Depuis deux ans, l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail étudie et accompagne les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté ayant opté pour la semaine réduite. Vanessa Grillet, chargée de mission à l’Aract, décrypte cette nouvelle organisation du temps de travail mise en lumière lors de la rencontre régionale de l’innovation sociale le 1er octobre dernier à Besançon.
Pourquoi et comment l’Aract de Bourgogne-Franche-Comté s’est-elle saisie de la thématique de la semaine de quatre jours ?
Notre rôle consistant à analyser les grands changements qui concernent les entreprises, nous nous sommes rendus compte que cette question revenait beaucoup dans les échanges avec nos partenaires. En 2023, une étude a été lancée sur le sujet. Nous avons identifié 17 structures qui avaient mis en place une telle nouvelle organisation du temps de travail.
Nous avons rencontré une quarantaine de personnes, dirigeants, managers et employés, afin de recueillir leurs retours d’expérience, ce qui a donné lieu à la publication d’un carnet de l’innovation sociale [NDLR : accessible en ligne ici]. Et comme le sujet intéressait beaucoup, nous avons continué en 2024 en proposant une action collective à 14 structures qui envisagent de passer à quatre jours. Un premier atelier juridique a été organisé. Le deuxième, le 10 octobre, a abordé la mise en situation et les conditions du changement. Enfin, lors d’un troisième et dernier rendez-vous le 26 novembre, les participants rencontreront les représentants d’entreprises ayant déjà instauré cette nouvelle organisation.
Comment expliquer cet intérêt croissant pour ce mode d'organisation ?
Plusieurs facteurs entrent en jeu. Il y a d’abord le contexte post-Covid qui a conduit beaucoup de salariés à modifier leur rapport au travail. L’inflation a aussi joué un rôle : pour les entreprises qui veulent alléger leur facture énergétique en arrêtant les machines un jour de plus et pour leurs employés qui souhaitent économiser le carburant. On peut aussi mentionner la réduction de l’empreinte écologique. Le développement du télétravail participe également de cet engouement car la semaine de quatre jours permet d’offrir une sorte de contrepartie aux collaborateurs qui exercent un métier non télétravaillable. Enfin, c’est une mesure d’attractivité. Quand tous les secteurs peinent à recruter, elle est perçue comme un atout.
La plupart des cas que vous avez étudiés relèvent-ils bien de la semaine en 4 jours, et non de la réduction de la durée hebdomadaire du temps de travail ?
Effectivement, dans notre panel, une seule entreprise est passée de 39 heures à 35 heures (avec maintien de salaire), lors de la mise en place de la semaine à quatre jours. Dans les autres cas, la durée hebdomadaire initiale (35 ou 39 heures) est conservée mais elle se répartit donc sur un jour de moins.
À partir de ces retours d’expérience, quels conseils peut-on donner aux entreprises qui souhaitent se lancer ?
Il est important de bien préparer la modification en amont en impliquant les salariés. Le dialogue social est essentiel pour fixer un cadre, déterminer quelle catégorie de personnel sera éligible, dans quelles conditions, sur quelle durée d’engagement… Il ne faut pas hésiter à commencer par un test, pendant quelques mois ou sur un seul service, et prévoir des évaluations régulières sur la base de critères d'une part objectifs, comme le taux d’absentéisme, et d'autre part subjectifs en interrogeant les salariés concernés, sans oublier les managers qui se retrouvent en première ligne.

Le 1er octobre, à Besançon, en ouverture de la rencontre régionale de l’innovation sociale, trois employeurs du Doubs qui expérimentent la semaine de quatre jours ont été invités à témoigner par l’Aract (Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail) : la communauté de communes du Pays de Maîche (80 agents), le réseau Biocoop La Canopée de Besançon (60 salariés pour 4 magasins) et un industriel, le groupe SIS (1.200 salariés).
Implanté à Avoudrey, Etalans, Valdahon (Doubs), Vesoul (Haute-Saône) et Epinal (Vosges), le sous-traitant en maroquinerie a fait de l’organisation du temps de travail un argument d’attractivité. Dans trois de ses manufactures, depuis septembre 2023, les opérateurs de production peuvent travailler quatre jours par semaine. « Sur 650 collaborateurs éligibles, 40 % ont opté pour cette possibilité », relate Agnès Grangier, directrice des ressources humaines (DRH) adjointe, en évoquant des « choix généralement motivés par l’organisation de la vie familiale. »
Après un premier bilan dressé fin mars, une quinzaine de salariés n’ont pas souhaité poursuivre l’expérience en raison des fortes amplitudes journalières de travail. Mise en place dans le cadre d’un pacte social plus global, la semaine de quatre jours n’a pas pénalisé les performances du groupe. Selon le DRH Florent Mathé, elle a réussi à « fidéliser les salariés » en réduisant le turn-over.






































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