Avec l’arrivée, à la gouvernance et au soutien financier, des départements de Côte-d’Or et de Saône-et-Loire et de la métropole dijonnaise, l’aéroport de Dole-Jura prend définitivement la place d’unique aéroport régional passager. En l'absence du conseil régional de Bourgogne–Franche-Comté qui continue à bouder l’équipement.
L’heure est à la clarification concernant le rôle de l’aéroport Dole-Jura. Une question en débat depuis la reprise en 2007, par le conseil départemental du Jura de l’équipement en concurrence avec l’aéroport Dijon-Bourgogne, distant d'une quarantaine de kilomètres. Vendredi 8 mars, François Sauvadet, président du conseil départemental de Côte-d’Or, André Accary, son homologue de Saône-et-Loire et François Rebsamen, président de Dijon Métropole ont rejoint sur place Clément Pernot, président du département du Jura, pour annoncer leur soutien financier à l’infrastructure et entrer dans sa gouvernance.
« Aujourd’hui, c’est un nouvel envol », s’est félicité ce dernier, tout sourire. « Nous pouvons envisager l’avenir avec beaucoup plus de sérénité. » Pour la collectivité jurassienne qu’il préside, c’est la fin d’un long cavalier seul. Le département assumait jusqu’alors quasi exclusivement la charge financière très conséquente de la plateforme. « Sur ces 16 années de gestion, nous avons consacré 38 millions d’euros à son soutien, soit environ 2,4 millions d’euros chaque année », détaille Clément Pernot.
Chacun des responsables politiques y est allé de son petit couplet personnel sur le pourquoi de son soutien à l’aéroport. « Le rayonnement international de notre région exige la présence d’un aéroport international. Des événements d’envergure mondiale comme la vente des vins de Beaune, ou les futurs congrès de l’Organisation Internationale du Vin l’illustrent très bien », a noté François Sauvadet. « J’ai une obsession : désenclaver notre région, qui pâtit de son isolement et voit sa population baisser. Nous devons développer les mobilités dans notre région et vers l’extérieur, avec des lignes TGV et un aéroport régional », a avancé François Rebsamen. Plus original, André Accary a estimé l' « outil nécessaire pour lutter efficacement contre les incendies. Nous comptons 230.000 hectares de forêt en Saône-et-Loire et avons besoin que les moyens de lutte puissent y accéder facilement. »
Cette belle unanimité ne cache pas les grands absences de ce nouveau partenariat départemental et métropolitain : aucune trace de Grand Besançon Métropole, ni du département du Doubs. La région, elle, affiche une défiance constante vis-à-vis de l’équipement, jugé fort peu écologique. Elle ne participe qu’à la rénovation de la piste (voir encadré). « J’ai discuté avec tous les partenaires possibles. Pas avec Besançon, dont je ne connais pas la maire. Quant au conseil régional, il lui faut un temps d’explication », assure Clément Pernot. « La plupart des régions soutiennent les aéroports régionaux, pas la nôtre, aux abonnés absents », tacle François Rebsamen. Le maire de Dijon, qui « ne croit pas en la décroissance », tente de désamorcer la problématique environnementale posée par l’aviation. « Les carburants sont plus propres aujourd’hui, et l’avion à hydrogène sera une formidable opportunité demain », estime-t-il.
Financement et gouvernance, tout reste à faire

La vocation de l’infrastructure à être le seul aéroport passager régional désormais établie, les questions délicates restent à trancher : quel financement, et quelle gouvernance. L’aéroport est géré en délégation de service public par Edeis Concessions, qui exploite aussi celui de Dijon-Longvic, lequel ne reçoit plus que des vols d’affaires, privés et sanitaires. En la matière, le flou absolu persiste. « Nous n’avons pas encore arrêté les modalités pratiques de notre engagement, mais nous allons travailler à ce que celui-ci soit financièrement proportionné. Nous allons avancer en marchant », argumente François Sauvadet.
Une réunion entre les directeurs généraux des différentes collectivités doit se tenir dans les prochains jours dans ce but. « L’échéancier commence maintenant, c’est assez tôt pour que mes collègues puissent intégrer leur soutien dans leurs décisions modificatives budgétaires », a malicieusement estimé Clément Pernot.
1,7 million d'euros pour combler le déficit

