Une des lignes de l'usine PSA de Mulhouse.
Une des lignes de l'usine PSA de Mulhouse.

AUTOMOBILE. Il est donc né sur le papier, ce cluster - ou cette grappe d’entreprises -  évoqué de longue date dans l’industrie automobile d’Alsace/Franche-Comté autour des usines PSA de Sochaux et Mulhouse.

Le constructeur, le pôle de compétitivité Véhicule du futur, l’Etat et les collectivités l’ont lancé officiellement vendredi, sous la forme d’une table-ronde au Salon du véhicule innovant à l’Axone à Montbéliard (Doubs).

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Le mot est lâché : son contenu dépendra de ce que la filière voudra en faire.

Le cluster s’adresse en priorité aux PME de moins de 250 salariés. Elles forment 95 % du tissu des entreprises travaillant pour l’automobile dans les deux régions Alsace et Franche-Comté, nous apprend une étude commune aux agences d’urbanisme de Montbéliard et Mulhouse.

A quoi le cluster les incitera-t-il ? Directeur de la R&D du groupe PSA et ancien Sochalien, Gilles Le Borgne a proposé la vision à la fois la plus complète et la plus concise vendredi soir, au Salon du véhicule innovant à l’Axone à Montbéliard (Doubs). Selon lui, ce cluster doit grandir  « en trois étapes » autour des sites PSA de Sochaux et de Mulhouse :

1) Trouver des synergies dans les achats, la formation et  d’autres fonctions mutualisables.

2) Orienter les travaux de recherche locaux vers les thèmes d’application immédiate clairement identifiés au niveau national par le comité technique de la plate-forme automobile (regroupant PSA, Renault, les équipementiers Valeo, Faurecia, Plastic Omnium et Michelin, NDLR) : réduction des émissions de C02, véhicule autonome intelligent, etc.

3) Dans la relation avec les donneurs d’ordre, se réunir entre PME pour répondre ensemble avec la taille critique nécessaire aux consultations devenues mondiales.

Un autre objectif, sous-tendu par le point 3, tient à l’ouverture à l’international. Le fameux « chasser en meute » doit s’appliquer en particulier aux marchés à décrocher loin de l’Hexagone.

La grappe s’emparera des autres incontournables de la pensée automobile que sont devenus l'excellence industrielle et le Lean, l’intensification des relations avec l’université (l’UTBM est en première ligne), ainsi que la diversification vers d’autres marchés.

Celle-ci  n’est pas une découverte récente du tissu industriel local : la moitié des PME de rang 2 et plus, qui sont classées dans la filière auto, réalisent plus de 50 % de leur chiffre d'affaires dans d’autres secteurs, toujours selon l’étude des agences d’urbanisme.

Quant au but final, tout le monde l’a compris et Denis Sommer, vice-président de la Région Franche-Comté, s’est chargé de le rappeler aux éventuels distraits : « Il s’agit de diminuer les coûts pour retrouver des marges que n’apportent pas les prix facturés aux constructeurs. Et pour apporter la compétitivité à notre filière régionale embarquée dans une compétition désormais mondiale ».

Eurocade, à Dampierre-les-Bois (Doubs), produit tous types de faisceaux et de sous ensembles électriques pour l'industrie automobile.
Eurocade, à Dampierre-les-Bois (Doubs), produit tous types de faisceaux et de sous ensembles électriques pour l'industrie automobile.

Le modèle espagnol de Vigo

La naissance de ce cluster pose nécessairement la question de sa relation avec le pôle de compétitivité Véhicule du Futur. Faut-il y voir une remise en cause de celui-ci ? Non, ont assuré les participants  à la table ronde.

Présidé par Denis Rezé, président de l'équipementier Eurocade, le pôle sera d’ailleurs chargé de piloter le cluster. Ce qu’il a quelque part anticipé en internalisant l’an dernier l’association locale des entreprises de la filière PerfoEst, sous forme d’une seconde direction générale confiée à Jean-Luc Jacquot.

L’autre direction générale, confiée à Brigitte Morgulis, se concentre sur  l’innovation, mais celle de long terme qui échappe au cluster. « La pile à combustible, oui, mais c’est un sujet pour après-demain ou encore plus loin », souligne Gilles Le Borgne.

De ce cluster, PSA se veut l’accompagnateur, éventuellement le catalyseur, selon un rôle qu’il lui reste à se définir. Il a un modèle pour cela : l’association née en 1998 à Vigo autour de son site espagnol.

« Ce sont les fournisseurs qui l’ont initié, pour la mise en commun de moyens en formation, R&D, achats, lean ou encore en logistique afin d’optimiser les circuits de transports (remplir des camions qui feraient un trajet retour à vide s’ils roulaient pour un seul fournisseur par exemple). PSA s’est  joint à l’initiative ensuite », décrit Javier Varela, le directeur de Sochaux…, qui connaît parfaitement le sujet pour avoir été en poste dans l’usine de sa ville natale espagnole au moment de la constitution.

Au fur et à mesure de l’expansion, l’association s’est transformée en fondation et elle pilote aujourd’hui un centre technologique de très haut niveau, le CTAG (Centro Tecnologico de Automocion de Galicia).

Mais l’Alsace/Franche-Comté n’a pas forcément vocation à copier le modèle Vigo. Sauf peut-être sur un point : la taille.

L'unité Gestamp à Ronchamp (Haute-Saône), emboutisseur et assembleur de pièces de structures, d’aspect et de sécurité pour l'automobile.
L'unité Gestamp à Ronchamp (Haute-Saône), emboutisseur et assembleur de pièces de structures, d’aspect et de sécurité pour l'automobile.

Le cluster espagnol regroupe une centaine de fournisseurs. Javier Varela estime nécessaire que son petit frère français puisse fédérer lui aussi un maximum d’entreprises. « A 40 ou 50, il n’aura pas la taille critique », estime-t-il.

Crédit photos : PSA Mulhouse, Eurocade et Traces Ecrites

 

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