L’agglomération comtoise accueille la première installation de traitement en France des déchets d'activités de soins à risque infectieux comportant de l’électronique, les « e-Dasri », constitués de pompes et de régulateurs de glucose pour les diabétiques. Condensé de plusieurs voies de valorisation en fonction des matières métalliques, électroniques ou plastiques qui compensent ces appareils, elle est inaugurée ce 27 juin à Ecole-Valentin.


Besançon devient capitale nationale d’une nouvelle activité économique. Pas la plus glamour, mais une de celles qui porte des perspectives de croissance : les déchets de santé incorporant de l’électronique dans leurs appareils usagés. Ce que les professionnels nomment les « e-Dasri », e pour électronique et Dasri pour déchets d'activités de soins à risque infectieux.

Concrètement, il est question principalement de trois produits : deux pompes patch et un capteur de glucose continu, pour les patients diabétiques en particulier. A travers la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) de février 2020, l’Etat a imposé pour eux la création d’une filière de recyclage, impliquant la valorisation matière de chacun de leur composant, et pas « simplement » l’incinération qu’il accepte pour les formes conventionnelles des Dasri que constituent les seringues, les stylos injecteurs d’insuline, ou encore les lancettes. 

 

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Il fallait, dès lors, leur trouver un lieu où implanter l’équipement en mesure d’assurer la séparation des composants puis leur traitement vertueux. Le choix de l’éco-organisme chargé de la collecte et du traitement de ce type de déchets, Dastri, s’est  porté sur l’agglomération de Besançon. Son « Dastri-Lab » sera inauguré ce mardi 27 juin. Il prend place sur le territoire de la commune périphérique d’Ecole-Valentin sur l’une de ses zones d’activités, dans un ancien bâtiment de transport-logistique de 2.000 m2 laissé vacant par Kühne & Nagel.

 

Besançon, des atouts au croisement des microtechniques et de la santé

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Un dépoussiéreur aspire les poussières dégagées par une première étape de broyage. © Mathieu Noyer


Le fait que la déléguée générale de Dastri, Laurence Bouret, soit franc-comtoise relève ici de la pure anecdote. Les critères en faveur de l’agglomération bisontine ont été autrement plus solides. « Elle cultive un savoir-faire de longue date dans les microtechniques qui fait appel à des compétences proches de celles des produits que nous manipulons ici. Ceux-ci font partie de la famille des dispositifs médicaux qui compte également plusieurs fabricants dans la région », relève Laurence Bouret. La responsable de Dastri met en exergue la présence de l’école d’ingénieurs en microtechniques SupMicrotech ENSMM qui comporte une branche d’enseignement-recherche dans le domaine du recyclage, de l’ISIFC (Institut supérieur d’ingénieurs de Franche-Comté) avec son département génie biomédical formant à la conception-production et à la sécurisation de dispositifs médicaux, ou encore lde Temis Santé et du pôle de compétitivité PMT dans les microtechniques.

 

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Pour mettre en œuvre l’outil, les fabricants des dispositifs concernés, Insulet et Dexcom, ont investi près de 2 millions d’€ via leur éco-contribution à Dastri qui découle du principe de responsabilité élargie du producteur (REP). L’objectif de performance de collecte a déterminé le dimensionnement du Dastri Lab : le gouvernement l’a fixé à 50 % des volumes mis sur le marché à fin 2022 pour monter à 60 % en 2028. A raison de près de 10 millions d’unités usagées de ces petits et très légers dispositifs, « on estime à environ 50 tonnes les quantités annuelles à prendre en charge », calcule Laurence Bouret .

 

Un parcours multiple sur un espace resserré

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Les e-Dasri proviennent de pompes patch et de capteurs en continu de glucose. © Mathieu Noyer


Le circuit de traitement commence par la réception par palettes des boîtes en carton de couleur violette (leurs homologues mieux connues en jaune sont réservées aux Dasri conventionnels), qui proviennent des 21.000 pharmacies de France, celles-ci ayant été désignées comme le point de collecte pour les particuliers. Puis, ces e-Dasri suivent un parcours d’installations de traitement. « La ligne ne comprend aucune machine spéciale, l’ingénierie vient de l’assemblage des équipements et de leur paramétrage », expose Julien Lanzarini, le responsable du site pour Dastri. Les déchets entrent dans un broyeur puis ils empruntent des convoyeurs qui les mènent à un séparateur magnétique pour sortir les ferreux.

Les fractions restantes, constituées des plastiques, de l’acier inox et des circuits imprimés, rejoignent un autre convoyeur qui isole les piles, alcalines (les version au lithium ne sont pas encore sur le marché) dans la partie haute de l’installation pour constituer une ligne qui leur est dédiée, comportant un tri optique. Les autres composants, principalement les plastiques, sont récupérés en partie basse dans un big bag pour être envoyés en filières de valorisations.

Concernant celles-ci, les cartons d’emballage rejoignent la papeterie proche Gemdoubs de Novillars (Doubs). Les piles sont dirigées dans le sud-est de la France, vers l’entreprise Méta Régénération spécialisée dans la récupération et le traitement de déchets mercuriels. Les plastiques, de composition complexe avec des variantes peu courantes comme les PEEK (polyétheréthercétone) et les PPO (polyoxyphénylènes)sont récoltés par une start-up de l'Ain, Cycl-Add, afin que celle-ci leur applique un système breveté de valorisation par extrusion.

 

Le Jurassien Demain dans l’antichambre

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Laurence Bouret, déléguée générale de Dastri, et Julien Lanzarini responsable du site sont les chevilles ouvrières
du projet de Besançon. © Mathieu Noyer


A son échelle actuelle, le Dastri Lab justifie la seconde partie de sa dénomination, « Lab » avec un équipement qui relève pour l’instant de l’installation-pilote. Les volumes de 10 millions d’unités n’ont rien à avoir avec le total d’1,3 milliard recensé pour les Dasri classiques en France. Cependant, ils sont appelés à augmenter, dans des proportions que les fabricants n’ont pas encore quantifiés auprès de leur éco-organisme mais qui justifiera de mettre en place une installation et une organisation plus conséquente que les deux personnes d’Ecole-Valentin pour un fonctionnement prévu quelques mois dans l’année. « Un autre opérateur de traitement devra prendre le relais, un éco-organisme comme le nôtre n’a pas vocation à endosser durablement un tel rôle, nous le faisons ici pour initier la dynamique et continuer à tester les process », pointe Laurence Bouret.

Or la structure qui pourra prendre le relais se dessine, et elle se trouve en Franche-Comté, autre raison du choix bisontin pour cette première phase : il s’agit de Demain, le groupe coopératif de Lons-le-Saunier (Jura).

Cette société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), et plus particulièrement sa branche Demain Environnement, accumule bientôt dix ans de collecte et traitement (ou préparation pour envoi vers les filières appropriées) de matières diverses, parmi lesquelles les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), les déchets toxiques en quantité dispersée (DTQD), Elle a déjà l’habitude de la collaboration avec de nombreux éco-organismes : Eco-systèmes, Ecologic, Corépile, Screlec, Ecomobilier… Elle intervient déjà au Dastri-Lab, en mettant du personnel à disposition de l'équipement en cas de pic d’activité. Autant dire qu’elle semble cocher toutes les cases pour assurer la suite et conserver cette filière dans la région.

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