Forme de collaboration la plus aboutie entre les mondes académique et économique, quatre laboratoires communs ont été inaugurés en cette fin d’année en Alsace, trois à l’Institut de science des matériaux de Mulhouse et un autre au centre de ressources technologiques Aerial à Illkirch près de Strasbourg. La région compte désormais huit de ces structures.


Le 1er décembre, trois laboratoires communs créés en 2021 et 2022 ont été inaugurés au Campus Illberg à Mulhouse,
qui abrite l'Université de Haute-Alsace.  Leur naissance résulte de la complémentarité entre les recherches de l’Institut de science des matériaux de Mulhouse (IS2M) et les savoir-faire de trois partenaires industriels : les groupes Aptar et Arkema ainsi que Velcorex, l'entreprise textile de Saint-Amarin. Le laboratoire commun Lamps (Light for advanced materials and processes), instauré cette année, a pour enjeu la caractérisation de nouveaux matériaux photopolymères avec Arkema, fournisseur de matériaux de spécialités (adhésifs, revêtements et protection des matériaux).

Son homologue Impact, créé en 2021, poursuit l'objectif de contribuer au développement de solutions d'emballage durables et novatrices avec Aptar, spécialiste mondial de la distribution, du scellement et de l'emballage destinés notamment aux marchés de la beauté, de l’entretien de la maison, de la santé et de l’agroalimentaire.

 

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Après avoir remporté, fin 2021, un appel à projet de l’Agence nationale de la recherche (ANR), le laboratoire commun Biotex a été lancé avec Velcorex dans l’objectif de développer de nouveaux fils et textiles 100 % biosourcés, recyclables ou compostables, pour des usages à haute performance dans le bâtiment, l'automobile, le nautisme et dans l'industrie plus généralement.

 

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Les partenaires des laboratoires communs de Mulhouse ont été réunis pour leur  inauguration le 1er décembre, dont Pierre Schmitt le dirigeant de Velcorex (2ème à droite). © Saleen - CNRS


Les crédits financés par l’ANR, pour un montant de 360.000 €, viennent d’être alloués, si bien que les recherches vont pouvoir démarrer. « Nous sommes dans l'optique de recruter un ingénieur début 2023 afin de caractériser les fibres de lin, dans le but de les utiliser dans des matériaux techniques », annonce Jacques Lalevée, professeur à l’IS2M et coordinateur du projet.

Une thésarde sur les matériaux biosourcés travaille déjà depuis quelques mois pour le laboratoire Biotex. « Le lin peut remplacer la fibre de verre dans de multiples applications. Et en France, nous avons une filière complète pour lui : les agriculteurs, les transformateurs, les industries chimiques et textiles sont là. Grâce à l’alliance entre la chimie et le textile, nous pouvons gagner la guerre des nouveaux matériaux. La France peut devenir leader mondial des matériaux biosourcés », martèle Pierre Schmitt, le dirigeant de Velcorex.

 

Anticiper les besoins industriels de demain

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L'entreprise textile haut-rhinoise Velcorex est désormais engagée le laboratoire commun Biotex à Mulhouse pour ses développements dans les matières biosourcées. © Julie Giorgi

 

Le 25 novembre, c’est un autre laboratoire commun qui a été lancé officiellement entre l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (IPHC), laboratoire de recherche du CNRS et de l’Université de Strasbourg, et le centre de ressources technologiques Aerial. Les deux structures, qui collaborent depuis plus de 30 ans, ont souhaité organiser et renforcer leur partenariat.

Cette entité commune va mener des recherches sur trois axes scientifiques : dosimétrie et applications industrielles des techniques d’irradiation (méthode de calcul de dose d’irradiation des produits ou des matières exposés à un flux d’électrons accélérés ou de rayons X), radiolyse (*) de biomolécules, radiobiologie et radiothérapie, sciences des aliments et de l’environnement et développement de méthodes analytiques spécifiques basées sur la chimie analytique qui permet d’identifier et de caractériser des substances de façon précise.

Ces thématiques trouvent des applications industrielles très diverses : pharmacie-médecine - notamment pour la stérilisation des dispositifs médicaux et les traitements en radiothérapie - mais aussi les secteurs automobile, aérospatial ou agroalimentaire. « Aujourd’hui, tous les fabricants de matériaux à base de polymères pétrosourcés essaient de les remplacer ou de les combiner avec des matériaux biosourcés, mais ceux-ci n’ont pas les mêmes propriétés que le plastique. En irradiant ces composés biosourcés, il est possible de modifier leurs propriétés mécaniques », explique Alain Strasser, le directeur d’Aerial.

 

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Le laboratoire commun, labellisé sur quatre ans, apportera au tissu socio-économique du Grand Est « un outil unique pour mener des recherches de pointe et anticiper les besoins industriels de demain », affirme sa directrice Sandrine Courtin, également à la tête de l’IPHC. L’IPHC et Aerial sont très complémentaires au niveau de leurs équipements et de leurs compétences. « Eux sont davantage des chercheurs de l’amont, alors que nous sommes positionnés sur les applications économiques et industrielles. Nous possédons des machines qu’ils n’ont pas, et inversement », précise le directeur d’Aerial. Depuis 2019, par exemple, le centre de ressources technologiques d’Illkirch est équipé d’un Rhodotron, appareil capable de produire et d’accélérer un faisceau d’électrons et de rayons X.

(*) la radiolyse est l’étape qui suit l’interaction entre des rayonnements ionisants et la matière

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