95%) de la matière de base était jusqu’à présent importée de Finlande et de Suède. Il s’agissait de pièces de bois scié de section rectangulaire. « Notre société en réalisait uniquement la partie rabotage (seconde transformation) », précise le dirigeant.
L’installation historique de Gaiffe, à 5 km de Champ-le-Duc, ne possédait pas les dimensions suffisantes pour approvisionner l’unité de rabotage de grande capacité que l’entreprise s’était construite dans les années 2000. Le plan d’investissement ambitionne de relocaliser la quasi-totalité des approvisionnements dans le Grand Est en internalisant la partie sciage (première transformation), à savoir la découpe des bois bruts. La conversion de l’une des deux machines papier de Norske Skog tombait à pic : l’usine de Golbey passera, au cours de ce second semestre 2024, de la fabrication de papier journal à partir de fibres vierges à la production de papier ondulé pour cartons par le recyclage de vieux papiers et cartons.
Une capacité décuplée
Cette mutation libère un gisement de bois de petite dimension, utilisables par Gaiffe à partir de 11 centimètres de diamètre, alors que des scieurs traditionnels rechercheraient davantage des tailles supérieures, de 16 à 18 centimètres. « Dans les bois les plus petits, nous pouvons débiter des tasseaux ou encore des petites baguettes », justifie Jérôme Gaiffe.
L’investissement de la scierie familiale comprend deux lignes de découpe d’une capacité totale de 200.000 mètres cubes par an, deux lignes de tri des planches, ainsi qu’un parc à grumes assisté par un scanner à rayons X. Ces installations, en cours de montée en charge, devraient atteindre leur pleine mesure cet été 2024. Elles multiplieront par dix les capacités de l’unité vosgienne !
Le mois de mai verra, par ailleurs, la mise en service d’une chaufferie biomasse d’une puissance de 10 mégawatts thermiques et 1,4 mégawatts électriques. Destinée à alimenter une dizaine de séchoirs à bois (3.000 m3 par semaine), ses capacités ont été dernièrement revues à la hausse, augmentant ainsi de 10 millions d’euros le budget global d'investissement initialement fixé à 50 millions. Le cogérant se réjouit de pouvoir valoriser les écorces de bois en les brûlant dans sa chaufferie, mais aussi de s’ouvrir de nouveaux marchés grâce à ses unités de séchage, « notamment celui des industriels fabricants de poutres lamellées-collées qui ont besoin de bois secs. » Par ailleurs, « la production d’électricité par cogénération correspond peu ou prou à la totalité de notre besoin d’alimentation. », ajoute-t-il.
Le confinement, un moteur pour le projet

En gestation depuis une dizaine d’années, ce projet est plutôt inédit pour une PME. Il a été rendu possible par le soutien de l’appel à projets national BCIAT (biomasse chaleur pour l'industrie, l'agriculture et le tertiaire) de l’Ademe, mais aussi de Bpifrance et d’un pool bancaire. Les bons résultats de Gaiffe ont également joué en sa faveur, son chiffre d’affaires ayant doublé en trois ans pour atteindre 35 millions d’euros en 2023.
De plus, « la pandémie a fait exploser nos ventes, car les Français ont beaucoup profité des périodes de confinement pour effectuer des travaux chez eux », analyse Jérôme Gaiffe. L’entreprise est en effet un fournisseur privilégié des grandes surfaces de bricolage.
Une fois ses nouvelles unités arrivées à pleine capacité, Gaiffe ouvrira un nouveau chantier, celui de la transmission de la société à une nouvelle génération de dirigeants familiaux. Yves Gaiffe, président, doit en effet prendre sa retraite en cours d’année et transmettre définitivement les commandes à ses fils Jérôme, 35 ans, et son frère Arnaud, 32 ans.











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