Le changement climatique, un tryptique blé/colza/orge vieillissant et une forte demande citoyenne pour les productions locales conduisent la coopérative d’agriculteurs Dijon Céréales à changer de modèle économique. Elle devient aussi productrice d’énergie et affine ses outils industriels pour aller le plus loin possible dans la transformation de ses matières premières.


Comme l’industrie, l’agriculture connait une profonde mutation et les obligations réglementaires, parmi lesquelles la réduction des phytosanitaires, ne sont qu’une partie des raisons du changement qui s’annonce. Le réchauffement climatique interroge sur les pratiques notamment l’approvisionnement en eau, et la crise sanitaire a convaincu un plus grand nombre de consommateurs de l’intérêt des productions locales, pour leur santé mais aussi la préservation d’une activité agricole de proximité.

C’est sur cette base que la coopérative Dijon Céréales opère une mue, entamée il y a deux ans. Cela s’est traduit par un plan de départs volontaires en septembre 2020, concernant 27 personnes, représentant 10% de l’effectif. En même temps, qu’elle engage des recrutements sur des compétences qu’elle ne possède pas pour concrétiser les nouvelles orientations d’une stratgie à 5-10 ans baptisée « Demain ». Elles se situent notamment dans le digital pour accompagner l’ouverture, début 2021, d’un site e-commerce (pour l’approvisionnement des adhérents) et d'une nouvelle application de commercialisation des céréales.


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Le fil conducteur est d’aller le plus loin possible vers la transformation, génératrice de valeur ajoutée. « Nous devons faire moins voyager nos productions », affirme Didier Lenoir, le nouveau président, élu fin 2019. Malmenée par des sécheresses répétitives et des cours mondiaux qu’elle ne maîtrise pas, la coopérative dont le coeur de métier est la production de céréales - environ 900.000 tonnes en moyenne par an, du blé essentiellement, volume en recul de 15% à la moisson 2020 - doit diversifier ses activités.

Le modèle blé/colza/orge ne fait plus recette dans les plaines de Bourgogne. Aussi insolite que cela puisse paraître, en raison du réchauffement climatique, on cultivera bientôt de la lavande, du thym et de la coriandre sur les terres peu profondes du nord de la Côte-d’Or. Les plantes médicinales et aromatiques constituent un débouché à explorer, d’abord à titre expérimental, tout comme de nouvelles cultures le safran, le sarrasin, le chia, les haricots rouges ou blancs etc.



Cap sur la méthanisation et le photovoltaïque

 

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Le plan Demain vise une économie de 15 à 20% de charges, ce qui passera par la fermeture d'une dizaine de sites (silos et magasins). © Dijon Céréales

Illustration d’un changement des pratiques mais aussi des mentalités, il n’est désormais plus tabou de faire de l’énergie une activité à part entière d’une exploitation agricole. Dijon Céréales co-pilote plusieurs projets de méthanisation pour un investissement de 55 millions d’€ à l’horizon 2023.
L’unité la plus avancée, d’une puissance de 2.500  normo mètre cubes (Nm3/h), est celle de Cérilly, dans le Châtillonnais. Alimentée par 150 agriculteurs, elle sera réalisée avec le constructeur danois XERGI-Nature Energy et devrait fournir en gaz l’équivalent de 15.000 foyers. La méthanisation permet en même temps aux agriculteurs de se lancer dans de nouvelles cultures, comme le seigle fourrager, culture rustique peu gourmande en eau.

Le photovoltaïque est aussi à l’ordre du jour avec des installations au-dessus des champs, sur des variétés de cultures spécifiques, ou posées en palissades. Pour appréhender ces nouvelles compétences, Dijon Céréales a rejoint le capital de la Société d’Économie Mixte Locale, Côte-d’Or Énergies.

Dopée par la demande citoyenne pendant le confinement, la distribution de produits maraîchers et transformés localement fait aussi partie des axes de développement. La vente aux particuliers déjà pratiquée à travers le réseau de jardineries Gamm Vert devrait gagner des parts de marché avec le label  « Savoir faire 100% Côte-d’Or », espèrent les responsables de la coopérative. Des projets collectifs, comme la légumerie du Conseil départemental de la Côte-d’Or, doivent aussi élargir les débouchés de la filière maraîchère commercialisée sous le nom de « Terre de Saône ».


