Coup de théâtre ce 24 novembre ! La Région Grand Est et Voies Navigables de France (VNF) ont annoncé vouloir revenir à une classique concession pour la gestion de onze ports marchands sur la Moselle. La gouvernance devait être confiée au 1er janvier à un groupement privé associant la CCI de Meurthe-et-Moselle, la Compagnie Française de Navigation Rhénane et ArcelorMittal. La crise sanitaire, mais aussi les prises de position du nouveau maire de Metz, François Grosdidier, conduisent une relance de la procédure. Ce revirement ne contrarie pas le lauréat de l’appel à projets, bien décidé à candidater à nouveau.

 
L’ouvrage est remis sur le métier. Onze ports de marchandises en bordure de la Moselle devaient mutualiser leurs forces en s’unissant à compter du 1er janvier prochain sous la bannière d’un exploitant unique (Lire l’article de Traces Ecrites News : Onze ports lorrains s'unissent sous un même pavillon).
La Région Grand Est et Voies navigables de France (VNF) avaient présenté cet été le lauréat de l’appel public à concurrence : un groupement privé conduit par la Chambre de commerce et d’industrie de Meurthe-et-Moselle (CCI 54), associant la Compagnie Française de Navigation Rhénane (CFNR), filiale de l’allemand Rhenus, et le sidérurgiste ArcelorMittal.

L’affaire semblait entendue et la nouvelle gouvernance s’apprêtait à entrer en vigueur pour trente ans. C’était sans compter l’activisme de François Grosdidier, sur fond d’éternelle  rivalité Nancy-Metz. Le nouveau maire (Les Républicains) est en effet bien déterminé à ce que les ports de Moselle, plus importants en termes de trafic, ne passent pas sous la coupe de la CCI de Meurthe-Moselle. Il semble avoir eu gain de cause.

Le 18 novembre dernier, le Syndicat Mixte Ouvert (SMO) qui associe VNF et la Région Grand Est, a déclaré sans suite la procédure de désignation d’un gestionnaire des ports lorrains. Les raisons de ce revirement seraient cependant plus complexes. Le président de la Région Grand Est, Jean Rottner, invoque la situation sanitaire qui jette un voile d’incertitude sur l’avenir du transport fluvial sur la Moselle. Chaque année, 4,2 millions de tonnes de marchandises y transitent.

 

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« La forme juridique envisagée pour la gouvernance des onze ports aurait suscité trop d’incertitudes », appuie Laurent Hénart, président de VNF et ancien maire de Nancy. Cette gouvernance devait être déléguée à une Société d’économie mixte à opérateur unique (Semop) détenue à 51% par un consortium privé (CCI 54, CFNR et ArcelorMittal), associé au Syndicat Mixte Ouvert réunissant VNF et la Région Grand Est (34%) et au groupe Caisse des dépôts (15%).
Or, poursuit le président de VNF, « les investissements fléchés par la Semop sur les infrastructures portuaires demeuraient étroitement liés à la concrétisation de son plan d’affaires. Avec la crise sanitaire, il y avait un risque que ces investissements soient ajournés voire bloqués, en raison d’éventuels aléas économiques rencontrés par les opérateurs de la Semop. »

La Région Grand Est et VNF ont donc annoncé ce mardi 24 novembre à Nancy leur volonté de relancer la procédure, en revenant à la forme, jugée plus souple, de la classique concession portuaire. Une manière aussi de « se donner du temps », insiste Jean Rottner, sans pour autant abandonner « le principe d’une unification de la gestion des ports lorrains. »
La nouvelle approche sera construite en deux temps. Pour commencer, le SMO prolongera les concessions des ports publics lorrains jusqu’au 30 juin 2021. A cet horizon, il attribuera une concession à un opérateur unique pour une période de deux à trois ans, une phase transitoire destinée à attendre que la situation sanitaire et économique se stabilise. A l’issue de cette période, une nouvelle concession de vingt-cinq ans cette fois, sera décernée.


7 millions d’€ d’investissement sur trois ans

 

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Le maire de Metz, François Grosdidier, souhaite conserver un regard sur la gestion des ports de Moselle, parmi lesquels le Nouveau port de Metz (photo). © Philippe Bohlinger


« La force publique jouera son rôle puisque la Région Grand Est et ses partenaires mobiliseront 15 millions d’€ d’investissement dont la moitié sera injectée sur les infrastructures portuaires au cours des trois prochaines années », détaille le président de la Région Grand Est.  
Parallèlement, VNF et la Région Grand Est annoncent leur volonté d’ouvrir le SMO lorrain aux collectivités locales volontaires, comme c’est le cas en Alsace pour le SMO des ports de Colmar et le SMO des ports de Mulhouse. Une réponse au maire de Metz, soucieux de conserver un regard sur l’avenir des ports mosellans.

Le président de la CCI 54, François Pélissier se félicite de la tournure des évènements. « La Région et VNF conservent le principe d’une gouvernance unique pour les ports lorrains (le SMO) et d’un seul opérateur multi-métiers. C’était les deux grands piliers sur lesquels notre groupement avait construit son offre. La forme juridique de Semop n’était effectivement plus adaptée. Elle nécessitait un séquençage extrêmement détaillé de tous les investissements, un cadre très contraignant qui impliquait un environnement stable. » 

 

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Malgré les deux années passées à construire son offre, la CCI 54 et ses partenaires se disent prêts à rebâtir un dossier de consultation. Le directeur-général d’ArcelorMittal France, Éric Niedziela, maintient également son souhait d’associer ses deux ports de Mondelange et d’Illange aux neufs ports publics de Nancy-Frouard, Toul-Valcourt, Belleville, Maxéville en Meurthe-et-Moselle et Cattenom, Kœnigsmacker, Thionville-Illange, Nouveau Port de Metz et Metz-Mazerolle, en Moselle.

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Les acteurs industriels comme Saint-Gobain PAM utilisent la Moselle pour leurs expéditions (Ici le port de Toul, en Meurthe-et-Moselle). © Philippe Bohlinger

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