L’aéroport Dole-Jura demeure structurellement déficitaire, et cette situation n’est pas prête d’évoluer. L’essentiel de son activité est liée aux vols de la compagnie low cost Ryanair qui reçoit un « accompagnement commercial » corrélé au nombre de passagers sur ses lignes, à destination de Porto (Portugal), Marrakech et Fès (Maroc), et, en été vers Bastia. Le flux voyageur, après un pic de 137.181 passagers en 2015, s’est établi à 125.141 voyageurs en 2023 (*). La collectivité jurassienne reversait plus de 1,9 million d’euros à Ryanair en 2015.
« Les aéroports dits « intermédiaires » de moins de 700.000 passagers ne disposent pas, en général, d’un trafic suffisant pour dégager une rentabilité financière leur permettant de se priver d’aides publiques, et a fortiori ceux de moins de 200.000 voyageurs. Pour la saison 2022 - 2023, le montant alloué pour cet équilibre durable et raisonnable s’établit à 1,707 million d’euros. Outre la contribution d’exploitation, le montant intègre l’accompagnement commercial des compagnies », précise le conseil départemental du Jura.
Au-delà de cette aide, à la légalité sujette à caution, l’aéroport est pénalisé financièrement par sa petite taille. « Dans leur rapport sur le maillage aéroportuaire français de 2017, le Conseil supérieur de l’aviation civile et le Commissariat général à l’égalité des territoires concluent qu’en-deçà du seuil de 200 000 passagers annuels, aucun équilibre budgétaire n’est possible et que cet équilibre reste incertain en-deçà de 500.000 », rapporte la Cour des comptes, dans un document de juin 2023 consacré aux plateformes de moyenne taille. Ainsi faudrait-il doubler, voire tripler le trafic à Dole-Jura pour tendre vers un tel équilibre.
L’aéroport Dole-Jura inaugurera, courant avril, l’extension de son hall d’embarquement, un espace de 480 m2 (contre 70 m2 pour le hall actuel) construit pour 530.000 € HT par Edeis. Un autre chantier, autrement important et urgent, concentre les questionnements : la restructuration et rénovation de la piste. Composée de couches hétérogènes posées entre les années 1940 et 1970, celle-ci présente un état très dégradé, au point de menacer l’agrément de l’aéroport. Les travaux sont prévus fin 2024-début 2025 pour un montant estimé autour de 7,5 millions d’euros. « La Région a voté une promesse pour prendre en charge la moitié de cette rénovation. L’État devrait aussi être à nos côtés, j’ai eu un engagement du préfet en ce sens », précise Clément Pernot.
Côté régional, le son de cloche s’avère légèrement différent. « Nous avons pris un engagement de financer la moitié des travaux de rénovation de cette piste, sur un montant global un peu supérieur à 3 millions d’euros. La région versera 1,58 million d’euros, nous ne comptons pas suivre l’augmentation du budget qui dépasse désormais les 7 millions d’euros », rétorque Michel Neugnot, vice-président régional en charge des transports. Malgré le nouvel accord départemental et métropolitain, la région ne change pas de position, rappelle l'élu : « Le modèle économique de cet aéroport ne nous convient pas, qui génère essentiellement un trafic affinitaire sortant ».
(*) résultant de 9.865 mouvements d’avion en 2023, dont 830 liés à Ryanair et des vols charters. 33 % des passagers proviennent de Côte-d’Or, 22 % du Doubs, 13 % du Jura et 9 % de Saône-et-Loire.






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