Le talent de la recherche médicale à Besançon continue de s’exprimer. Deux exemples récents le montrent. Les travaux universitaires contre des tumeurs cérébrales déclenchent la constitution d’une société de R&D, Orinova, pour mettre au point, valider et un jour commercialiser un « nanomédicament » contre la tumeur quasi-incurable glioblastome, de taille minime alliant efficacité radiothérapeutique et propriétés de chimiothérapie. De son côté, la société désormais plus installée Pixee Medical parvient par ses partenariats aux Etats-Unis à bouleverser les opérations de prothèse du genou, en équipant les chirurgiens de lunettes connectées.
Une forme d’Eldorado se dessine peut-être pour les personnes atteintes d’une forme de cancer aujourd’hui presque incurable : le glioblastome, tumeur cérébrale particulièrement redoutable. Le salut pourrait en effet venir de l’or, utilisé dans des laboratoires de Besançon. Plusieurs équipes de recherche (*) de l’Université Marie et Louis Pasteur utilisent en effet le métal précieux en quantités infimes pour sa propriété d’efficacité accrue en radiothérapie, en combinaison avec une molécule de chimiothérapie, le paclitaxel.
« Cette biothérapie est unique et l’injection directe de la combinaison dans une même coque de nanoparticules d'or et du paclitaxel permet de passer la barrière hémato-encéphalique du cerveau que la molécule ne parvient pas, sinon, à franchir », expose Jean-Marc Zeil. Docteur vétérinaire de formation, celui-ci ne figure pas parmi l’équipe de chercheurs d’origine, mais il est celui qui pilote l’objectif de transformer le projet en un succès économique de par son profil d’entrepreneur. Celui-ci s'est nourri entre autres d'une partie de carrière au sein du groupe haut-saônois de produits de santé animale Vetoquinol et d'un diplôme de l’école de commerce Essec.
A cet effet, la société par actions simplifiée (SAS) Orinova a été constituée en novembre 2024 et elle procédera à trois embauches (en R&D et service technique) d’ici février 2026. Elle planche sur la mise au point d’un « nanomédicament » de 100 nanomètres (soit 10 -7 mètres) en s’appuyant sur des brevets déposés par la Satt Sayens pour le compte de l'université franc-comtoise, à partir de l'invention de son équipe de recherche. Le potentiel technologique ayant été confirmé lors de la phase de maturation ayant abouti à une preuve de concpet (proof of concept, POC), Sayens a concédé une licence à Orinova. La société régionale d’accélération du transfert de technologies (Satt) est également entrée au capital de la start-up, à une hauteur non communiquée.
Lever 10 millions d’euros et convaincre de gros labos pharmaceutiques
Orinova entame ainsi un long processus devant mener aux autorisations de mise sur le marché (AMM) de son nanomédicament. Celui-ci sera certes accéléré dans ses procédures par le fait de s’attaquer à une maladie orpheline (7 % seulement de survie à cinq ans au glioblastome) mais le temps se mesurera en plusieurs années. « Nous venons d’engager la phase pré-clinique qui durera deux à trois ans, et il faut compter deux ans pour chacune des phases cliniques (essais sur l’homme). Soit au total huit à dix ans », calcule Jean-Marc Zeil.
Les montants à réunir pour financer les développements sont évalués à 10 millions d’euros, dont deux levées initiales d’1 million d’euros pour l’étape pré-clinique et de 5 millions d’euros en fin de phase 1. Rapidement toutefois, le modèle économique compte reposer sur une cession à plus gros : la vente de licences à un ou des laboratoires pharmaceutiques d’envergure mondiale. Non pour se reposer, mais pour poursuivre d’autres voies : les travaux d’Orinova semblent devoir ouvrir aussi de nouvelles perspectives à la lutte contre d’autres cancers agressifs, comme ceux du pancréas et de la prostate. M.Noyer
Pixee Medical installe aux Etats-Unis une nouvelle version de son kit d’opération du genou

Le 6 mai dernier, la première opération de pose d’une prothèse de genou, assistée du dispositif Knee+ NexSight, s’est déroulée dans un hôpital du Michigan, aux Etats-Unis. On la doit à Pixee Medical. La start-up, fondée à Annecy en 2017 et installée depuis 2019 à Besançon, a en effet développé une nouvelle version de ses lunettes connectées, destinée à accompagner les chirurgiens orthopédiques. « C’est un GPS pour le chirurgien, auquel l’on donne des informations en 3D, selon un degré de précision en dessous du millimètre », décrit Sébastien Henry, président de l’entreprise.
Cette solution de guidage, beaucoup moins coûteuse qu’un robot, permet une chirurgie « moins invasive mais plus précise », et « garantit un positionnement optimal de la prothèse, évitant le défaut d’alignement entre le fémur et le tibia », détaille encore Pixee Medical. La première version lancée en 2021 n’était cependant pas adaptée aux spécificités du marché nord-américain. Or, les Etats-Unis représentent la moitié du marché mondial de l’orthopédie, en valeur, avec un million de prothèses de genou posées chaque année.
Grâce à une levée de fonds de 14 millions d’euros en début d'année dernière, Pixee Medical a « développé de nouvelles fonctionnalités, mieux adaptées à l’équipement des chirurgiens américains, mais surtout à leur pratique de la chirurgie en ambulatoire », souligne Sébastien Henry. « 100 % des fonctions de nos produits sont fabriquées en interne, à Besançon », précise-t-il..
Personnel et chiffre d’affaires en hausse
La conquête du marché américain vient renforcer la croissance de la start-up, passée de quatre salariés à son arrivée à Besançon il y a six ans, à 52 aujourd’hui en France, et trois outre-Atlantique. Avec ce nouveau pas, Pixee Medical entend encore recruter, notamment pour ses fonctions support, dans les services commerciaux. Cette croissance se traduit également dans son chiffre d’affaires : 2,5 millions d’euros en 2024, en hausse de 80 % par rapport à l’année précédente. « Nous attendons encore un doublement en 2025, puis un autre en 2026 », assure Sébastien Henry. Outre les Etats-Unis, Knee+ NexSight devrait conquérir le marché européen d’ici la fin de l’année. La Franche-Comté doit en tirer profit : « Les lunettes sont déjà utilisées à Vesoul, et nous avons bon espoir qu’elles le soient bientôt à Besançon », avance le dirigeant. C.Jourdan



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