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Cumulé à une baisse des charges, de 15 à 20% qui se traduira en 2021 par la fermeture d’une dizaine de sites (silos de collecte et magasins), le Plan «  Demain » devrait aider la coopérative à retrouver une  meilleure rentabilité et mieux rémunérer les agriculteurs sociétaires, au nombre de 3.800.

Le bilan 2020, arrêté à 406 millions d’€  pour le groupe (coopérative + filiales), s’achève avec une épine dans le pied de moins. L’outil de production de déshydratation d’oignons STL à Villers-les-Pots (Côte-d’Or), fermée en 2014 faute de rentabilité, vient d’être vendu pour 2,8 millions d’€ à des acteurs sénégalais. Dijon Céréales ne quitte pas pour autant le navire puisque la coopérative est associée à hauteur de 25% dans une co-entreprise à Saint-Louis (Sénégal) pour recréer la même activité à des conditions économiques plus avantageuses.

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La moisson 2020 a chuté de 15% en raison de la sécheresse. © Dijon Céréales
Une union de trois coopératives agricoles

La coopérative Dijon Céréales a historiquement d’autres activités que la production et la commercialisation de céréales, qu’elle a développé dans des filiales propres, en coopération avec des opérateurs privés et depuis 2018, avec deux autres coopératives agricoles de Bourgogne-France-Comté : Bourgogne du Sud (Saône-et-Loire) et Terre Comtoise (Doubs), à travers Alliance-BFC.
En 2020, s’est concrétisé la prise en main opérationnelle du moulin de farine bio Decollogne (chiffre  d’affaires de 9,1 millions d’€) par le meunier de Chagny, Nicot, en Saône-et-Loire. A l’occasion d’une augmentation de capital de 2 millions d’€, ce dernier porte sa participation à 49% du capital. La meunerie offre un débouché important pour les adhérents de Dijon Céréales associée dans cette entreprise depuis le départ avec d’autres coopératives, Bourgogne du Sud, Interval et Terre comtoise. Les sociétaires approvisionnent deux autres moulins, à Vincelles (Jura) et à Saint-Maurice-sous-les-Côtes (Meuse), gérés par Dijon Céréales Meunerie, propriété du groupe Axéréal dont Dijon Céréales est actionnaire.

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Le moulin Decollogne à Aiserey (Côte-d'or) produit des farines bio pour le commerce de détail et les professionnels. © Decollogne

Ces outils de production ont également conduit à la création de deux réseaux d’une douzaine de boulangeries, L’Atelier du Boulanger et Mon pain, Ma région, « une activé qui devient rentable. » La coopérative a également des activités d’espaces verts pour les collectivités locales, de viticulture, et d’analyse avec Cerelab qui a développé une madeleine hyper protéinée, remboursée par la Sécurité Sociale, et distribuée en pharmacie.
Avec l’Alliance BFC, Dijon Céréales est également actionnaire depuis 2019, de la société de production d’oeufs PEB, dans le Doubs, connue sous la marque Coquy.
Elle mène aussi un projet de développement de vin de table.
Au total, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 406 millions d’€ en 2020, dont 294 millions pour la coopérative avec un résultat net de 2,9 millions d’€. En 2019, le chiffre d’affaires du groupe s’élevait à 446 millions d’€. Parmi les postes qui l’ont dégradé, la vente de phytosanitaires dont l’activité a reculé en valeur de 25%, ce qui devrait poursuivre cette année, eu égard aux nouvelles réglementations.
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Didier Lenoir (à gauche), nouveau président de Dijon Céréales élu fin 2019, et Christophe Richardot, directeur général arrivé en juillet 2018.
Agriculteur à Charmes, à l’est de Dijon, Didier Lenoir, 59 ans, était vice-président de Marc Patriat, le président depuis 2006. Il est aussi président de Val Union BFC Semences. Maire de Charmes, il est  président de la Communauté de communes du Mirebellois Fontenois.
Christophe Richardot est à la fois directeur général de Dijon Céréales et depuis 2017, de l’union des coopératives Alliance-BFC.


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