Le site historique franc-comtois, classé au patrimoine de l’Unesco, abrite désormais un centre international de formation musicale. Dispensées par des professeurs prestigieux, les master class de la Saline royale Academy ont vocation à être filmées et bientôt diffusées sur une plateforme numérique d’enseignement. Cinq millions d’€ ont été levés par la start-up Music@mpus pour lancer cette nouvelle activité.
Architecte visionnaire, Claude-Nicolas Ledoux rêvait de construire une cité idéale autour de la manufacture de sel qu’il a édifiée entre 1775 et 1779 à Arc-et-Senans. Aujourd’hui propriété du département du Doubs, la Saline royale évoque bien une petite ville. Le site rassemble en effet un monument classé au patrimoine mondial de l’Unesco visité annuellement par 130.000 personnes, un centre culturel de rencontres accueillant des spectacles et des résidences d’artistes, un hôtel, un restaurant, un centre de congrès et séminaires, des jardins et une librairie.
Depuis fin 2020, l’établissement public de coopération culturelle (*) gestionnaire du lieu (78 salariés, 7 millions d’€ de budget annuel) a encore étoffé sa palette d’activités : il a ouvert un centre international d’enseignement musical. Six semaines par an, la Saline royale Academy organise des master class de musique classique et baroque, sous forme de cours privés et d’auditions.
A chaque session, trente étudiants de fin de cycle, originaires pour la plupart d’Asie, se perfectionnent auprès des plus grands maestro. Venus eux aussi du monde entier, 70 professeurs invités (instruments et chant) composent l’équipe pédagogique coordonnée par le violoncelliste Marc Coppey.
« Un marché encore inexploité »

Particularité de ces cours magistraux : ils font l’objet de captations audiovisuelles destinées à une plateforme numérique d’enseignement. Filmées par quatre caméras, les master class seront bientôt accessibles en ligne, sur abonnement. « Étudiants, professionnels ou mélomanes passionnés, les internautes pourront choisir l’angle de vue de la vidéo à tout moment, sans aucune latence du son et de l’image », précise Hubert Tassy, le directeur général de la Saline royale.C’est lui qui a eu l’idée de créer cette académie de musique 3.0. « Je me suis rendu compte qu’il y avait une forte demande internationale et un marché encore inexploité », explique-t-il.
Ce volet numérique a été confié à une start-up, Music@mpus. Fondée à l’été 2020, la société a répondu à un appel à manifestation d’intérêt de la Banque des Territoires pour le compte de l’État, dans le cadre du programme investissement d’avenir. Un montant de 2,5 millions d’€ a été levé auprès d’investisseurs locaux : « Ça, c’est le miracle de la Franche-Comté », s'exclame Hubert Tassy, en soulignant aussi l’appui de la caisse régionale du Crédit agricole.
Travaux en cours pour 14 millions d’€

Le pacte d’actionnaires associe notamment Olivier Estèves, le dirigeant du groupe haut-saônois d’équipements sportifs Abeo, Rémy Laurent, l’ancien président de la CCI de Bourgogne-Franche-Comté et Johannes Van Eeden, le propriétaire du château de Roche-sur-Loue, à Arc-et-Senans. Grâce à la contribution équivalente de la Banque des Territoires, émanation de la Caisse des Dépôts, la start-up a pu réunir 5 millions d’€.
Initialement prévue en 2022, la mise en ligne du service de VOD (vidéo à la demande) a été repoussée à l’automne, à cause du retard pris par les travaux engagés dans la berne Est, une immense halle autrefois dédiée à la fabrication du sel.
Au rez-de-chaussée, une nouvelle salle de spectacle et de congrès, de 570 places assises, doit être livrée en juin. Ce chantier à 12 millions d’€ est piloté par le Département du Doubs. À l’étage, les combles qui n’avaient jamais été exploités sont aménagés en studio d’enregistrement par Music@mpus, moyennant un investissement de 2 millions d’€. « Nous aurons une équipe dédiée au studio quand celui-ci sera opérationnel, en octobre ou novembre prochain », indique Hubert Tassy.
« Un cercle immense s’ouvre, se développe à mes yeux : c’est un nouvel horizon qui brille de toutes les couleurs. » Ces mots de Claude-Nicolas Ledoux ont pris corps plus de deux siècles plus tard avec le projet « Un cercle immense ». Organisés autour d’un demi-cercle, les bâtiments de la Saline royale ont désormais leur pendant paysager. Composé de jardins thématiques et éphémères (renouvelés chaque année pour le Festival des jardins), un îlot de biodiversité a été créé dans le demi-cercle manquant, au nord-ouest du site. Confié aux paysagistes dijonnais Mayot & Toussaint et au jardinier engagé Gilles Clément, l’aménagement a été financé par des fonds publics, du mécénat et du crowdfunding pour un total de 3 millions d’€.
Ouvert au public depuis juin 2022, le nouveau parcours de visite sur 5 ha a permis, selon Hubert Tassy, de relancer la fréquentation du lieu historique, après le repli dû à la crise sanitaire. Imaginé comme un laboratoire des métiers du paysage, le « Cercle immense » s’enrichira, à partir du 15 juin, d’un jardin de l’Arc Jurassien présentant la flore endogène des reculées et des tourbières du massif.
(*) L’établissement public de coopération culturelle associe les départements du Doubs et du Jura, l’État, la région Bourgogne-Franche-Comté, les villes du Doubs et du Jura de Besançon, Salins-les-Bains, Arc-et-Senans et la communauté d’agglomération du Grand Dole.

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