L’incubateur de l’International Space University produit ses premières pépites, à Illkirch près de la capitale alsacienne, dans les locaux de l’antenne européenne de l’établissement d’enseignement et de recherche d'origine américaine. Si le territoire alsacien n’est pas connu pour ses compétences spatiales, cette implantation fait sens grâce aux interactions et aux applications avec la santé, l’eau, les mobilités et d’autres thèmes de prédilection de l’agglomération.
Strasbourg, pôle mondial de la création d’entreprises dans le spatial : voilà qui peut surprendre. Mais telle est bien la réalité. Elle est rendue possible par la présence dans l’agglomération alsacienne de l’incubateur de l’ISU, l’école internationale de l’espace (International Space University) d’origine américaine, dont l’antenne européenne est implantée à Illkirch depuis 2002, en excroissance du site d’origine à Boston en 1987.
l'une des jeunes entreprises incubées à l'ISU à Illkirch (Bas-Rhin). © Spacepharma
L’incubateur, lui, a fait son apparition en 2019. Quatre start’up se répartissent actuellement, avec leur dizaine d’employés au cumul, les locaux qui lui sont réservés, au deuxième étage de l’école dans le Parc d’innovation d'Illkirch. Elles succèdent à quatre pionnières qui ont pris leur… envol depuis, et en précèdent trois autres, entrées dans une phase de pré-incubation propre à la structure d’accueil.
Leurs activités ne s’exercent pas dans le spatial proprement dit. Les responsables locaux de l’ISU ne prétendent pas faire de l’Alsace un rival de Cap Canaveral, de Kourou ou de Baïkonour. En revanche, « les disciplines qui s’appuient sur les propriétés du milieu spatial, elles, représentent une longue liste : agriculture, santé, eau, mobilités…. », souligne Nicolas Peter, président de l’ISU Illkich. On songe en premier lieu au GPS, sans lequel de multiples fonctions de la vie quotidienne seraient inactives. Mais les interactions avec notre existence de Terriens ne se résument pas au Global Positioning System.
C’est ainsi que Prometheus Life Technologies, la dernière arrivée dans l’incubateur d’Illkirch, fin 2023, rassemble des experts de la biologie gravitationnelle dans le but de cultiver des « organoïdes », des structures cellulaires sans équivalent sur terre, aux importantes propriétés de régénération du tissu humain. Elles forment ainsi une base pour concevoir de nouvelles thérapies à partir de cellules souches. « Les tests opérés doivent pouvoir permettre d’accélérer, de compléter, voire de remplacer des étapes coûteuses d’essais pré-cliniques qui font appel à l’expérimentation animale », expose Raphaël Roettgen, cofondateur de Prometheus. Pour avancer sur son chemin, cette société issue de l’université de Zurich a ciblé l’incubateur de l’ISU afin de développer son antenne commerciale en Europe, qui se nourrit des recherches en Suisse. Elle prévoit cinq salariés à Strasbourg-Illkirch, sur un effectif total actuel de 12.
GrapeHawk, Ewosmart et Spacepharma sont ses colocataires. La première société travaille sur des applications du spatial à l’agriculture et plus particulièrement au vignoble. La seconde tire parti de l’imagerie spatiale, de sorte à concevoir sa plateforme numérique de gestion des espaces verts pour les politiques publiques, et offrir ainsi des solutions de végétalisation et de création d’îlots de fraîcheur. Quant à la troisième, constituée d’une équipe israélienne et suisse, elle envoie dans l’espace des mini-laboratoires comparables en équipement à ceux de taille plus grande sur terre, qui exploitent les propriétés physiques du spatial dans le but de mener des recherches innovantes.
Ces « élus » peuvent être hébergés pendant deux ans, avec une année supplémentaire renouvelable, de façon gratuite par signature d’un bail avec l’Eurométropole de Strasbourg. Ils accèdent ainsi aux locaux de l’ISU et surtout à son réseau. « Ils entrent dans un écosystème de la recherche spatiale de stature internationale. Nous sommes une trentaine d’enseignants et chercheurs à travailler sur place, mais ce sont 150 experts qui passent par IIllkirch au long de l’année, sans compter le réseau considérable des anciens élèves : 5.600 Alumni, répartis dans 110 pays », énonce Nicolas Peter.
Un hébergement par étapes

« Elu » est un terme approprié, car la sélection est rigoureuse à l’entrée, dans le souci de ne pas héberger des offres hors sujet, ou celles dont les chances de réussite apparaîtraient vite très limitées. D’où une phase de pré-incubation de quelques mois. « Elle consiste à dérisquer le projet. Nous en accompagnons les porteurs dans les étapes initiales, d’enregistrement de leur société, d’évaluation de leur marché, etc. », précise Nicolas Peter. En revanche, l’incubateur dirige vers d’autres structures pour les questions de financement.
Jusqu’à présent, cette démarche précautionneuse a payé. Trois des quatre pionniers sont toujours en vie. Et particulièrement bien portant dans le cas de Leanspace : une fois sortie de l’ISU, cette pépite a décollé… comme une fusée dans les services cloud à partir du spatial - le contrôle et la commande de satellites par exemple - jusqu'à atteindre aujourd'hui un effectif de 50 personnes dans les locaux de son entrée en maturité, à l’Espace européen d’entreprise de Schiltigheim. Watershed Monitoring (analyse de données sur l’eau) et Niamh Shaw (communication dans l’espace) complètent le palmarès duquel est sorti en revanche une autre structure, Terremys, intervenant dans des activités de surveillance par drones, mais mises en sommeil aujourd'hui.
L’incubateur n’a pas comme raison d’être de faire « pousser » des start-up sans rapport avec leur territoire d’accueil. Ses dirigeants manifestent la volonté de favoriser leur épanouissement sur place. « Sa création s’inscrit dans une stratégie bien affirmée d’ancrage régional de l'ISU. Nous démultiplions dans ce but les partenariats », souligne Nicolas Peter, en citant l’agence régionale d’innovation et de prospection internationale Grand E-Nov + / Invest Eastern France, l’agence alsacienne Adira, l’incubateur régional généraliste Semia, l’Eurométropole, les centres techniques (comme Aerial) et les discussions entamées avec les pôles de compétitivité, en premier lieu BioValley.
L’école internationale de l’espace vole certes dans de hautes sphères, mais elle ne veut pas le faire hors sol.









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