FILIÈRE BOIS/BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ. Le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté et l’association Fibois ont profité du Forum International Bois Construction, du 11 au 13 avril dernier à Dijon, pour encourager les maîtres d’ouvrage et les professionnels de la filière bois à entrer dans la logique de l’économie circulaire.
Avec des exemples de constructions en bois à l’appui.

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Esquisse de la halle d'Anost (Saône-et-Loire). © Correia Architectes.

 

Cet été, la fête de la vielle à Anost – un festival de musique traditionnelle en Saône-et-Loire qui réunit habituellement quelque 20.000 festivaliers –, abandonnera son habituel chapiteau pour une ample halle en bois, construite dans le prolongement de la salle des fêtes de ce village du Morvan.

 

L’édifice qui sera achevé au mois de juin, est bâti en sapin de douglas et en chêne, en provenance de la forêt de Planchez-en-Morvan. Les bois sont sciés à la scierie Brizard à Saint-Léger Vauban et à la scierie Cotineau d’Auxy. Les poteaux sont assemblés par les Charpentiers du Morvan à Magny ; le gros oeuvre et la couverture réalisés par l’entreprise Dufraigne à Autun.

 

Toutes ces communes sont situées dans le Parc naturel régional du Morvan. La distance entre la forêt, la scierie, le charpentier et le site de construction est de 10 à 50 km. Valorisation de la ressource et du savoir-faire locaux, bon bilan carbone, matériaux non traités pour être recyclables, sont autant d’arguments mis en avant dans l’esprit de l’économie circulaire.

Réalisé par l’Atelier Correia Architectes et Associés à Saulieu, le projet est l’exemple de ce que veut promouvoir la Région Bourgogne-Franche-Comté et l’interprofession régionale de la filière bois, Fibois. « Plus de la moitié du bois qui sert aux constructions en Bourgogne-Franche-Comté provient de forêts situées hors région voire de l’étranger », expose Dominique Marie, chef de projet sur l’économie circulaire au conseil régional.

 

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La filière bois n’est pourtant pas anecdotique dans la région. Le secteur emploie 23.500 personnes – plus que la filière viticole –, dont 4.350 dans la construction et un employé sur quatre travaille dans une scierie. La forêt couvre un tiers du territoire régional et fournit 13% des volumes nationaux de bois.

A Anost, tout est parti d’une volonté politique. Le maire Jean-Claude Nouallet, voulait construire la halle avec un bois 100% local. « Nous, les architectes, voulions utiliser du bois court (la partie supérieure du fût), peu utilisé dans la construction – il part plutôt dans le déchiquetage – et parce que la technique d’assemblage est simple », renchérit Claude Correia, l’architecte.

Après un dialogue préalable à l’appel d’offre avec les entreprises locales dans le but de motiver la création de groupements, le maître d’oeuvre a changé de cap. « Nous avons constaté que le savoir-faire des entreprises locales est plus important sur le bois long que sur le bois court. Alors, nous avons adopté une autre technique. L’esquisse du concours d’architecture a été un peu été modifiée mais a conservé sa volumétrie. Et l’esprit du projet, bois local avec douglas, chêne et bois non traité a été conservé. »

 

Valoriser la ressource sur place

 

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L'école de Jougne (Doubs) bâtie avec les bois de la commune forestière. © Dmprod/Teckicea.


L’interprofession de la filière bois en Franche-Comté avait, en 2012, déjà promu le concept de l’économie circulaire avec le sapin du Jura. L’école de Jougne (Doubs) demeure un exemple à imiter. La commune forestière s’était approvisionnée dans ses propres forêts et avait recherché alentour les entreprises capables de débiter les arbres en planches, puis les sécher, les transformer en poteaux et poutres, réaliser la construction et trouvé aussi dans le département les bureaux d’études et architectes qui maîtrisaient la technique de la construction bois.

 

« Ce circuit s’adapte à la commande publique dès lors que le cahier des charges prévoit des critères d’approvisionnement en bois local, de bilan carbone ou de performance environnementale », précise Johann Ast, prescripteur bois à l’association Fibois Bourgogne-Franche-Comté.

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Pour l’école de Jougne qui s’étend sur 1.540 m2 et a mobilisé 179 mètres cubes de bois, la matière première n’a parcouru de 178 km, entre la forêt, la scierie, le charpentier et le site de construction.  Les communes qui possèdent un patrimoine forestier sont particulièrement intéressées à valoriser leur ressource sur place.

 

« Nous avons étudié l’impact socio-économique des bois en circuits très courts. Quant l’entreprise de mis en oeuvre est locale, cela consolide 4 équivalents temps-plein ; si on ajoute le bois local, on a 1,25 emploi en plus », précise Johann Ast.

Les auditeurs de l’atelier ont prêté une attention toute particulière à la technique locale des tavaillons, sorte de tuiles de bois d’épicéa qui ne servent pas à recouvrir le toit mais isole les pignons des vents.

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L'école de Montperreux (Doubs) : une vêture en tavaillons d'épicéa local. © Olivier Tardy, architecte.


Les tavaillons font office de bardage à l’extension du groupe scolaire et de la salle de convivialité du village des Montperreux, dans le haut-Doubs. Là, le béton sert de structure pour des raisons géologiques et le bois qui élève les bâtiments sur deux niveaux ont eux aussi été prélevés et transformés à une quinzaine de kilomètres à la ronde.

 

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Pragmatique, l’architecte Olivier Tardy préfère « raisonner approvisionnement local plutôt que matériau local ». Une variante de l’économie circulaire qui entre dans le registre des bonnes pratiques promues par la charte de l’Alliance Bois construction rénovation.

L’initiative partenariale, État et acteurs de la filière bois,  a eu sa déclinaison bourguignonne et franc-comtoise, le 12 avril dernier. Elle exprime les bonnes intentions des maîtres d’ouvrages, publics et privés, des maîtres d’œuvre, des professions et prescripteurs du bâtiment quant à l’utilisation du bois dans la construction.

 

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