En bordure de la frontière allemande à Bouzonville (Moselle), ZF Active Safety France met en musique un spectaculaire plan d’automatisation de 30 millions d’euros d’investissement, avec l’appui d’entreprises régionales. L’usine de 270 salariés est devenue une référence pour sa maison-mère allemande, un gros équipementier automobile de 168.700 collaborateurs.
La plus ancienne des trois halles industrielles du site ZF Active Safety France de Bouzonville, en Moselle, accueillera le 8 septembre prochain un concert d'André Manoukian. Le pianiste a été séduit par ces lieux chargés d’histoire et entièrement vacants. Derrière cet événement, Lionel Champlon, le directeur, distille mezza voce une petite musique à destination de ses clients, les constructeurs automobiles : celle de la présence à cet endroit d’une usine ultra-rationalisée, parvenue à libérer 30.000 m2 d’atelier, avec l’objectif d’y implanter de nouvelles machines.
« Notre plan d’investissement assez radical en matière d’automatisation nous a permis d’optimiser nos espaces », analyse-t-il. Peu impacté par l’électrification du marché automobile, ce site de production d’étriers de freins a totalement réorganisé ses ateliers à partir de 2019 et mobilisé environ 30 millions d’euros d’investissement dans la foulée, afin de robotiser ses lignes d’usinage et d’assemblage, en partenariat avec des acteurs nationaux, mais aussi régionaux comme Periferi, Secma, ERI et Norcan.
Ce bond en avant a propulsé l’usine lorraine au rang de « référence » pour sa maison-mère allemande, un groupe de 168.700 personnes (chiffre d’affaires de 46,6 milliards d’euros en 2023), sur le marché des étriers de freins. Une dizaine de sites ZF dans le monde produisent ces systèmes dont quatre en Europe. L’impact va même au-delà, puisque « toutes les divisions du groupe sont passées par nos ateliers », relève Fabien Erbe, directeur de la production.
Avec un effectif de 270 personnes, l’usine proche de la frontière allemande a réalisé un chiffre d’affaires de 202 millions d’euros en 2023 ; un montant quasi équivalent à celui de 2011, mais avec moitié moins de salariés qu’il y a plus de dix ans. « Parmi nos plus anciens salariés, certains ont la nostalgie de l’usine qui employait 1.000 personnes à Bouzonville », relève Lionel Champlon.
Mais le dirigeant insiste sur le fait que l’entreprise a su convertir en atout sa principale faiblesse : une pyramide des âges vieillissante. En remplaçant l’humain par des robots pour effectuer les tâches les plus pénibles, le dirigeant se félicite d’avoir diminué le taux de maladies professionnelles et d'avoir redirigé les opérateurs vers des tâches à plus haute valeur ajoutée. Et selon lui, l’amélioration de la productivité de l’usine n’aurait pas été possible sans les capacités d’adaptation au changement de salariés « qui ont été bousculés dans leurs habitudes, mais ont compris le bénéfice de l’automatisation. »
Robot chien à la rentrée
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Cette évolution se perçoit dans la halle numéro 2 où a été centralisée, il y a quelques mois, la partie usinage des pièces « support » et « boîtier », les deux principaux composants d’un étrier de freinage. Disposés en miroir, quatre centres d’usinage sont pilotés par un seul et unique opérateur. Des robots logistiques Sherpa de l’Alsacien Norcan conduisent ensuite les pièces fraîchement usinées vers le centre de contrôle-qualité qui a été regroupé dans cette même halle. Derrière ses cloisons, un algorithme prend les dimensions des pièces en 3D et corrige en direct les paramètres des centres d’usinage si nécessaire.
Alors que le plan touche à sa fin, avec une quarantaine de systèmes automatisés mis en place, l’usine ZF planche déjà sur le suivant, baptisé « Lean, Green et Digital. » Son objectif est de faire de Bouzonville le premier site du groupe à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2027, par l’installation d’ombrières photovoltaïques ou recours à la géothermie, par exemple.
En parallèle, l'exploitation de l’intelligence artificielle devrait encore élargir le champ des possibles. « Demain, l’IA sera capable de corriger une dérive en production en communiquant directement avec l’atelier de maintenance voisin. Elle déclenchera la préparation d’un outil coupant neuf qui sera amené jusqu’à la ligne par les robots logistiques », prédit Lionel Champlon.
En attendant ces évolutions prochaines, la rentrée 2024 fera coïncider le concert d’André Manoukian avec un autre rendez-vous phare, moins people : l’arrivée du robot chien Spot de l’américain Boston Dynamics à Bouzonville. Ce dernier orchestrera le gardiennage du site, la chasse aux fuites d’air comprimé, ainsi que l’inspection par thermographie afin de déceler les échauffements anormaux.
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Diplômé de l’Ecole d’ingénieurs de Metz (Enim), le directeur de l’usine ZF a accompli l’essentiel de sa carrière chez ThyssenKrupp Presta à Florange, en Moselle. Dans ce site de sous-traitance automobile lui aussi très automatisé, Lionel Champlon a occupé des fonctions de management en production et en ressources humaines. C’est d’ailleurs par la porte des RH qu'il est entré en 2018 chez ZF Bouzonville, avant d’en prendre la direction trois ans et demi plus tard. Il s’est entouré, au passage, d’une jeune équipe en partie composée d’anciens diplômés de l’Enim, où il enseigne comme vacataire.























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