En Lorraine, des salariés se mobilisent pour casser l’image négative qui colle parfois à la peau de l’industrie chimique. Employés sur le site K+S France de Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle) et sur la plateforme de Carling-Saint-Avold (Moselle), ils mettent en avant des métiers de plus en plus ouverts aux profils féminins et offrant des rémunérations avantageuses. Témoignages.


Hélène Petitdemange se sent à sa place au poste de conductrice de presse à pastiller chez K+S France à Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle). Le site de fabrication de sel pour l’agroalimentaire, la pharmaceutique ou encore le traitement de l’eau, emploie deux femmes en production sur un total de 34 postes, au sud de Nancy.
 

Vue del plareforme de Carling St Avold
Le vaste site de 600 ha de Carling-Saint-Avold emploie 1.200 salariés répartis en une douzaine d'entreprises. © DR


Cette maman solo a pu s’accommoder des horaires de nuit et de week-end, grâce au soutien de sa famille. Après avoir exercé comme assistante vétérinaire, puis comme enseignante vacataire en lycée professionnel, elle a franchi le pas des ateliers K+S France en novembre 2022, d’abord en intérimaire puis en tant que salariée. Elle ne reviendrait en arrière pour rien au monde. « J’ai aimé relever le challenge de m’intégrer en tant que femme dans un univers très masculin. Il a fallu que je fasse mes preuves, encore davantage qu’un homme, car les mentalités mettent du temps à changer. Mais aujourd’hui, je me sens bien à mon poste », confie-t-elle.

De tempérament très dynamique, elle connaissait l’univers de la chimie pour y avoir travaillé en alternance pendant sa formation en BTS pilotage de procédés. Les conditions de rémunération ont contribué à la convaincre d’y revenir. En effet, le poste de « pastilleur » offre un salaire d’environ 2.900 € bruts (primes comprises, hors 13ème mois), sans exiger de qualifications particulières, hormis celle d’avoir la « fibre » de l’industrie.

Actuellement en formation afin d'évoluer vers le pilotage des procédés d’essorage du sel, Hélène Petitdemange reconnaît que « l’industrie, c’est un autre style de vie, avec ses contraintes, mais qui offre aussi du temps libre, avec des journées de récupération propices à faire du sport, un de mes loisirs favoris ! »

 

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Elle contribue à « tirer les équipes vers le haut », en apportant « une vision différente du métier », mais aussi « d’autres sujets de discussion hors-travail », apprécie Atila Epik, salarié polyvalent. De son côté, Anne Paulin, la directrice des ressources-humaines de K+S France, filiale du groupe allemand éponyme de 11.000 salariés, veut faire tomber les préjugés sur les métiers qui ne seraient réservés qu’aux hommes. Il en va de l’avenir de l’entreprise dont les 220 salariés sont répartis sur trois sites : Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle), Wittenheim (Haut-Rhin) et Reims (Marne).

« Les métiers de la chimie sont souvent réduits à une image négative, celle du maniement de produits toxiques… C’est pour démentir cela que nous organisons des visites et travaillons avec notre lycée professionnel de secteur. De nombreuses actions en ce sens sont également conduites par France Chimie », la branche professionnelle du secteur qui comptabilise 16.000 salariés dans le Grand Est. La DRH identifie cependant de nouveaux freins liés aux problématiques de gardes d’enfants alternées : « elles posent des difficultés aux femmes comme aux hommes qui travaillent en poste de week-end. »

 

Vers plus d’évolution de carrière

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De gauche à droite, des salariés de K + S France, Jordan Georges, Julien Henzler, Hélène Petitdemange, Anne Paulin (DRH), Daniel Duarte et Atila Epik, avec Damien Grosse (2ème à gauche), représentant CFDT Chimie-Energie employé chez Arkema en Moselle. 
© Philippe Bohlinger


Arrivé en 2014 chez K+S France après avoir démarré sa carrière dans la mécanique pour poids lourds puis passé avec succès un concours de gendarmerie, Jordan Georges, 30 ans, a trouvé son équilibre dans l’industrie. Mais dans son entourage, le mécanicien-ajusteur constate que « les a priori, hérités de l’histoire minière et sidérurgique ont encore la vie dure ». Pourtant l'un de ses collègues chef de poste, Julien Henzler, observe que « les tâches peuvent être extrêmement variées au quotidien ».

Les problématiques de recrutement sont, à peu de choses près, identiques sur de petits sites de production comme celui de K+S France et sur les importantes plateformes, à l’instar de Carling-Saint-Avold, en Moselle, la vaste emprise de 600 hectares où sont implantées une douzaine d’entreprises totalisant 1.200 emplois directs. Toutefois, « des freins à l’embauche de personnels féminins subsistent et ils sont parfois davantage le fait de chefs de services que de la direction des ressources humaines », note Damien Grosse, en charge de la région lorraine au sein de la CFDT Chimie-Energie.

 

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Le représentant syndical a néanmoins vu les mentalités évoluer sur le site Arkema de Carling-Saint-Avold où il travaille. « L’intégration des femmes se passe mieux avec les nouvelles générations. Par ailleurs, l’évolution de la règlementation a incité les directions industrielles « à changer temporairement d’affectation les salariées enceintes qui se trouvent exposées à certains produits chimiques.  ». Selon Damien Grosse, dans la chimie « les femmes passent rarement plus de dix ans sur les métiers postés », une tendance qui implique que les employeurs réfléchissent davantage aux évolutions de carrières. « Ce qui profite à l’ensemble des salariés » et dans le même temps à l’attractivité de la filière.

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