L’entreprise que dirige Philippe Wagner remodèle son unité de Breuches-lès-Luxeuil (Haute-Saône) sur trois ans en améliorant son outil productif, étoffant ses bureaux et réduisant sa consommation énergétique pour un seul objectif : monter encore plus haut en qualité et sécurité. Et ce, tant pour l’industrie du plat cuisiné, son principal marché que pour son étonnante gamme maison.

 

ARTICLE PUBLIÉ LE  8 FÉVRIER 2021. Crise sanitaire ou pas, Philippe Wagner, président de la société André Bazin, trace sa route. La perte de volume d’environ 30% de cette charcuterie industrielle, implantée sur 16.500 m2 couverts à Breuches-lès-Luxeuil (Haute-Saône), ne l’a pas dévié une seule seconde de son projet d'investissement de 12 millions d’€ sur trois ans.


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Tout commence en 2020 avec la refonte, pour 2 millions d'€, de l’atelier de charcuterie. « Cette année, nous allons complètement remodeler l’atelier des jambons, créer une zone de stockage de congélation, aménager 400 m2 de bureaux supplémentaires et investir pour réduire à terme de 15% notre consommation énergétique », énumère le dirigeant. Facture prévue : pas moins de 6 millions.

Et l’année prochaine, 4 millions complémentaires viendront parfaire le programme en se consacrant aux chaînes de surgelés. Si Philippe Wagner ose autant, c’est uniquement pour un seul objectif : la qualité et la sécurité alimentaire. « Le consommateur veut aujourd’hui des produits sains, goûteux, issus, nous concernant, d’élevages porcins respectueux de l’animal et de son alimentation. »

Travailler la notoriété

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Saucisses knacks (à gauche) et Montbéliardes, une identification géographique protégée comme la Morteau. © André Bazin


Les deux grands marchés de l’entreprise, qui réalise un chiffre d’affaires de 85 millions d’€ et emploie 300 personnes, bénéficient de cette stratégie ancrée comme une valeur inaltérable. Il s’agit des PAI, pour produits alimentaires intermédiaires, à savoir des ingrédients charcutiers qui entrent dans la composition des plats cuisinés : rondelles de chorizo, de merguez, émincés de volaille, lardons… « Ils ne sont jamais bruts et si, par exemple, ce sont des morceaux de jambon, ce dernier est rissolé et issu de porcs élevés avec une alimentation naturelle », glisse Philippe Wagner.

Les clients sont des groupes agroalimentaires qui s’appellent Fleury Michon, Tipiak, William Saurin, Nestlé ou encore Marie. Ils pèsent 55% de l’activité. De leur côté,  les grossistes (35% du chiffre d’affaires)  trouvent aussi chez Bazin chaussures à leur pied pour la restauration hors foyer (RHF), les collectivités, les restaurateurs...

 

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Dernier marché en devenir pour les rayons libre service des grandes surfaces, la marque propre estampillée "Philippe Wagner". Elle accueille une famille de sept produits : la saucisse de Morteau et de Montbéliard (deux Identifications Géographiques Protégées - IGP), des knacks et des lardons à l’ancienne, des tranches de poitrine, de la choucroute et du jambon.

Cette gamme s'incrit dans la tendance du « clean label » plébiscité par le consommateur qui veut une nourriture saine qui affiche des ingrédients « propres » et leur origine. « Les recettes sont préparées avec du sel sans nitrite, à partir de porcs français, dont certains franc-comtois, bien nourris et élevés sans stress », assure l’industriel.

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Deux des produits charcutiers naturels de la marque Philippe Wagner. © André Bazin

 

Lancée en 2017, la gamme avait nécessité pas moins de deux années de recherche et monopolisé une partie des huit personnes de la R&D. Le charcutier, en manque de notoriété sur ce segment, multiplie les campagnes publicitaires et renforce l’équipe commerciale dédiée avec la volonté de porter ses ventes à 20% du chiffre d’affaires global à deux ans.

 

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Qui est Philippe Wagner ?

Le dirigeant d’André Bazin, qui aura 64 ans en décembre prochain, aime la prise de risque comme les parcours non linéaires. Lorsqu’il rachète, avec Albert Locatelli, aujourd’hui à la retraite, le charcutier industriel haut-saônois André Bazin en 2001, deux années après le décès du fondateur éponyme, sous forme d’une acquisition avec effet de levier (LBO), il relance une belle mécanique. La revente en 2011 au groupe Fruiterroir le laisse aux commandes. Il reprend trois ans plus tard l’entreprise qu’il avait cédé avec certains de ses cadres.

Titulaire d’une maîtrise de gestion, Philippe Wagner commence sa carrière professionnelle en tant que contrôleur de gestion chez l’Allemand Siemens à Bordeaux. Il y reste cinq années, et part même une année entière au siège du groupe à Munich. L’emblématique et truculent André Bazin le recrute comme directeur financier en 1988. Il en fait son fils spirituel et le nomme directeur général en 1997.

Philippe Wagner a fait sien ce proverbe africain : « Qui nage dans le sens du courant fait rire les crocodiles. » Traduction : on n'est pas orphelin d'avoir perdu père et mère, mais d'avoir perdu l'espoir. Et l’espoir, cet homme au caractère bien trempé  – l’auteur en témoigne – ne le perd jamais. Il espère donc que l’équipe cycliste de 35 coureurs – Bazin Cyclisme Haute-Saône - qu’il sponsorise, va monter en puissance. Et qui sait peut-être un jour faire la grande boucle…

 

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Pose de scellés sur une saucisse de Morteau qui en certifient l'origine. © André Bazin

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