Par aversion pour le gaspillage, Dominique Campagne, gérant du P’tit Dépanneur Comtois près de Besançon, transforme les palettes de livraison en mobilier. Le dénominateur commun de sa clientèle, promouvoir une démarche d’économie circulaire.


Si à Besançon, on connaît Dominique Campagne, c’est d’abord comme patron du P’tit Dépanneur Comtois, une société de dépannage comme son nom l’indique dans la menuiserie, la vitrerie, la serrurerie, les volets roulants et le contrôle d’accès, et ancien gérant de la menuiserie Art et Fenêtres (*). Son sens de l’entreprenariat et de l’artisanat comme sa culture de la réparation et du réemploi ont poussé ce menuisier de formation à créer une marque, Label Palette.

« Quand j’ai monté la société Art et Fenêtres en 2005, dans un local contigu au P’tit Dép’, l’idée a germé de tirer parti des palettes de livraison qui s’entassaient, uniquement destinées alors à la déchetterie et à l’incinération. » Du gâchis qui incite dans un premier temps le chef d’entreprise à confectionner des petits meubles, tables basses et tabourets, pour lui et ses amis. Depuis, cette activité informelle est sortie de son garage.


Transmission


Pour concrétiser son projet dans la Zone Eurespace à Serre-les-Sapins, près de Besançon (Doubs) où est installé le P’tit Dépanneur Comtois (chiffre d'affaires de 980.000 €, 14 salariés), Dominique Campagne obtient une subvention de l’Ademe,  grâce aux partenariats noués avec 9 entreprises privées locales de divers secteurs qui lui cèdent gracieusement leurs palettes, de toutes tailles.
« Il a beau être donné, le bois ne m’en coûte pas moins le double - en termes de temps passé à démonter et à préparer - que s'il avait été acheté en scierie. » 

Si l’approvisionnement est irrégulier, il est largement suffisant pour remplir la journée consacrée chaque semaine à la création de meubles et d’objets décoratifs.

Dominique y travaille, en solo, sans se dégager de salaire, sans parler des tonnes manipulées, ni de chiffre d’affaire, car à ses yeux, « l’essentiel est ailleurs ! » L’idée ici est bel et bien que l’on nomme aujourd'hui l’upcycling, ce type de recyclage inventif qui consiste à faire d’objets en série, vieux ou utilitaires, du neuf, du beau, du pratique, de l’unique. « Mon but : contribuer à faire évoluer les choses. »


Une production proposée à la location principalement

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Les palettes sont valorisées en meubles, tous signés au fer rouge "Label Palette". © Laurent Cheviet


Converties en mètres linéaires, les palettes jetables (les seules à être utilisées car non traitées) sont valorisées en mobilier et autres accessoires durables, tous signés au fer rouge « Label Palette », pour une clientèle dont le dénominateur commun est la volonté de promouvoir une démarche éco-citoyenne.
Sont proposés, à la location principalement, pupitres pour des collectivités, armoires à livres pour des municipalités, mange-debout pour des événements en grandes surfaces, hôtels à insectes pour des organismes à vocation environnementale ou encore présentoirs pour des salons thématiques, des boutiques et des expositions.

Comme son hangar de stockage, le show-room de l’entreprise est plein. On y trouve de quoi aménager un commerce ou un espace public de manière évolutive. Le Biocoop de Saint-Vit (Doubs) dispose par exemple ses légumes dans des brouettes relookées. Période de Noël approchant, sapins et autres crèches vont prendre place dans des EPHAD. Les fauteuils de jardin et bain-de-soleil attendent, eux, la belle saison et les particuliers. Et pour que le principe de la réutilisation prenne racine, Dominique Campagne donne aussi des cours. (Lire encadré)


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Pas étonnant que l’état d’esprit de Label Palette se fasse  remarquer. En témoignent 4 trophées saluant l’éco-innovation, délivrés par l’Agence Economique et Régionale Bourgogne-Franche-Comté (AER) en début d’année, la Chambre de métiers et de l’artisanat régionale, l’an dernier, et des organismes privés. Les participations à des concours nationaux – « Fabriqué en France », « Créer le mobilier de demain » – et une exposition au Musée des Maisons comtoises de Nancray (Doubs), soulignent elles l’engagement dans l’économie circulaire.

Do it yourself (**)

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© Laurent Cheviet

Dominique Campagne propose des stages de formation, sans limite d’âge (de l’ado à la personne retraitée). Tous les 15 jours, le samedi matin, en 4 heures d’initiation ou de perfectionnement, chacun peut venir se frotter à la petite menuiserie. Du bois, des clous, des vis, de la colle, une visseuse, une ponçeuse, et quel que soit son niveau, on fabrique son objet (« la scie sauteuse, c’est moi qui la gère !»).
Tout est fourni. Les stagiaires repartent avec leurs réalisations et les bases d’un savoir-faire qu’ils vont pouvoir transmettre. « A mon petit niveau, je diffuse la culture du réemploi des objets et matériaux « dormants ». Pas de limite à l’imagination ! Rien ne se perd, tout se transforme, autant mettre l’adage en acte, and do it yourself ! ». Jusqu’à la carte de visite en bois de cagette…

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© Laurent Cheviet

(*) Société qu’il a revendue en 2015.
(**) Faites-le vous-même.

visiteurs
Clin d'oeil. © Laurent Cheviet

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